Docteur Folamour

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Les Russes tirent sur une centrale nucléaire. Information au réveil. Puis, un Ukrainien contacté par la BBC explique qu’il s’agit du dortoir de la centrale. 

M.Poutine nous avait déjà parlé de son gros arsenal nucléaire. Et si le nucléaire pouvait tuer autrement que par des missiles ? 

Et si M.Poutine était en train de perdre la face ? Pas parce qu’il n’arrive pas à conquérir l’Ukraine, mais parce que son armée est ridicule. J’ai cru comprendre, toujours la BBC, que l’on n’avait pas dit aux soldats qu’ils partaient à la guerre… Si c’est vrai, ils ne doivent pas être très combattifs… 

Et si l’Ukraine menaçait de tuer le rêve de grandeur de Vladimir ? Un monde dans lequel la Russie éternelle ne serait plus rien est-il acceptable par lui ? Que ferait-il ?

La question que posait Dr Folamour ne serait-elle pas d’actualité ? Si nous survivons à cette guerre, ne faudra-il pas prendre conscience du besoin d’un mode de « gouvernance » qui convienne à une humanité explosive ?

(A ce que l’on dit, l’Ukraine est truffée de réacteurs nucléaires.)

Texte associé par wikipedia à la photo : « By Directed by Stanley Kubrick, distributed by Columbia Pictures – Dr. Strangelove trailer from 40th Anniversary Special Edition DVD, 2004, Public Domain, Link. »

Vaccin et Aristote

Etes vous « vac » ou « antivac » ? Aristote dirait probablement que la question n’a aucun sens. 

Une émission de France Culture que cite ce blog raconte l’histoire des vaccins. Il y a eu des hauts et des bas. Le vaccin a eu des succès retentissants. Mais, on a cru aussi, comme durant la guerre de 14, qu’il pouvait faire des miracles. Et il a tué. 

D’ailleurs, cela s’applique à Pasteur, il se pourrait que l’on ne considérerait pas les pratiques qui ont fait la gloire du vaccin comme étant acceptables aujourd’hui. En ces temps, les dangers n’étaient pas les mêmes, pas plus que le prix de la vie. D’ailleurs, comme le rappelle un ami, ce n’était pas qu’une question de vaccin. Le vaccin faisait parti du « progrès », et l’on était prêts à mourir pour le progrès ! 

Bref, comme le disent les philosophes pragmatistes, il n’y a pas de certitudes,  il n’y a que des choses « qui marchent », et d’autres pas. Aristote parlerait de « juste milieu ». Sa particularité est d’être entre les extrêmes, et de devoir se chercher au coup par coup…

2022 : année du bourrin ?

1% des élèves actuels parviendraient à entrer parmi les 10 meilleurs % d’il y a 30 ans, disait ce blog. Notre modèle de société est-il en train de changer ? Jadis, quelques grands hommes qui faisaient évoluer les idées et la science. Aujourd’hui, le monde est dominé par des esprits frustes, le reste de la population étant à leurs ordres. Entre-t-on dans un nouveau type de progrès ? 

Ce que l’informatique appelle « l’agilité » nous montre peut-être la voie. L’agilité est l’art du bourrin. C’est le développement de logiciel par essais et erreurs, mais sévèrement encadré, de façon à ne pas trop laisser passer d’erreurs. Et lorsqu’elles parviennent à passer et qu’elles tuent, on fait un procès, on paie les parents des victimes, et on améliore les batteries de test. 

On pourrait donc imaginer un monde « à l’américaine », qui ne chercherait plus à comprendre, comme par le passé, mais dans lequel de gros machos sur le modèle de D.Trump pleins du sentiment de leur supériorité se jetteraient à l’assaut de l’avenir. Certains parviendraient à survivre. De temps à autres leur « science sans conscience » produirait des crises environnementales. D’autres monteraient alors aux créneaux pleins de nouvelles certitudes. 

Après tout, c’est peut être comme cela que la sélection naturelle et le virus procèdent. Ce qu’Hannah Arendt a appelé « l’animal laborans » serait-il l’avenir de l’Homo sapiens ?

Réveil virus

2021, nouvelle année virus. 

Ce virus a eu un curieux effet. Il a trouvé la faille de notre société. Il a frappé son principe fondateur. Il fait dégringoler tout l’édifice social.

Voilà un exemple de destruction que n’avait pas prévu Schumpeter. 

Les anciennes religions auraient parlé de péché, et de main de Dieu. Avec raison. Le péché c’est « l’hybris » humain. Nous prétendions nous être affranchis de la nature, pouvoir vivre dans un monde de notre invention. Or, le principe même de la vie semble être la recherche aléatoire des failles de tout édifice. Ainsi il le force à évoluer. 

La devise du virus n’est peut être pas « indignez-vous », mais « réveillez-vous » ! 

(Ou, qui sait ?, « travaillez, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins ! »)

Déodorants et phtalates

Le Monde disait, l’autre jour, que les déodorants seraient soupçonnés d’être à l’origine de cancer du sein et que les phtalates, qui se trouveraient dans des objets et des aliments, auraient causé 100.000 décès prématurés aux USA. 

Rien de nouveau. On utilise d’abord, et on constate ensuite. Rayons X, amiante, DDT, etc. 

Ne serait-il pas temps de prendre conscience de ce phénomène ? Et, d’une part, de cesser de dire d’une innovation qu’elle est évidemment sans risque, ce que personne ne croit, et, d’autre part, qu’il serait bien de l’éviter, dans la mesure du possible, en utilisant au maximum ce qui semble avoir fait la preuve de son innocuité ? (C’est probablement la logique du « circuit court ».)

