Sortir des idéologies

Article sur le moyen-âge anglais. Surprise. L’homme de l’époque avait quasiment sa taille actuelle, il était solide et avait d’excellentes dents (peu de sucre). La déchéance physique serait le fait de l’ère victorienne ! Le « progrès » aurait-il plongé une énorme partie de la population dans l’abjection ?  
Ce qui m’a ramené curieusement à un texte de Serge Antoine, pionnier du développement durable. Il parlait des résidences secondaires. Dans mon enfance, le progrès c’était la résidence secondaire. Du coup, on bétonnait les littoraux, ce que l’on commençait à trouver extrêmement préoccupant. Je comprends aujourd’hui que nous découvrions que notre développement n’était pas durable.
Car, jusque-là, « développement » signifiait faire profiter toute la population de ce qu’avaient les plus fortunés. Ce n’était pas tenable, alors nous en sommes revenus à la solution victorienne ?
Cela aurait déprimé Aristote. Pour lui la démocratie, qui vise à faire de tous des égaux (communisme ?), et l’oligarchie, qui fait de l’inégalité la norme (néoconservatisme et Angleterre victorienne ?), sont instables. Elles veulent construire la société à partir d’un de ses composants, en éliminant l’autre, qui lui est nécessaire.
Autrement dit, il faut des riches sans ostentation, dévoués à l’État et qui ne considèrent pas le pauvre comme un mal à éradiquer, et une classe moyenne importante, satisfaite de son sort et qui ne voit pas d’injustice dans la différence. De l’importance de cette classe dépend la solidité de l’édifice social, dit Aristote.
Compléments :

ISO 26000 : mise en œuvre

Problème : une profession voit son salut dans le développement durable. ISO 26000 a été conçu pour guider ce changement. Premières réflexions sur sa mise en œuvre.

  • ISO 26000 est une méthode lourde et exhaustive, qui ne colle pas au peu de temps dont nous disposons mes interlocuteurs et moi. Du coup, j’ai décidé d’utiliser ISO 26000 pour guider l’amélioration continue du comportement de l’organisation. (Idée 0.) En attendant, il faut franchir, vite, une première étape marquante, qui donne très envie de poursuivre, en montrant où l’on va. Comment faire ?
  • Première idée. Décrire son rôle. La question fondamentale de la RSE (développement durable appliqué à l’entreprise) est : quelle est ma responsabilité (par rapport à la société et à la nature) ? Comment dois-je modifier mon comportement pour l’assumer ? Eh bien, notre première responsabilité est de tenir notre rang dans la société !
  • Seconde idée. Quelles sont les forces qui transforment le monde ? Quelles sont les impacts qu’elles peuvent avoir sur mes « parties prenantes », sur la nature et la société ? Quelle peut être mon influence sur leur sort ? Dans quel sens pensé-je qu’il est bien, moral, que je l’exerce ? Cette simple question permet d’obtenir un résultat rapide, sans appliquer l’usine à gaz 26000. (Mais c’est l’esprit d’ISO 26000.)
  • Troisième idée. Comment dois-je faire évoluer ma « gouvernance », avec les moyens du bord, pour mettre en œuvre les actions envisagées ?

Tout cela a une conséquence imprévue. En travaillant à long terme, on voit apparaître d’inattendues opportunités économiques. On en tire une stratégie, qui conduit fermement la décision quotidienne. Du coup, plus de tentation de décision aveugle et suicidaire imposée par « le marché ».

Compléments :
  • Remarque. L’esprit de cette démarche s’oppose à celle des deux idéologies qui ont fait notre histoire récente. Le communisme voulait recréer la société. L’idéologie occidentale du progrès donnait la nature à l’homme pour qu’il la façonne. Ici on observe dans quel sens va l’histoire. Puis on cherche à lui faire emprunter l’embranchement qui nous convient le mieux. Pour cela on utilise les outils et techniques apportés par le « progrès ». Il n’aura pas été vain ?

Moteur de l’économie

J’écoutais, hier, des fragments d’émission sur la future conquête spatiale. Elle me semblait bien plus passionnante il y a 30 ans.
Ce qui me frappe à répétition est à quel point l’avenir est moins intéressant maintenant qu’alors. Pourquoi sommes-nous moins créatifs ?
D’ordinaire je pense que la science est dans sa phase de « rendements décroissants », elle a épuisé tout ce qu’il y avait de beau à découvrir, et à désirer acquérir. La voiture, le téléphone, le réfrigérateur, le congélateur, la télévision… c’est derrière nous.
Mais, il y a peut-être une autre explication. Jadis l’enrichissement était la récompense (éventuelle) de ceux qui avaient été utiles à la société. Aujourd’hui, il est devenu une motivation première. Peut-être est elle peu créative ? Peut-être aussi qu’en conduisant la minorité à détrousser la majorité, celle-ci n’est plus le marché dont a besoin la création ?
Compléments :
  • Point de vue complémentaire de celui de The Economist pour qui la dette est la nouveauté des dernières décennies ?

La grande manipulation

Quand j’ai démarré le travail qui a conduit à 3 livres et à un blog, mon ambition était petite : parler de techniques de conseil en management. Je ne savais pas où cela allait me mener. Parmi mes découvertes : le détournement des concepts fondateurs de notre culture occidentale.

