Amérique post Trump

Un billet a fait surgir l’hypothèse, inattendue, d’une Amérique blanche, millénariste, qui livre sa dernière bataille avant d’être submergée par les majorités colorées. Seule possibilité ?

Et si, contrairement à ce que j’ai dit précédemment, la composition de la Cour suprême représentait l’avenir de l’Amérique ? Une Amérique qui renaissait d’un rejet réflexe des excès de l’extrême gauche intellectuelle ? 

Ce serait un retour aux valeurs traditionnelles, notamment religieuses, partagées par tous les composants de la population. La gauche pourrait se fracturer : le libertarisme, autre valeur américaine forte, rejetant le puritanisme (« cancel culture »). Les intellectuels redeviendraient une minorité contestataire, irresponsable. 

Ainsi, tout rentrerait dans l’ordre ? Hybris, Nemesis, Catharsis ?

Théorie des contraintes

J’entendais un hospitalier dire : je n’aurai bientôt plus de lits, il faut confiner. 

Cela pose un intéressant problème. Le confinement est-il lié à un nombre de lits ? Si c’était le cas, quel est le coût indirect (arrêt de l’économie) de la « bonne gestion » des hôpitaux, l’obsession de nos derniers gouvernements ? 

Une question plus compliquée serait le cas d’une crise réellement violente (sans même imaginer les conséquences de celle de 29), résultat d’un confinement un peu trop efficace. Comment jugerait-on les mesures prises actuellement ? Où l’on voit que les décisions à prendre ne sont évidentes qu’après les faits.

Les bases génétiques de la prospective ?

« Il est parfaitement vrai que tout, chez les êtres vivants, vient de l’expérience (…) mais pas de l’expérience actuelle (…) de celle accumulée par l’ascendance entière de l’espèce au cours de l’évolution. » (Jacques Monod, La Recherche, 1970.)

Selon cette théorie, l’expérience de l’espèce aurait façonné ce que nous pouvons percevoir du monde, et la façon dont nous le percevons. Tout cela nous serait transmis de génération en génération par l’intermédiaire de la transmission héréditaire. Ce qui expliquerait que nous puissions nous émerveiller que la nature semble mathématique : nos « instruments » ont été conçus par la sélection naturelle, par la nature même, pour être efficaces. Ce serait pour cela que nous pourrions « simuler » l’avenir.

(Je n’ai jamais été très admiratif de nos capacités à l’anticipation. En conséquence de quoi, j’ai tendance à penser que cette théorie passe à côté de quelque-chose d’important. Peut-être que le monde est en création permanente.)

Prospective coronavirus

Que sait-on de la lutte contre le coronavirus, et quelles conclusions peut-on en tirer pour notre économie, et notre société ?

Dans le meilleur des cas, la vaccination aura lieu en 2021. Dans le pire, elle peut ne pas marcher. En effet, la dernière phase de test sera la première phase de vaccination. Ce qui signifie que les premiers millions de vaccinés seront des cobayes, et que l’on peut détecter, grâce à eux, des effets indésirables (qui peuvent être, bien sûr, plus graves que le coronavirus, maladie généralement bénigne !), qui conduiront à l’arrêt de l’utilisation du vaccin concerné.

En outre, les vaccins vont arriver les uns derrière les autres. Donc, même en étant vacciné mi 2021, on ne pourra pas être certain de ne pas être dans une première vague de cobayes d’un nouveau vaccin. D’ailleurs, il semblerait qu’un vaccin ne marche pas à 100%… Ce qui peut signifier que l’épidémie peut se maintenir, même si la vaccination réussit.

Plus généralement, cela pose la question de l’innocuité du vaccin, donc celle de l’usage de la vaccination pour les prochaines pandémies. En effet, on ne peut pas dire avant de les essayer, pendant des années, quels seront leurs effets secondaires. Par exemple, la possibilité que certains modifient notre génome ne peut être écartée. (Tous OGM ?) Au nom du complot, il ne sera pas éternellement possible d’interdir le débat public.

En résumé, il y a des chances pour que les turbulences actuelles se maintiennent. Et que même si elles cessent, une autre pandémie nous frappe dans quelques années, avec des effets au moins similaires.

Le virus n’est que la partie émergée de l’iceberg
Le vaccin, c’est la défense du statu quo. L’économie qui ne change pas. Il est possible que cette solution ne soit pas viable. Pour lutter contre la pandémie, il va falloir probablement un changement, et celui-ci devra être social, dans le prolongement des mesures actuelles, que l’on croit provisoires (arrêt d’une certaine forme de globalisation, non essentielle, etc.).

Surtout, ce que nous découvrons, c’est que notre société est « fragile ». Ce qui jadis aurait été un événement mineur, localisé, dont personne n’entend parler, devient maintenant un mal mondial. Et cet événement mineur peut être beaucoup de choses, pas uniquement un virus. Nous devons rendre notre société résiliente. Et cela, ce n’est pas un vaccin qui nous le permettra.