La culpabilité de l'histoire

Ma grand mère me disait qu’en l’an 2000 on mangerait des pilules. Tout le monde pensait comme elle, dans les années 60. Ce qui paraissait malsain, c’était ce qui était naturel. Paul Newman fait bombarder, par un le héros d’un de ses films, une petite fille à l’esprit pur, de rayons gamma des marguerites. Voilà comment l’on fait des découvertes bonnes pour l’humanité. D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, je lisais un article américain qui s’inquiétait de ce que, chez les pauvres, les enfants allaient jouer dans la nature lorsqu’ils rentraient de l’école. Pas étonnant qu’ils ne fassent pas d’études. 

Nos idées sont collectives. Le plus surprenant, en conséquence, est l’effort actuel pour réécrire le passé. 

Tout cela est peut-être la manifestation d’une pathologie sociale. Pour une raison à déterminer, il existe actuellement une obsession d’être le bien absolu. Un bien qui serait éternel. Universalisme et anti relativisme. Paradis sans confession. Pour cela ce bien est défini de manière plus ou moins arbitraire. Et tout ce qui diffère de cet absolu est condamné. 

Candide essuie-glace

 « On pouvait penser, depuis Voltaire, que chaque génération avait besoin de son Candide. Chacune ayant ses propres façons d’enfumer ou de salir les vitres qui la séparent des saines réalités, cet entrain à les asperger d’eaux claires est un art de salubrité publique. Or, dans l’ère de progrès où nous voici engagés, dans la bousculade et la frénésie qui « accélèrent » (on nous le dit) l’Histoire où nous sommes emportés, c’est tous les ans qu’il faudrait un Candide, et, d’aventure, tous les mois ; ou, mieux encore, périodiquement, plusieurs Candide. » (Maurice Genevoix)

Comment se fait-il que notre société ait, effectivement, une telle capacité au délire ? Qu’il lui faille des crises comme celles que nous vivons actuellement pour que celui-ci soit un rien ébranlé ? Nous faut-il des Candide ou, plutôt, abattre les remparts que nous avons édifiés pour nous protéger de la nature, qui nous empêchent de voir, et de nous adapter ? Sommes-nous, nous et notre éducation, devenus, trop « artificiels » ? 

Vaccination permanente

On s’était habitué au vaccin définitif. Mais il se pourrait qu’en ce qui concerne le coronavirus, on retrouve le scénario de la grippe : une vaccination annuelle pour contrer les mutations du virus. Les laboratoires pharmaceutiques seront riches. Le nouveau GAFA ?

Or, il n’est pas interdit de penser que les techniques que nous utilisons actuellement puissent modifier notre génome. Cela n’est pas forcément un mal. L’homme subit, depuis quelques millénaires, des mutations génétiques accélérées. C’est une conséquence de contraintes sociales (adaptation à l’altitude, au lait…). Mais il faut, tout de même, faire attention. Le danger, dans ces conditions, c’est l’aveuglement. Par exemple : interdit de critiquer la science. 

Ne serait-il pas temps de se demander pourquoi les conséquences sur l’homme du développement de la société doivent être aussi violentes ? Et s’il n’y aurait pas quelque manière de faire un peu plus pacifique. 

La réalité comme création ?

L’histoire de la FNSEA que je cite dans un billet précédent nous rappelle que jadis, dans mon enfance, on croyait à la science. L’artificiel (créé par l’homme) devait remplacer le naturel. On prévoyait un avenir où l’on mangerait des pilules. Les gens seraient des OGM. On conquérait l’espace. On vivrait dans des bulles. Pour Paul Newman, le poète bombarde les marguerites avec des rayons gamma. C’était le progrès. 

Les mêmes images, par exemple de ville, ne sont pas interprétées de la même façon aujourd’hui. Comment se fait-il que la société ne voit plus la réalité comme dans le passé ? 

Peut être avons-nous besoin de rêver, mais que notre rêve a besoin d’être renouvelé pour durer ? Il s’est épuisé ?

Le plus surprenant peut-être est que l’épidémie ait révélé que nos dirigeants ne nous ressemblent pas. Eux semblent croire à l’autorité de la science, au pouvoir des experts. Ce sont des extraterrestres ?

Progrès

Qu’est-ce que le progrès ? Pour les Lumières, c’était celui de la « raison ». L’humanité allait devenir « sage » grâce au bon usage, ou au développement de quelque-chose qui se nomme la « raison ». Qu’est-ce que cela signifie ? Peut-être que nous éviterions ce que nous considérons, avec le recul, comme des drames humanitaires, dûs à notre aveuglement. 

Curieusement, le travail sur la « raison » que cela signifiait a été abandonné, et « progrès » a changé de sens.

Ces mécanismes de changement de sens mériteraient d’être étudiés. En fait, on ne cherche jamais la signification d’un terme, on la déduit de son contexte. Comme le contexte change, le mot change. Il y a peut-être aussi des mécanismes plus volontaires : pour faire de la publicité on s’approprie un mot que la population aime bien, et on l’associe à ce que l’on fait. 

Ce qui a peut être perdu les philosophes de Lumières, c’est qu’ils n’en sont pas restés au problème. S’ils nous avaient laissé une question, façon tables de la loi, peut-être que nous nous chercherions encore à la résoudre. Alors qu’ils ont cherché à nous laisser des solutions. Et le sort des solutions est de dériver et de se transformer, radicalement.