Ferdydurke

Qui était Witold Gombrowicz ? Lecture de Ferdydurke, son roman le plus célèbre semble-t-il.

Un mélange de Kafka et de Céline ? C’est une sorte de farce sinistre. Une charge effroyable contre la société polonaise. Du peuple aux nobles, personne ne réchappe au règlement de compte. Quatre mots reviennent sans cesse : cucul, forme, gueule, mollet. Cucul surtout : la Pologne réduit ses citoyens en enfance. En outre, ils adoptent des comportements stéréotypés (forme). Les affrontements, qui se succèdent, se font par la parole. Mettre une personne en contradiction avec ce qu’elle dit être, c’est la tuer. Toute la laideur de l’âme qui en résulte se traduit par la « gueule ». Les visages ne sont pas humains. Quant au mollet, c’est ce que nourrit l’homme.

La virtuosité de l’écrivain est confondante. Mais que signifie une telle haine ? Une tentative de corriger les moeurs ? Et comment a-t-il pu trouver des lecteurs ?

Gombrowicz

Quelle est la gloire littéraire ultime ? Faire l’objet d’un autodafé. C’est ce qui est arrivé à Gombrowicz, qui fut rayé des programmes de l’instruction publique par un récent gouvernement polonais.

Qu’est-ce qui a bien pu produire l’ire polonaise ? Difficile de le savoir, en écoutant Une vie une oeuvre. A moins que cela tienne a ce que paraissait être Gombrowicz : un homme libre. Influence pernicieuse ?

La pensée captive de Czeslaw Milosz

La Pologne et les pays baltes sous la botte de l’URSS.

Il me semble qu’il y a deux histoires dans ce livre.

D’un côté, celle, effroyable, de la destruction de ces pays, tour à tour par les Allemands et les Soviétiques. Massacres, déportations en masse en Sibérie, extermination systématique des classes jugées dangereuses. Et il y a Varsovie. Le gouvernement polonais en exil joue aux échecs. Il demande à la résistance polonaise de chasser l’occupant, histoire d’être en position de force vis-à-vis des Soviétiques. Mais ce sont justement ces gens, leurs opposants, que les Russes veulent exterminer. Ils laissent donc les Allemands raser la ville, façon Hiroshima.

Une première ? C’est un peuple d’incultes, de rustres, qui impose sa culture à une civilisation avancée et prospère.

D’un autre, il est question des intellectuels. Pour les Soviétiques, ils jouent un rôle essentiel. Ils les cultivent avec adresse. Et tous, quelle que soit leur origine, retournent leur veste. Ils y gagnent de magnifiques situations. Parmi tous les intellectuels, le plus ridicule est l’occidental, le compagnon de route du communisme. L’homme de l’est se demande, avec une sorte de stupeur incrédule, comment on peut être aussi niais.

L’auteur, qui était un privilégié, a fait défection. Il semble chercher à s’en excuser, par des raisonnements compliqués qui font un étrange contraste avec l’horreur du drame. Décidément, le destin de la pensée d’un intellectuel est d’être captive ?

Pologne

La Pologne vient d’élire un président réactionnaire, qui va entrer en conflit avec le premier ministre, pro européen, Donald Tusk, qui lui même se trouve dans une coalition branlante.

La Pologne a un fort taux de croissance, elle profite à plein des fonds européens, mais elle n’est pas heureuse est n’aime pas l’Europe. Son allié naturel est américain. Allié qui a partie liée avec la Russie et veut disloquer l’Europe, pour la rançonner. Il a fait campagne pour le réactionnaire.

Quant à Donald Tusk, il est usé, et n’est apprécié qu’en dehors de son pays.

La Pologne est à l’image de l’Occident ? Pris entre des libéraux, qui contrôlent les instances européennes, et qui ne sont pas populaires, et des populistes incompétents et inquiétants ?

(Inspiré par Affaires étrangères, France culture, samedi dernier.)

Donald Tusk

Qui est Donald Tusk ? Un profile de la BBC ne m’éclaire guère. J’en retiens qu’il fut un disciple de Mme Thatcher, mais sinon…

Va-t-il apporter un peu de « civilisation » à une Pologne qui semblait, de loin, d’un « populisme » inquiétant ? Et qui paraît avoir pris l’UE comme un pis aller des USA ? Mais qui a aussi l’intérêt de bien connaître l’URSS, ce qui n’est pas le cas de l’innocente France.

La Pologne et la France se sont, jadis, « beaucoup aimées », d’ailleurs. Comment cela se fait-il que ce ne soit plus le cas ? Ne ferions-nous pas bien de redécouvrir, à défaut de conquérir, comme les Allemands, l’Est ?

