Révolution industrielle

Je me suis mis à lire la littérature anglaise du 19ème siècle. Contrairement à ce que je pensais, on y parle des aspects négatifs du progrès. L’air, du fait des fumées de charbon, était irrespirable. La campagne était retournée par les mines de charbon. Le peuple connaissait une pauvreté « monstrueuse » au sens « monstre de cirque ». Et ceux qui partaient aux colonies étaient rapidement victimes de maladies tropicales.

Peut être que la vie des nations est comme celle des individus : on ne prend conscience de ses malheurs, et de ses erreurs, qu’une fois qu’ils sont passés ? C’est grâce à cela que l’on parvient à changer ?

La conquête de l'espace a-t-elle un avenir ?

La conquête de l’espace a-t-elle un avenir ? se demandait France Culture. Dans mon enfance, j’aurais dit oui.

Qu’est-ce qui a  changé ? Les scientifiques ? Jadis, faute d’éducation, on ne pouvait que les admirer. Aujourd’hui, ils semblent « mal finis ». Trop spécialisés, ils pêchent par leur manque d’esprit critique. Or, c’est le propre du scientifique ! Apprentis sorciers ?

Jusqu’aux années 60, la science a été sociale. Les meilleurs esprits combinaient leurs forces pour révéler les merveilles de la nature. Aujourd’hui, on est chez Mad Max, ou au Moyen-âge post chute de Rome. La science a été démantelée. La NASA est une bureaucratie incapable de construire des fusées. Des milliardaires fous, comme Elon Musk, ont mis la main sur quelques dépositaires du savoir ancien, et croient effacer ce qui les a précédés.

Le sujet de la conquête spatiale moderne c’est la recherche de la vie, disait l’émission. Mais, ai-je pensé, on ne sait pas ce qu’est la « vie » ! Et, ne risque-t-on pas ce qui est arrivé lors des explorations terrestres : des épidémies ? Jadis, on explorait pour explorer. Pour « connaître ». Nous passions de l’ombre à la lumière. Voilà tout. C’était un acte de foi. Mais nous avons compris que la recherche de la connaissance avait un coût. Cela nous a fait perdre la foi. Voilà pourquoi la conquête spatiale n’a plus qu’un terne avenir ?

Paradoxe du progrès

Pourquoi a-t-on aimé l’atome, hier, pourquoi le craint-on, aujourd’hui ? Pourtant, il était plus dangereux hier qu’aujourd’hui ?

Dans mon enfance la famille, l’Education nationale et l’Etat donnaient aux enfants des livres qui parlaient des merveilles du progrès et expliquaient le fonctionnement d’une centrale nucléaire. Je viens d’en retrouver un. Lavage de cerveau ? Mais tout le monde était d’accord pour dire que le nucléaire, c’était le progrès.

Sans que l’on sache trop pourquoi, le doute s’est installé. Il y a eu un revirement d’attitude complet. Le plus curieux est peut-être que les gens du type de ceux qui distribuaient des livres sur le progrès accusent maintenant ceux qui les ont crus d’être des forces du mal…

Confondrait-on gouverner et manipuler ?

Le progrès marche sur la tête ?

J’achète une machine à laver le linge. Pourquoi de telles différences de prix ? La qualité n’est plus ce qu’elle était, me répond-on. D’ailleurs, il y a de plus en plus d’électronique (notamment des systèmes qui permettent de programmer un lavage différé), qui ne sert à rien (la grande majorité des gens n’utilise qu’un programme), et l’électronique, c’est fragile.

Si bien que j’ai acquis la machine la plus simple, et la plus chère, et encore avec une garantie la plus longue possible (chacun sachant que la machine tombe en panne le lendemain de la fin de garantie)…

N’y aurait-il pas quelque-chose qui ne va pas dans la logique du monde ?

Le désenchantement du progrès

Le progrès scientifique est un mythe de notre temps. Qu’en a-t-il été en réalité ? L’Apocalypse joyeuse de Jean-Baptiste Fressoz est l’histoire d’un changement : comment le progrès est entré dans notre société.

Quand l’humanité jouait les cobayes

Comme dans le film la Conquête de l’Ouest, l’histoire est racontée en quelques épisodes marquants : l’inoculation de la petite vérole, la vaccination, l’avènement de la chimie, le gaz d’éclairage et la chaudière. 

