Le football américain est condamné

Le football américain est condamné, déclare The Economist. Et ce pour la raison pour laquelle la boxe ou le film traitant d’extermination des Indiens sont passés de mode : ce n’est plus politiquement correct. Car un ancien joueur sur trois souffre de lésions cérébrales, Alzheimer précoce.
Tout l’art de la prospective de The Economist est dans cet article. La prospective efficace s’accroche à des tendances sociales fortes. La prévision est-elle sûre ? Non. Mais elle l’est plus que celle qui nous annonce la numérisation de l’économie pour raison de progrès. 

Prévisions du gouvernement : 2015, le redressement

Suite de ma série sur notre avenir en 2015

Si j’en crois ce que disait France Culture, hier, notre gouvernement prévoit un 2015 faste. Alors que les conjoncturistes semblent penser que les conditions d’une crise sont réunies.

Comment expliquer ce paradoxe ? Ses prévisions sont une rationalisation de ce qui caractérise sa politique : l’attentisme ? Autre idée ?

2015 : prévisions de The Economist

Un thème pour ce blog en fin d’année pourrait être la collecte de prévisions. Après celles de Bertrand Chokrane, voici celles de The Economist. Les deux ne sont pas d’accord sur tout (en particulier, la Grèce, l’Allemagne et la Russie), mais, au moins, sur le fait que 2015 devrait vraiment très mal se passer. Comme d’habitude The Economist a trouvé une raison imparable : notre situation actuelle ressemble de manière surprenante à celle de la fin des années 90. Cela nous prépare une crise. 
A FINANCIAL crash in Russia; falling oil prices and a strong dollar; a new gold rush in Silicon Valley and a resurgent American economy; weakness in Germany and Japan; tumbling currencies in emerging markets from Brazil to Indonesia; an embattled Democrat in the White House. Is that a forecast of the world in 2015 or a portrait of the late 1990s?
Et l’article se termine ainsi :
The economics of 2015 may look similar to the late 1990s, but the politics will probably be rather worse.
Bonne année !  

Prévisions pour 2015

Prévisions d’un prévisionniste, Bertrand Chokrane. Article qui s’intitule bizarrement « le lac des cygnes noirs ». Bizarrement, parce que la théorie du cygne noire semble dire que l’avenir est imprévisible. Qu’est-il prévu (notamment) ?
  • Que la baisse du pétrole n’est que passagère, parce qu’effet d’un jeu du marché financier. 
  • Que la Grèce va sortir de la zone euro
  • Que l’Allemagne serait plus fragile qu’on ne le penserait, et peut-être à l’origine d’une crise massive, ses ménages étant endettés. 
À force de privilégier le travail mal rémunéré, les dettes hypothécaires allemandes donnent des signes de toxicité, notamment la Deutsche Bank, qui possède 60 % de cette dette, est très fragile. Les Allemands sont propriétaires de leur logement, mais ils le sont à crédit. Du fait du ralentissement économique, les banques allemandes, déjà fragilisées par les actifs toxiques qui se trouvent dans leur bilan, pourraient poser un grave problème, étant donné les difficultés de remboursement de nombre de ménages. La Deutsche Bank est une banque systémique et on peut imaginer que le scénario de 2008 se reproduise, mais en pire.
  • Peut-être un peu contradictoirement il est aussi dit que l’Allemagne demeure solide. 
  • La France tient l’Europe en otage. 
  • L’embellie américaine est sans lendemain. 
  • Conclusion :
Pour conclure, le pire est devant nous. Mais le pire n’est jamais décevant, dans la mesure où il nous oblige à inventer, à être intelligents, dans notre façon de réguler l’économie. Il est clair que le personnel politique n’a plus beaucoup de prise sur des mécanismes économiques et financiers qui dépassent les territoires qu’il gère. Il est désormais acté que les États-Unis perdent définitivement leur suprématie géopolitique et économique, tout espoir de reprise économique et de réindustrialisation étant un leurre. L’avenir est désormais à l’Est.
à suivre…

    Fin de crise : hiver nucléaire ou nouveau départ ?

    Une tentative de synthèse de mes lectures, réflexions et publications. Modélisation de l’évolution du monde en quelques tableaux. 

