Étiquette : prospective
Prévisions du gouvernement : 2015, le redressement
Suite de ma série sur notre avenir en 2015…
Si j’en crois ce que disait France Culture, hier, notre gouvernement prévoit un 2015 faste. Alors que les conjoncturistes semblent penser que les conditions d’une crise sont réunies.
Comment expliquer ce paradoxe ? Ses prévisions sont une rationalisation de ce qui caractérise sa politique : l’attentisme ? Autre idée ?
2015 : prévisions de The Economist
A FINANCIAL crash in Russia; falling oil prices and a strong dollar; a new gold rush in Silicon Valley and a resurgent American economy; weakness in Germany and Japan; tumbling currencies in emerging markets from Brazil to Indonesia; an embattled Democrat in the White House. Is that a forecast of the world in 2015 or a portrait of the late 1990s?
The economics of 2015 may look similar to the late 1990s, but the politics will probably be rather worse.
Prévisions pour 2015
- Que la baisse du pétrole n’est que passagère, parce qu’effet d’un jeu du marché financier.
- Que la Grèce va sortir de la zone euro
- Que l’Allemagne serait plus fragile qu’on ne le penserait, et peut-être à l’origine d’une crise massive, ses ménages étant endettés.
À force de privilégier le travail mal rémunéré, les dettes hypothécaires allemandes donnent des signes de toxicité, notamment la Deutsche Bank, qui possède 60 % de cette dette, est très fragile. Les Allemands sont propriétaires de leur logement, mais ils le sont à crédit. Du fait du ralentissement économique, les banques allemandes, déjà fragilisées par les actifs toxiques qui se trouvent dans leur bilan, pourraient poser un grave problème, étant donné les difficultés de remboursement de nombre de ménages. La Deutsche Bank est une banque systémique et on peut imaginer que le scénario de 2008 se reproduise, mais en pire.
- Peut-être un peu contradictoirement il est aussi dit que l’Allemagne demeure solide.
- La France tient l’Europe en otage.
- L’embellie américaine est sans lendemain.
- Conclusion :
Pour conclure, le pire est devant nous. Mais le pire n’est jamais décevant, dans la mesure où il nous oblige à inventer, à être intelligents, dans notre façon de réguler l’économie. Il est clair que le personnel politique n’a plus beaucoup de prise sur des mécanismes économiques et financiers qui dépassent les territoires qu’il gère. Il est désormais acté que les États-Unis perdent définitivement leur suprématie géopolitique et économique, tout espoir de reprise économique et de réindustrialisation étant un leurre. L’avenir est désormais à l’Est.
Fin de crise : hiver nucléaire ou nouveau départ ?
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Période
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Après guerre
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Crise 70
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Mur de Berlin
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Crise 2007
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Caractéristique
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Abondance (pour tous)
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Pénurie
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Abondance (classes dirigeantes)
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Pénurie
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Principe d’organisation de l’entreprise
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Mass production / technocratie
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Lean production
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Supply chain
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?
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Principe de « création de valeur »
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Innovation technologique
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Innovation organisationnelle
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« Arbitrage » / exploitation des différentiels de prix
Mise en concurrence par ceux qui possèdent (« offshoring », « low cost »)
de ceux qui travaillent (ouvriers émergents contre ouvriers développés) –
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?
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Remarque : conditions qui ont créé la situation actuelle
- Tout le monde veut jouir de la vie. Que des droits, plus de devoirs.
- Conséquence : quand 100% veulent jouir de la vie, 99,99% perdent, parfois tout, 0,01% gagnent massivement. (Glasnost)
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Avant
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Maintenant
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Emergents entrent dans l’économie de marché : extension de la taille du marché.
Consensus de Pékin : votre savoir-faire contre notre main d’œuvre.
Les autres émergents (cigales) fournissent les matières premières
Consommation occidentale stimulée par la dette
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Chine (fourmi) se ferme, salaires émergents augmentent, fin de la globalisation (ou plutôt, nouveau type de globalisation).
Faute de croissance globale, les autres émergents s’effondrent.
Marché occidental sinistré (chômage)
Entreprise bureaucratique et incapable d’innover, inadaptée aux circonstances actuelles. (Voir ci-dessous.)