L’Ancien régime a une conscience environnementale étonnamment proche de la nôtre. Il pense en effet que le « climat », une forme d’écosystème, conditionne la nature humaine. Sa police a donc pour rôle de maintenir un statu quo fondé sur l’expérience accumulée par l’espèce humaine depuis les siècles des siècles.

Il a peur du progrès. Avec raison. C’est une croyance avant tout, une religion. Les principes sur lesquels il repose nous semblent invraisemblablement ridicules, aujourd’hui. Au début, rien ne marche. La mise au point d’une innovation est une invraisemblable, et interminable, succession d’essais et d’erreurs. Les drames succèdent aux drames, les morts aux morts. Les chaudières explosent, de même que les gazomètres. Le gaz d’éclairage (tiré du charbon) émet, entre autres, du monoxyde de carbone. L’acide sulfurique détruit tout sur son passage, or, les usines sont implantées en pleine ville ! Les faibles font les frais de l’expérience. Ainsi, les enfants trouvés servent de cobayes humains à la mise au point de la vaccination – qui mettra beaucoup de temps à donner de bons résultats. (Les Nazis n’ont rien inventé ?)

Pourquoi le progrès a-t-il gagné ? Peut-être parce que ses promoteurs étaient, comme les héros de l’Ouest, extraordinairement déterminés. S’ils n’entrent pas par la porte, ils passent par la fenêtre. Leur aventure est celle de la lutte de l’individu contre la société. Surtout, ils occupent les sommets de l’édifice social. Entre leurs mains, la science est un formidable moyen de manipulation. Elle leur donne le pouvoir. C’est peut-être le plus important. Car ils construisent une administration qui va uniformiser et centraliser le pays, en dépossédant notables et régionalismes.

Cette administration scientifique édicte des normes, supposées rendre inoffensive la technologie ! Mais, toutes les tentatives pour convaincre le peuple par des équations échouent. Ils vont, finalement, acheter ce qui s’oppose à eux. Ils donnent un peu d’argent aux riverains de leurs usines, embauchent ceux dont ils détruisent les terres et la vie, faisant de paysans des ouvriers…

Mais surtout, il y a l’assurance. L’assurance transforme les risques que fait courir l’entrepreneur en un coût prévisible. De ce fait, son avenir l’est aussi. 

L’avenir du progrès

Il est tentant de lire cette histoire du progrès comme une lutte de classes. Une classe veut prendre la place d’une autre. Le progrès est son arme, idéologique avant tout. Et la division des tâches livre un peuple sans défense à ses expérimentations. 

Si de tels livres sont écrits aujourd’hui, c’est que la société a changé. Elle est beaucoup plus égalitaire qu’elle ne le fut : moins de potentiel de luttes de classes, et moins de « sous-hommes » qui peuvent être sacrifiés au progrès. Peut-être aussi que la formidable séduction que le progrès a exercé sur l’homme s’est évaporée. Il nous a donné ce à quoi rêvait Jules Verne ; ce qu’il nous propose maintenant n’a plus grand intérêt. Qui veut mourir pour Internet ? 

Max Weber disait que la raison, en tuant les mythes, avait désenchanté le monde. Eh bien, il semble que le progrès, à son tour, ait été désenchanté. 

Si elle ne s’arrête pas, l’évolution humaine va probablement devoir trouver un autre principe. Pour Edgar Morin, la « pensée simplifiante » a été le propre du progrès. Son opposé est la pensée complexe. C’est la pensée de la réalité, du tout, la logique des espèces qui profitent d’un écosystème, en y participant. 

La difficulté de ce changement vient de ce que la source de notre comportement plonge très loin dans notre inconscient, et que personne n’est épargné, en particulier pas les écologistes. Quand nous croyons changer, nous ne faisons que renforcer le système auquel nous appartenons… Compliqué.

Références

FRESSOZ, Jean-Baptiste, L’Apocalypse joyeuse, Seuil, 2012.

De la dépression en Amérique

Une étude montre que les Américains d’âge moyen, peu éduqués, sont de plus en plus gagnés par la dépression, avec toutes ses conséquences en termes d’alcoolisme, de consommation de drogue, ou de suicide. Les personnes nées dans les années 60 sont significativement en plus mauvaise situation que ne l’étaient, à leur âge, celles nées dans les années 40.