    Evolution des principes directeurs de la société / économie

    Période
    Après guerre
    Crise 70
    Mur de Berlin
    Crise 2007
    Caractéristique
    Abondance (pour tous)
    Pénurie
    Abondance (classes dirigeantes)
    Pénurie
    Principe d’organisation de l’entreprise
    Mass production / technocratie
    Lean production
    Supply chain
    ?
    Principe de « création de valeur »
    Innovation technologique
    Innovation organisationnelle
    « Arbitrage » / exploitation des différentiels de prix
    Mise en concurrence par ceux qui possèdent  (« offshoring », « low cost »)
    de ceux qui travaillent (ouvriers émergents contre ouvriers développés) – 
    ?









    Remarque : conditions qui ont créé la situation actuelle
    « esprit 68 »
    • Tout le monde veut jouir de la vie. Que des droits, plus de devoirs.
    • Conséquence : quand 100% veulent jouir de la vie, 99,99% perdent, parfois tout, 0,01% gagnent massivement. (Glasnost)
    Le changement d’environnement concurrentiel de l’entreprise occidentale
    Avant
    Maintenant
    Emergents entrent dans l’économie de marché : extension de la taille du marché.
    Consensus de Pékin : votre savoir-faire contre notre main d’œuvre.
    Les autres émergents (cigales) fournissent les matières premières
    Consommation occidentale stimulée par la dette
    Chine (fourmi) se ferme, salaires émergents augmentent, fin de la globalisation (ou plutôt, nouveau type de globalisation).
    Faute de croissance globale, les autres émergents s’effondrent.
    Marché occidental sinistré (chômage)
    Entreprise bureaucratique et incapable d’innover, inadaptée aux circonstances actuelles. (Voir ci-dessous.)
    Nous devons changer d’état d’esprit
    Croyance
    Etat d’esprit de l’individu
    Conséquence
    Avant :
    Avenir prévisible et « fini »
    Obtenir la plus grosse part du gâteau
    Affrontement / concurrence / chacun pour soi / exploitation du faible par le fort – explosion des inégalités (« 0,01% »)
    Entreprise comme système de contrôle et d’exploitation (innovation + production sous-traitées) : bureaucratie taylorienne, coûteuse et inefficace, de type colonial.
    Maintenant :
    Avenir incertain / danger mais aussi opportunité
    Gâteau illimité mais sans entraide, c’est la famine
    Pénurie : tirer le maximum des ressources / Danger et incertitude D’où Résilience : solidarité, coopération, écosystème, confiance
    Entreprise comme écosystème de confiance = codéveloppement + responsabilisation (Lean)  

    Prospective / scénarios
    Pas de changement = droits
    Changement = devoirs
    Le monde décide de continuer dans l’irresponsabilité.
    Il demeure entre les mains des banques centrales. Leur action a pour conséquence d’accélérer la dépression (destruction de l’emploi, de l’investissement productif…).

    Scénario années 30. Risque de conflit pouvant aller jusqu’à l’hiver atomique, en passant par un moyen-âge dysfonctionnel en instabilité chronique (conflits locaux incessants : Ukip, Etat Islamique…).
    Le monde opte pour la responsabilité.
    Condition favorable : nécessité est mère de l’innovation : anxiété de survie et Münchhausen.

    Comment faire ? (Pour l’entreprise, l’Etat ou l’homme)

    Rechercher quelle est sa responsabilité = rôle social = force unique = « mission » (terminologie des universitaires du management). Et paradoxe : quand on comprend ses devoirs, on découvre ses droits ! 
    • Une compétence, ça a de la valeur. Rechercher comment en tirer le mieux parti. Logique d’écosystème.
    • Condition nécessaire : confiance. 1) devenir un partenaire de confiance = définir mécanisme qui permette de s’assurer que l’on est certain de tenir parole (bourse de Londres : my word is my bond) 2) enquête / expérimentation pour trouver des partenaires de confiance / construire une relation de confiance au sein de l’organisation.
    • Condition nécessaire pour le dirigeant : leader pas manager.
    • Lancer le changement : commencer par attaquer son démon.   

    Et si l'avenir s'écrivait en permanence ?

    Souvenir de classe de première. Un élève, certain de son génie, déclare « que l’on n’a jamais été aussi près de la mort ». Cela semblait du bon sens, mais cela m’a laissé dubitatif. 
    Car cela sous-entend des hypothèses pas évidentes. Une sorte de fatalisme. Et si, par exemple, il y avait des instants lors desquels se jouaient notre avenir ? On rate, on est mort ; on réussit, on en prend pour une décennie. Par exemple. On pourrait, ainsi, repousser la mort. 
    Une autre idée, que je viens d’avoir en considérant la météo, est que le passé peut ne pas contenir toute l’information nécessaire pour prévoir l’avenir. Et si, à tout instant, il y avait création d’information nouvelle ? Et s’il surgissait aléatoirement des « micro bangs » qui modifiaient le cours des choses, en nous plaçant face à un nouveau problème. Un peu comme une nouvelle distribution dans un jeu de cartes. Ce qui me ramène à ma première idée. 
    (Théorie de l’entropie – information ? L’entropie est supposée croître sans cesse, et on l’assimile à de l’information.)

