La pensée captive de Czeslaw Milosz

La Pologne et les pays baltes sous la botte de l’URSS.

Il me semble qu’il y a deux histoires dans ce livre.

D’un côté, celle, effroyable, de la destruction de ces pays, tour à tour par les Allemands et les Soviétiques. Massacres, déportations en masse en Sibérie, extermination systématique des classes jugées dangereuses. Et il y a Varsovie. Le gouvernement polonais en exil joue aux échecs. Il demande à la résistance polonaise de chasser l’occupant, histoire d’être en position de force vis-à-vis des Soviétiques. Mais ce sont justement ces gens, leurs opposants, que les Russes veulent exterminer. Ils laissent donc les Allemands raser la ville, façon Hiroshima.

Une première ? C’est un peuple d’incultes, de rustres, qui impose sa culture à une civilisation avancée et prospère.

D’un autre, il est question des intellectuels. Pour les Soviétiques, ils jouent un rôle essentiel. Ils les cultivent avec adresse. Et tous, quelle que soit leur origine, retournent leur veste. Ils y gagnent de magnifiques situations. Parmi tous les intellectuels, le plus ridicule est l’occidental, le compagnon de route du communisme. L’homme de l’est se demande, avec une sorte de stupeur incrédule, comment on peut être aussi niais.

L’auteur, qui était un privilégié, a fait défection. Il semble chercher à s’en excuser, par des raisonnements compliqués qui font un étrange contraste avec l’horreur du drame. Décidément, le destin de la pensée d’un intellectuel est d’être captive ?

Pologne

La Pologne vient d’élire un président réactionnaire, qui va entrer en conflit avec le premier ministre, pro européen, Donald Tusk, qui lui même se trouve dans une coalition branlante.

La Pologne a un fort taux de croissance, elle profite à plein des fonds européens, mais elle n’est pas heureuse est n’aime pas l’Europe. Son allié naturel est américain. Allié qui a partie liée avec la Russie et veut disloquer l’Europe, pour la rançonner. Il a fait campagne pour le réactionnaire.

Quant à Donald Tusk, il est usé, et n’est apprécié qu’en dehors de son pays.

La Pologne est à l’image de l’Occident ? Pris entre des libéraux, qui contrôlent les instances européennes, et qui ne sont pas populaires, et des populistes incompétents et inquiétants ?

(Inspiré par Affaires étrangères, France culture, samedi dernier.)

Donald Tusk

Qui est Donald Tusk ? Un profile de la BBC ne m’éclaire guère. J’en retiens qu’il fut un disciple de Mme Thatcher, mais sinon…

Va-t-il apporter un peu de « civilisation » à une Pologne qui semblait, de loin, d’un « populisme » inquiétant ? Et qui paraît avoir pris l’UE comme un pis aller des USA ? Mais qui a aussi l’intérêt de bien connaître l’URSS, ce qui n’est pas le cas de l’innocente France.

La Pologne et la France se sont, jadis, « beaucoup aimées », d’ailleurs. Comment cela se fait-il que ce ne soit plus le cas ? Ne ferions-nous pas bien de redécouvrir, à défaut de conquérir, comme les Allemands, l’Est ?

Chaos européen

Poland’s anti-EU, populist PiS is hoping its visa corruption scandal will dissipate from voters’ minds before the country holds its general election on October 15 — and any reminder of the saga is electoral poison. But after months of an ugly election campaign spent slamming and insulting its international partners and neighbors, from Kyiv to Brussels and Berlin, there’s little appetite in any of those capitals to make concessions to Warsaw. (Politico.eu du 26 septembre)

It may not be Europe’s biggest country, but Slovakia’s election this weekend could see another pro-Russian, Euroskeptic join the leaders’ table alongside Hungarian Prime Minister Viktor Orbán. (Politico.eu de vendredi dernier)

L’Europe donne un étrange spectacle. La Pologne qui, hier, était férocement favorable aux Ukrainiens, semble les voir maintenant quasiment comme des ennemis. C’est, en fait, une question d’élections. Et les pays de l’Europe de l’est paraissent ne rien avoir à faire des règles du jeu de l’Union qu’ils ont rejoint.

Est ou Ouest, la crise est permanente, et on s’y est habitué. Le plus curieux est que, dans ce type de situation, le cynisme s’installe, sans que l’individu comprenne qu’il rit de son malheur.

L’Ukraine attaque

Je lisais que l’Ukraine comptait traîner ses alliés en justice :

Kyiv plans to sue Poland, Hungary and Slovakia over their refusal to drop a ban on Ukrainian agricultural products (Politico.eu du 18 septembre)

Est-ce une façon de se comporter vis-à-vis de ceux qui vous aident ? Mais aussi : une fois de plus, l’UE donne l’affligeant spectacle de l’incurie ?

A moins que, au contraire, ce ne soit une saine réaction ? L’UE ne sera forte que le jour où ses membres défendront fermement leurs intérêts, et qu’ils seront assez déterminés pour faire passer l’Union avant eux. La démocratie c’est, avant tout, l’art de la négociation conflictuelle, pas de la bureaucratie institutrice ?