Curieusement, les hommes blancs, relativement plus riches que les autres catégories (femmes et minorités), sont plus atteints. Cela pourrait s’expliquer par le fait que, du fait de leurs revenus, ils ne seraient pas éligibles aux aides, aides dont l’effet serait bénéfique pour la santé. (Est-ce l’argent qui est bénéfique, ou le rétablissement d’un lien social ?)

Renversement des idéaux. Après guerre, on était convaincu que la condition humaine irait en s’améliorant. Apparemment, le « progrès » s’est poursuivi, mais il s’est mis à être destructeur pour certains.

Humanité somnambule ?

« Les peuples qui nient leur passé sont condamnés à le revivre » (Churchill).

L’écriture de mon premier livre, il y a près de 18 ans, m’a amené à me plonger dans toute une littérature, scientifique ou non. J’ai eu la surprise de découvrir à quel point nous nions le passé. Par exemple, tout le débat sur le libéralisme d’avant guerre, on ne parlait que de ça, est totalement inconnu. Il en est de même de la science des systèmes, ou de la complexité, qui fut l’alpha et l’omega de l’après guerre, et même La science, et surtout, la cause de la prospérité moderne. Quant aux sciences du changement, tout se passe comme si personne n’en avait parlé, alors que c’est une des préoccupations principales de l’humanité. Ce qui est plus ennuyeux est que la société moderne est issue de décisions, rarement heureuses, dont on a effacé la trace.

Phénomène mystérieux. Certains n’ont pas envie que le passé soit connu, certainement. Mais surtout, il semble que l’écrasante majorité de la population ne soit pas curieuse. Effort intellectuel trop grand ? Avons-nous été abrutis (cf. les thèses d’Hannah Arendt) ?… Mystère.

Changement de changement ?

Le glyphosate est-ce dangereux ou non ? On n’en sait rien, concluait La méthode scientifique de France Culture.

Comme d’habitude, il faut attendre qu’il y ait des morts pour que l’on ait quelques certitudes ? (Une autre émission parlait des « radium girls », qui peignaient des cadrans phosphorescents avec un composé de radium, et s’empoisonnaient en humectant leurs pinceaux avec leurs lèvres.)

Dans ma jeunesse, on était persuadé que la science démêlerait le vrai du faux. Le changement, le progrès, avait pour moteur la raison et la science. Ce n’est pas ce qui est arrivé. Aujourd’hui, les changements sociaux ressemblent à la mode. Ils résultent d’un affrontement entre idéologies, employant tous les moyens possibles pour manipuler l’opinion.

Entre la science qui fait la loi et les luttes idéologiques, n’y aurait-il pas une troisième voie ?

Réseaux sociaux et communautés

Le débit créera les usages, disait-on au temps de la bulle Internet. Quels usages ont émergé des réseaux sociaux ?

Si l’on en croit le réseau social, une communauté se résume à « influenceur » / « suiveur ». Si l’on observe la société animale, on peut se demander en quoi c’est un progrès.

Mais c’est peut-être tout de même une innovation. On nous dit que nos réflexes « primitifs » nous viennent de l’homme des cavernes. Et si c’était le contraire ? Et s’il fallait la protection de notre société pour que l’homme puisse avoir des instincts « primaires » ?

Gérard Mourou

M’étais-je mépris sur Gérard Mourou ? C’est ce que m’a fait penser un entretien qu’il a eu avec Etienne Klein. (France Culture)

Je croyais qu’on lui avait octroyé le prix Nobel pour quelque curiosité. Eh bien celle-ci pourrait avoir des applications révolutionnaires. Elle consiste à utiliser un laser pour produire une puissance colossale pendant un temps extraordinairement faible (l’un étant lié à l’autre). Cela sert en chirurgie de l’oeil. Mais cela permettrait aussi de faire les expériences de physique des particules en chambre, et d’aller au delà de tous les rêves du CERN, et, qui sait ?, d’éliminer la radioactivité des déchets radioactifs.

(Et la fusion nucléaire ? me suis-je demandé.)

Le progrès technologique n’aurait-il pas dit son dernier mot ?