    Notre avenir selon The Economist : Dickens ou Kafka ?

    Contrairement à ce qui s’est passé jadis, la technologie (Internet) devrait détruire l’emploi, et dans de grandes proportions. Les start up sont les agents de ce changement. L’entrepreneur serait-il le prolo moderne ? Il est exploité par l’investisseur, qui le fait travailler nuit est jour dans des « accélérateurs ». Pour produire ce qui semble d’une étrange inutilité. S’il a de la chance, il sera absorbé par une grande entreprise, il en deviendra une sorte de chef de service. Malheureusement, le système éducatif ne forme par le personnel auquel est destiné l’emploi de demain. L’offre ne correspond pas à la demande. Les entreprises commencent à fournir des formations en ligne afin de mettre à niveau ceux qui peuvent l’être. Ce monde sera Orwellien ou ne sera pas. Google devient le nouveau General Electric. C’est un General Data. Il constitue un groupe d’entreprises qui collecte toutes les données possibles sur nous. Gigantesque NSA.

    Et l’agriculture ? Le monde mange de plus en plus de viande. Danger ! Ça consomme énormément d’eau, cela produit des gaz à effet de serre et c’est un « réservoir de maladies ». Solution ? L’élevage industriel. Mais pas à la chinoise. Sans mesures de sécurité sanitaire les élevages industrialisés chinois sont des bombes à retardement.
    Les producteurs de piles sont en fin de vie. Substitution en Occident et concurrence en Orient. Les Etats se fatigueraient de subventionner la production cinématographique. Elle va au plus offrant sans jamais se fixer. Les MBAs investissent des centaines de millions dans de nouveaux bâtiments. Histoire d’en donner pour leur argent à des élèves qui achètent leur diplôme 200.000$. Les bâtiments sont payés par des anciens qui ont réussi. Qu’apporte l’éducation américaine ? Des références et des relations. Dans ces conditions, autant utiliser des formations en ligne. Au moins elles en réduiront le prix.

    La qualité de la gestion des entreprises serait mesurable et elle se verrait dans leurs résultats. Les Américains et les Allemands seraient bons, le secteur public, l’entreprise familiale et les pays du sud mauvais.

    La bulle boursière se dégonflerait et profiterait aux obligations d’Etat. Les analystes financiers sont de mauvais conseil dit une étude. Le Capital investissement achète au capital investissement. Cela s’explique par le fait qu’il doit à la fois revendre rapidement les entreprises dans lesquelles il investit et qu’il doit employer l’argent qu’il a, sous peine de le perdre. Cela n’amuse pas ceux dont ils gèrent l’argent (les fonds de pension, notamment). Car, ils peuvent avoir des participations dans les fonds acheteurs et vendeurs : « en substance, ils achètent l’entreprise à eux-mêmes, avec d’importants coûts de transaction ». (Les propriétaires des fonds, eux, gagnent à tous les coups.)

    Politique. Notre président est « ridicule ». (Ce que The Economist avait pris pour un réveil était un cauchemar ? D’habitude, il titre ce genre d’erreur « waving or drowning ».) En Ukraine la contestation semble avoir perdu, les oligarques ne sont pas de son côté. Les choix énérgétiques allemands (Atomkraft nicht danke) font passer au pays un mauvais quart d’heure. Ses subventions à l’énergie renouvelable coûtent 260€ en moyenne à un foyer. Et les centrales a charbon, c’est pas cher, fonctionnent à plein régime. Jamais l’Allemagne n’a produit autant de CO2. La Turquie doit-elle entrer dans l’UE ? M.Hollande est pour, mais l’Angleterre est maintenant contre. Les Grecs de Chypre aussi. Et, M.Erdogan est de moins en moins fréquentable. D’ailleurs la Turquie n’est-elle pas un peu grosse à avaler ? Aux USA, Obamacare tient toujours à un fil. Le peuple est contre. Ceux qui y adhèrent sont les mal portants. Ce qui menace le projet d’un déséquilibre fatal. La politique iranienne de M.Obama n’a pas l’appui des Américains. En Israël, on semble s’accorder pour expédier les Arabes du pays dans un nouvel Etat palestinien. 