Chaos européen

Poland’s anti-EU, populist PiS is hoping its visa corruption scandal will dissipate from voters’ minds before the country holds its general election on October 15 — and any reminder of the saga is electoral poison. But after months of an ugly election campaign spent slamming and insulting its international partners and neighbors, from Kyiv to Brussels and Berlin, there’s little appetite in any of those capitals to make concessions to Warsaw. (Politico.eu du 26 septembre)

It may not be Europe’s biggest country, but Slovakia’s election this weekend could see another pro-Russian, Euroskeptic join the leaders’ table alongside Hungarian Prime Minister Viktor Orbán. (Politico.eu de vendredi dernier)

L’Europe donne un étrange spectacle. La Pologne qui, hier, était férocement favorable aux Ukrainiens, semble les voir maintenant quasiment comme des ennemis. C’est, en fait, une question d’élections. Et les pays de l’Europe de l’est paraissent ne rien avoir à faire des règles du jeu de l’Union qu’ils ont rejoint.

Est ou Ouest, la crise est permanente, et on s’y est habitué. Le plus curieux est que, dans ce type de situation, le cynisme s’installe, sans que l’individu comprenne qu’il rit de son malheur.

L’Ukraine attaque

Je lisais que l’Ukraine comptait traîner ses alliés en justice :

Kyiv plans to sue Poland, Hungary and Slovakia over their refusal to drop a ban on Ukrainian agricultural products (Politico.eu du 18 septembre)

Est-ce une façon de se comporter vis-à-vis de ceux qui vous aident ? Mais aussi : une fois de plus, l’UE donne l’affligeant spectacle de l’incurie ?

A moins que, au contraire, ce ne soit une saine réaction ? L’UE ne sera forte que le jour où ses membres défendront fermement leurs intérêts, et qu’ils seront assez déterminés pour faire passer l’Union avant eux. La démocratie c’est, avant tout, l’art de la négociation conflictuelle, pas de la bureaucratie institutrice ?

A l’est du monde

Turquie, Hongrie, Moldavie, Pays baltes, Pologne… pays en situation incertaine, souvent en crise, à la frontière de la Russie. Certains lui en veulent à mort, d’autres sont sensibles à l’énergie à bas prix qu’elle leur livre. Tous semblent haïr l’Europe de l’ouest, et, même, pour la Pologne, ressortir de vieilles querelles (la France l’a abandonnée aux Allemands en 40).

L’Europe de l’ouest subventionne vigoureusement la plupart de ces gens, mais personne ne lui en sait gré. C’est certainement un dû. Après tout n’a-t-elle pas beaucoup à se faire pardonner ? Ses intellectuels ne le répètent-ils pas sur tous les tons ?

Comment s’en tirer ? M.Poutine achète ses alliés avec les ressources naturelles de la Russie. Si l’Europe veut à nouveau qu’on l’aime, elle doit utiliser l’arme qui lui est propre : la puissance de son économie. Fini la décroissance et le repli égoïste sur soi du retraité permanent, qui attend la fin du monde. Et, elle a une chance : entre-temps elle a inventé un concept qui va faire fureur, et qui entre en résonance avec son universalisme génétique : la transition écologique.

Le temps des parasites ?

Le DUP irlandais veut la dissolution de l’accord du Brexit, sous peine de guerre civile. M.Johnson, que rien n’engage, surtout pas sa parole, y voit l’occasion qu’il cherchait. La Turquie bloque l’accès de la Suède à l’OTAN. La Hongrie, les sanctions contre la Russie. La Pologne, la loi sur l’imposition minimale des entreprises…

La Russie décide de son propre chef d’envahir un pays voisin. 

Chacun use de son pouvoir de nuisance. Il est surtout surprenant à quel point un groupe d’individus peut infliger de dommages à l’ensemble de l’humanité. (Et à quel point l’Union européenne semble prendre tous les coups, sans pouvoir en rendre aucun.)

Effet systémique ? Résultat de décennies libérales ? L’individualisme a gagné le monde et il est incompatible avec la nature sociale de l’humanité ? 

Team building

« Burning platform » disent les consultants. le problème avec le changement, c’est qu’il lui faut la proximité du gouffre pour commencer. 

Cela semble être le cas de nos relations aves la Pologne. Sa peur de la Russie explique peut être son comportement : un régime fort, et l’UE comme substitut de la protection américaine. Un comportement qui est contraire aux règles de l’UE. 

Maintenant, il est possible que la Pologne comprenne l’utilité de l’UE, et que nous comprenions ses inquiétudes… Peut-être allons-nous redécouvrir que nous avons une histoire commune. 

Article.