Sida et coronavirus : même combat ?

Impacts du coronavirus sur la société ? Peut-être pas ceux que désirent les activistes de tout bord, mais, bêtement, une société qui parvient à fonctionner en dépit des épidémies. Cela n’est pas la fin de la mondialisation (ne serait-ce que parce qu’elle est un facteur de diversification des risques), mais une autre mondialisation : on voyagera moins mais mieux, par exemple, et l’on n’échangera que ce qui est essentiel (fin des poulets élevés à un endroit, congelés à un autre, découpés dans un troisième, et consommés encore ailleurs.)

Au fond, c’est peut-être aussi ce qui a résulté du sida. Les pratiques sexuelles ont évolué, mais l’humanité y a-t-elle perdu, pour autant ?

Et s’il n’y avait pas de plaisir sans un peu de gène ?

Open innovation : notre avenir ?

Open innovation. Mot apparu au début des années 2000. Définition : contraire de « closed innovation » ! Closed innovation : innovation qui vient de l’intérieur de l’entreprise. Closed innovation a été la norme. C’est ainsi que des monstres comme IBM, Boeing ou GM ont imposé leurs monopoles.

Maintenant, les multinationales achètent des start up. Il y a aussi Android et Google (Android est donné, pour imposer un standard Google) et les écosystèmes de développeurs autour de « plates-formes » logicielles.

Mais ce n’est pas tout. Les abeilles pollinisent les plantes. Pourquoi ces plantes ont-elles un intermédiaire ? Cette « complexité » est le propre des écosystèmes naturels. Elle est créative. Il en est de même avec les entreprises : rassembler des entreprises ayant des compétences différentes fait émerger des possibilités nouvelles.

Contrairement aux modèles « d’open innovation » dominés par un acteur central, c’est une « open innovation démocratique ». Elle permet de créer immédiatement quelque-chose de neuf. C’est un moyen de sauver des entreprises en difficultés.

Le monde d'après sera-t-il nécessairement plus vert ?

Si l’on en croit ce qu’on lit, il y a envie de changer de monde. L’écologie a-t-elle vaincu ?
Des forces contradictoires sont en présence :

  • Le ralentissement économique va toucher en premier les jeunes, qui sont les troupes de choc de l’écologie. Cela pourrait en faire des Gilets jaunes. Plutôt diesel que SDF.
  • Un « green deal » mondial serait une « destruction créatrice » : en forçant à réinventer l’économie il créerait des « opportunités de business », comme le font les guerres. Voilà ce qu’aime le monde des affaires. Paradoxalement, ce pourrait être une nouvelle révolution industrielle

Et les bons sentiments, là-dedans ? Ils ne peuvent pas grand chose face aux mécanismes qui régissent l’humanité, et qui sont économiques.

(Bien sûr, on peut imaginer faire basculer la logique régissant la société, mais c’est ce qu’un très grand nombre de gens ont tenté de faire, depuis longtemps, sans résultat, ou, plutôt, avec des résultats désastreux.)

Environmentalists on back foot as Germany’s newest coal plant opens 

Coronavirus and possible recession heap challenges on fight against fossil fuel lobby (Financial Times)

Monde d'après : quels scénarios ?

J’ai découvert qu’il y avait une très forte aspiration a se débarrasser d’un Etat centralisateur dont l’administration s’est ridiculisée pendant l’épidémie. Ce serait facilité par Internet.

Et le contraire ? Un monde parcouru par des épidémies, où chacun reste chez soi ou se déplace dans une cellule isolée, et est alimenté par des circuits d’approvisionnement protégés, où des Instituts Pasteur jouent le rôle de système immunitaire collectif, où les mouvements de chacun sont pistés par leur téléphone, devenu obligatoire. Le rêve d’Uber, sans Uber. L’homme comme cellule d’un corps social.

Y a-t-il un prospectiviste dans la salle ?

Le boom du plexiglass

Mort de l’open space et boom du plexiglass. Conséquence imprévue du virus.

Les épidémies sont des « points singuliers » diraient peut-être les mathématiciens. Il y a rupture de continuité. L’après est différent de l’avant. C’est pourquoi le déterminisme (croyance de beaucoup de scientifiques) ne peut être justifié ? Et pourquoi le prospectiviste a toujours tort ?

Le prospectiviste : homme du passé ?

« Avant la fin du siècle New York sera à vingt minutes de Paris« . Voilà ce qu’écrivait Jean Duché, en 1969, dans Les grandes routes du commerce (Flammarion International Library). On pensait à l’époque que les avions voleraient à Mach 12.

Non seulement ce n’est pas le cas, mais il n’y a plus d’avion commercial supersonique. Même l’aviation militaire, en termes de vitesse, a connu un recul. C’était la guerre froide qui donnait des ailes aux avions.

Le prospectiviste est une pendule arrêtée : il prolonge les tendances du passé. Mais ce n’est pas comme cela qu’avance la société. Elle évolue par changements « systémiques ». Elle passe d’un monde à un autre.