    Faut-il craindre l’avenir ?

    68 était le bienvenu pour Raymond Aron. La société gaullienne avait besoin d’un peu de fantaisie pensait-il. Mais il a bien vite déchanté. Cette anecdote que j’ai trouvée dans une étude de la pensée des intellectuels en 68 m’a frappé. Ne pourrait-il pas en être de même aujourd’hui ?
    Ne pourrions-nous pas passer de Charybde en Scylla ? Et si, au lieu d’une société un peu plus humaine et solidaire qu’aujourd’hui, nous entrions dans une sorte de nouvel ordre moral ? Un retour de l’inquisition. En fait, je suis trop prisonnier de notre temps. Je n’arrive pas à envisager un scénario vraisemblable. Ce qui n’est pas surprenant, car la société tend à basculer brutalement d’un extrême à l’autre. Il existe cependant quelques scénarios usuels. Par exemple, les gouvernements faibles et sans convictions tendent à adopter, plutôt que de faire l’effort de penser, des idées qu’ils ne comprennent pas. C’est probablement pour cela que le libéralisme a été appliqué par des gouvernements de gauche. En ce sens, ce n’est pas le Front National qui est dangereux. Mais ce que pourrait faire de ses idées un gouvernement acculé, que cela arrange de penser que nous sommes des animaux. Car peut-il reconnaître qu’il est intellectuellement trop paresseux pour mettre en œuvre les idéaux grâce auxquels il a fait carrière ?

    C’est sans doute pour cela que John Stuart Mill voulaitque nous choisissions nos élus sur leur capacité à décider, à juger. Mais ces gens existent-ils ? Ou la sélection naturelle de la politique les liquide-t-elle, car trop dangereux ? En tout cas, les élections n’en ont aucun à nous proposer.  

    Anne Lauvergeon et le laboureur

    Anne Lauvergeon dit quelques mots au départ d’une conférence. Elle a fait un travail de prospective selon une méthode classique. Identifier les forces de la France et chercher les courants qui leur sont favorables. Si je comprends bien la suite de son discours, par sa bouche l’Etat nous dit de nous montrer innovants dans ces domaines. Alors, il saura bien nous aider.
    Depuis quelques temps, je vois émerger une idée. L’entreprise s’accommode mal des incertitudes du marché. Elle a besoin d’une ligne directrice. L’Etat est utile quand il passe des commandes. La commission de Mme Lauvergeon est-elle une nouvelle manifestation de cette idée ?

    Mais l’Etat ne peut plus passer de commandes. Alors, il relit La Fontaine. Et dans son infinie intelligence, il nous indique où creuser pour trouver le trésor ? « Cultivez, prenez de la peine… »

    Transformation de la France modélisée

    De temps à autres, ce blog essaie de modéliser aussi simplement que possible les transformations de la France. Voici mon dernier essai.
    • Post seconde guerre mondiale. Modèle technocratique. Consensus mondial. L’Etat va gérer l’économie. L’idée est de contrôler le capitalisme. En France, l’Etat dirige de grands groupes industriels. Il planifie leur production. Leur objet est de fournir un emploi à la population. Pas de chômage. La PME est sous-traitante. Comme les intérimaires, elle apporte un peu de souplesse au système. Mais elle est aux ordres.
    • Crise du modèle technocratique mondial. En France, l’Etat n’est ni un bon gestionnaire, ni un bon développeur d’entreprise  La France découvre que la politique se fait à la corbeille. Il n’est pas possible de nier l’existence du marché. Révolution culturelle : le modèle du marché. Principe du marché = un marchand à un nœud d’échange. La grande entreprise se débarrasse donc de son métier, qu’elle sous-traite. Et elle fait donner ses acheteurs. Ses sous-traitants, qui ne savaient qu’obéir aux ordres, sont pris par surprise et dépecés.
    • Ce modèle est à nouveau en crise. En effet, son principe est l’exploitation. Pas la création. Il détruit le potentiel de développement de l’entreprise. Mais ce qui ne tue pas renforce. L’entreprise française a maintenant compris qu’elle ne pouvait pas faire fi du marché. Elle doit devenir durable. La grande entreprise et la PME doivent trouver un moteur qui leur est propre.