A l’est du monde

Turquie, Hongrie, Moldavie, Pays baltes, Pologne… pays en situation incertaine, souvent en crise, à la frontière de la Russie. Certains lui en veulent à mort, d’autres sont sensibles à l’énergie à bas prix qu’elle leur livre. Tous semblent haïr l’Europe de l’ouest, et, même, pour la Pologne, ressortir de vieilles querelles (la France l’a abandonnée aux Allemands en 40).

L’Europe de l’ouest subventionne vigoureusement la plupart de ces gens, mais personne ne lui en sait gré. C’est certainement un dû. Après tout n’a-t-elle pas beaucoup à se faire pardonner ? Ses intellectuels ne le répètent-ils pas sur tous les tons ?

Comment s’en tirer ? M.Poutine achète ses alliés avec les ressources naturelles de la Russie. Si l’Europe veut à nouveau qu’on l’aime, elle doit utiliser l’arme qui lui est propre : la puissance de son économie. Fini la décroissance et le repli égoïste sur soi du retraité permanent, qui attend la fin du monde. Et, elle a une chance : entre-temps elle a inventé un concept qui va faire fureur, et qui entre en résonance avec son universalisme génétique : la transition écologique.

Le temps des parasites ?

Le DUP irlandais veut la dissolution de l’accord du Brexit, sous peine de guerre civile. M.Johnson, que rien n’engage, surtout pas sa parole, y voit l’occasion qu’il cherchait. La Turquie bloque l’accès de la Suède à l’OTAN. La Hongrie, les sanctions contre la Russie. La Pologne, la loi sur l’imposition minimale des entreprises…

La Russie décide de son propre chef d’envahir un pays voisin. 

Chacun use de son pouvoir de nuisance. Il est surtout surprenant à quel point un groupe d’individus peut infliger de dommages à l’ensemble de l’humanité. (Et à quel point l’Union européenne semble prendre tous les coups, sans pouvoir en rendre aucun.)

Effet systémique ? Résultat de décennies libérales ? L’individualisme a gagné le monde et il est incompatible avec la nature sociale de l’humanité ? 

Team building

« Burning platform » disent les consultants. le problème avec le changement, c’est qu’il lui faut la proximité du gouffre pour commencer. 

Cela semble être le cas de nos relations aves la Pologne. Sa peur de la Russie explique peut être son comportement : un régime fort, et l’UE comme substitut de la protection américaine. Un comportement qui est contraire aux règles de l’UE. 

Maintenant, il est possible que la Pologne comprenne l’utilité de l’UE, et que nous comprenions ses inquiétudes… Peut-être allons-nous redécouvrir que nous avons une histoire commune. 

Article.

Combattive Europe ?

L’UE serait-elle une proie ? L’Angleterre ne veut pas appliquer les accords du Brexit, qu’elle a signés, la Pologne, entrée dans l’UE à l’initiative de l’Angleterre, ne veut pas appliquer les lois de l’Union qu’elle a acceptées, la Russie lui coupe le gaz, pour lui imposer un contrat dont elle ne veut pas, la Turquie joue au chantage au migrant… 

Rien de cela n’arriverait à un Etat fort. Serait-il temps de réagir ? 

Polxit

Et si la Pologne sortait de l’Union européenne ? Curieusement, les Polonais, qui haïssent les soviétiques, semblent aller vers un régime non démocratique, qui les laisserait seuls face aux Russes. L’Europe ne paraît pas avoir une excessive tendresse pour eux. 
Comment en sommes-nous arrivés là ? Si je reprends les notes de ce blog, il y aurait eu une méprise qui s’est transformée en cercle vicieux. Les Polonais pensaient rejoindre les USA, et pas l’Europe. Ils se sont nourris de généreuses subventions européennes, mais sans nous en être reconnaissants. Surtout, ils sont devenus une « low cost country ». L’Allemagne en particulier y a délocalisé son industrie. Les Polonais les plus diplômés, ou les plus dynamiques, ont fui le pays, pour occuper des emplois low cost dans des pays high cost (l’Angleterre, notamment). D’où mécontentement des natifs, et Brexit. 
La chute du mur de Berlin a fait du Polonais un sous-homme ?

Tusk spoke to reporters and questioned Poland’s future in the European Union. Visibly agitated, he warned about what he described as Poland’s weakening position within the bloc. “It smells like an introduction to an announcement that Poland does not need the European Union and that Poland is not needed for the EU,” he said, adding, “I am afraid we are closer to that moment.” (Politico)

(Les mécanismes d’intégration européens n’ont pas toujours fonctionné ainsi. Ils visaient, au contraire me semble-t-il, à uniformiser les niveaux de vie, en permettant à chaque nouvel adhérent de rattraper le niveau technologique du groupe. C’était, je crois, la logique du Plan Marshall.)