Les philosophes des Lumières voulaient la victoire de la « raison », l’homme utilisant son cerveau pour décider, seul. Il se dégageait de la dictature des conventions. Le progrès c’était l’émergence progressive de la raison. Le processus du progrès ? La confrontation permanente avec le néant, l’incertitude, nécessaire au mécanisme même de la pensée. Elle est remise en cause, la destruction d’une certitude par une autre.

Aujourd’hui, il semble que deux tendances s’affrontent, qui ont, sur le fond, le même effet.

  1. Pour la pensée anglo-saxonne, qui nous influence grandement, le choix rationnel, c’est obtenir ce que l’individu désire. Le progrès ? La marche de la technologie, qui accumule le bien matériel, et nous endort dans la béatitude d’un avenir tout tracé. La démocratie ? Le libre échange ! Et nos décisions ? Les sciences du management sont, le plus officiellement du monde, des sciences de la manipulation. Les écoles de management enseignent comment utiliser les sciences humaines pour faire nos quatre volontés. Soit en utilisant les lois de notre culture pour déclencher chez l’homme le réflexe désiré, soit, au contraire, en les modifiant pour mettre la société à son service (c’est le rôle de la télévision et de la publicité). Résultat ? Ceux qui ne peuvent se défendre contre cette influence sont transformés en « consommateurs ». La culture qui était supposée infléchir l’instinct pour conduire au bien de l’humanité est maintenant faite à l’image des vices de certains.
  2. Tout Charybde a son Scylla, semble-t-il. Tout TF1, son service public. Notre élite intellectuelle, appuyée par la presse, nous dicte nos idées. Que l’homme prétende penser est indécent. Un événement survient ? L’individu doit avoir une opinion spontanée. Il doit savoir, et savoir comme ceux qui savent qu’ils détiennent la vérité.

Ces deux forces sont convergentes. Elles vont à l’exact opposé de ce qui définit notre civilisation, peut-être même depuis les Grecs : la libre pensée individuelle. Est-ce une étape nécessaire ? Le premier réflexe de celui qui pense par lui-même est d’imposer sa pensée à l’autre ? Sommes nous les petits soldats de deux communautés, sœurs et ennemies, des « libres penseurs » les plus évolués, qui détiennent les leviers du pouvoir et s’affrontent pour la domination du monde ?

Les étapes de ma réflexion :

De la pauvreté

Un extrait d’un billet de Carmen Schlosser Alléra (voir blog dans liste de blogs), au sujet de la conférence de Poznan :

L’envoyé spécial de l’Inde et chef de la délégation indienne à Poznan affirme que son pays n’est pas un émetteur important et que comme la Chine ne prendra pas d’engagements de réduction contraignants. Toute réduction d’émission menacerait la croissance et empêcherait de réduire la pauvreté énergétique de son pays, où 500 millions de personnes vivent dans le noir. En Inde, j’ai besoin de donner de la lumière à un demi-milliard de personnes. A l’Ouest, vous voulez conduire votre Mercedes aussi vite que vous le voulez. Nous avons des émissions de survie, les vôtres sont de confort, de style de vie. Elles ne peuvent être mises sur le même pied. J’essaye d’assurer de l’énergie pour des services commerciaux minimum, alors que vous n’êtes pas prêts à abandonner votre riche style de vie ni votre niveau de consommation. Ce même négociateur exprime sa surprise devant la facilité avec laquelle les fonds avaient été trouvés pour contenir la crise financière. Il ajoute que si en cas de crise sérieuse les gouvernements sont capables de trouver les ressources nécessaires de l’ordre de centaines de milliards de dollars, qu’en est-il des changements climatiques ?

En lisant ce texte, je me suis demandé ce que signifiait être pauvre.
Si être pauvre, c’est ne pas avoir l’électricité, le monde a été pauvre depuis toujours. Les rois les premiers. Et certaines parties de ma famille étaient très pauvres il y a encore quelques décennies. Est-ce qu’être pauvre c’est ne pas avoir ce qu’on les autres ? Et est-ce qu’il n’y a que cela dans la pauvreté de l’Inde. Que dire de la pollution (Malheureuse Inde), de son instabilité sociale ? N’est-ce pas une pauvreté en grande partie de fabrication récente ?
Aurait-on confondu progrès avec empilage de biens matériels ? Est-ce que ce progrès crée la pauvreté ?

Jean-Noël Cassan, passe beaucoup de temps au Pakistan. Il y voit des gens pauvres mais dignes. Il pense qu’ils sont heureux. Mes ancêtres étaient pauvres mais dignes, eux aussi. Et leurs descendants ont gardé un souvenir de paradis perdu.

Il est temps de réfléchir à ce que nous appelons progrès. J’ai le sentiment que nous avons le choix entre être esclave de l’économie, comme aujourd’hui, ou la mettre à notre service. Et cette seconde solution ne demande pas de retour à l’âge des cavernes, de communisme, ou de freinage de l’élan entrepreneurial. Juste une orientation correcte. C’est peut-être le sens du changement que nous vivons aujourd’hui.