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Croyance
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Etat d’esprit de l’individu
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Conséquence
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Avant :
Avenir prévisible et « fini » |
Obtenir la plus grosse part du gâteau
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Affrontement / concurrence / chacun pour soi / exploitation du faible par le fort – explosion des inégalités (« 0,01% »)
Entreprise comme système de contrôle et d’exploitation (innovation + production sous-traitées) : bureaucratie taylorienne, coûteuse et inefficace, de type colonial.
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Maintenant :
Avenir incertain / danger mais aussi opportunité |
Gâteau illimité mais sans entraide, c’est la famine
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Pénurie : tirer le maximum des ressources / Danger et incertitude D’où Résilience : solidarité, coopération, écosystème, confiance
Entreprise comme écosystème de confiance = codéveloppement + responsabilisation (Lean)
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Pas de changement = droits
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Changement = devoirs
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Le monde décide de continuer dans l’irresponsabilité.
Il demeure entre les mains des banques centrales. Leur action a pour conséquence d’accélérer la dépression (destruction de l’emploi, de l’investissement productif…). Scénario années 30. Risque de conflit pouvant aller jusqu’à l’hiver atomique, en passant par un moyen-âge dysfonctionnel en instabilité chronique (conflits locaux incessants : Ukip, Etat Islamique…). |
Le monde opte pour la responsabilité.
Condition favorable : nécessité est mère de l’innovation : anxiété de survie et Münchhausen. Comment faire ? (Pour l’entreprise, l’Etat ou l’homme)
Rechercher quelle est sa responsabilité = rôle social = force unique = « mission » (terminologie des universitaires du management). Et paradoxe : quand on comprend ses devoirs, on découvre ses droits !
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Et si l'avenir s'écrivait en permanence ?
Notre avenir selon The Economist : Dickens ou Kafka ?
Contrairement à ce qui s’est passé jadis, la technologie (Internet) devrait détruire l’emploi, et dans de grandes proportions. Les start up sont les agents de ce changement. L’entrepreneur serait-il le prolo moderne ? Il est exploité par l’investisseur, qui le fait travailler nuit est jour dans des « accélérateurs ». Pour produire ce qui semble d’une étrange inutilité. S’il a de la chance, il sera absorbé par une grande entreprise, il en deviendra une sorte de chef de service. Malheureusement, le système éducatif ne forme par le personnel auquel est destiné l’emploi de demain. L’offre ne correspond pas à la demande. Les entreprises commencent à fournir des formations en ligne afin de mettre à niveau ceux qui peuvent l’être. Ce monde sera Orwellien ou ne sera pas. Google devient le nouveau General Electric. C’est un General Data. Il constitue un groupe d’entreprises qui collecte toutes les données possibles sur nous. Gigantesque NSA.
Faut-il craindre l’avenir ?
Anne Lauvergeon et le laboureur
Transformation de la France modélisée
- Post seconde guerre mondiale. Modèle technocratique. Consensus mondial. L’Etat va gérer l’économie. L’idée est de contrôler le capitalisme. En France, l’Etat dirige de grands groupes industriels. Il planifie leur production. Leur objet est de fournir un emploi à la population. Pas de chômage. La PME est sous-traitante. Comme les intérimaires, elle apporte un peu de souplesse au système. Mais elle est aux ordres.
- Crise du modèle technocratique mondial. En France, l’Etat n’est ni un bon gestionnaire, ni un bon développeur d’entreprise La France découvre que la politique se fait à la corbeille. Il n’est pas possible de nier l’existence du marché. Révolution culturelle : le modèle du marché. Principe du marché = un marchand à un nœud d’échange. La grande entreprise se débarrasse donc de son métier, qu’elle sous-traite. Et elle fait donner ses acheteurs. Ses sous-traitants, qui ne savaient qu’obéir aux ordres, sont pris par surprise et dépecés.
- Ce modèle est à nouveau en crise. En effet, son principe est l’exploitation. Pas la création. Il détruit le potentiel de développement de l’entreprise. Mais ce qui ne tue pas renforce. L’entreprise française a maintenant compris qu’elle ne pouvait pas faire fi du marché. Elle doit devenir durable. La grande entreprise et la PME doivent trouver un moteur qui leur est propre.

