- Le livre que cite Histoire du mariage remarque que les théories de Freud arrivent à une époque de répression sexuelle sans précédent.
- Curieux cheminement qui mène de Kant à Heidegger, en passant par Hegel, Schopenhauer et Nietzsche, notamment. Chacun emprunte à l’autre des idées qui semblent progressivement prendre la solidité d’une vérité scientifique. En même temps, on passe de systèmes fermés et logiques, à des travaux beaucoup moins préoccupés de consistance interne.
Étiquette : Platon
Comment convaincre ?
Chacun voit l’effet de serre à sa porte :
- Les entrepreneurs qui ont réussi estiment que la terre a des ressources infinies. L’effet de serre ça n’existe pas.
- Pour d’autres, quasi anarchistes qui refusent la contrainte, l’action humaine c’est le mal (écologistes).
- Les gens qui sont bien installés dans la hiérarchie sociale croient que c’est l’excès qui menace la terre (scientifiques).
- Enfin, les dépressifs disent que, quoi que l’on fasse, ça ne changera rien.
Cela explique qu’avec les mêmes informations, on puisse tirer des conclusions différentes. Cela montre pourquoi dirigeants et dirigés ne sont jamais d’accord sur une décision, pourquoi le gouvernement et les chercheurs, par exemple, ne voient pas les réformes de l’enseignement de la même façon…
Platon l’avait compris, il y a 25 siècles. Ce que nous croyons savoir est faux, parce qu’il est basé sur une expérience limitée. Pour prendre des décisions judicieuses, il faut multiplier les expériences, donc débattre. La science cherche à faire gagner ce processus en productivité. Elle veut identifier des règles universelles qui nous sauvent de notre myopie.
Compléments :
- L’article dont je suis parti : Global Warming Beliefs.
- Cela explique aussi que le raisonnement soit le plus mauvais outil de persuasion. Si vous voulez transformer une organisation faites lui vivre l’expérience (plutôt une version accélérée de celle-ci) qui vous a montré la nécessité du changement. C’est la technique des scénarios. (Se diriger dans l’incertain pour un aperçu.)
Isocrate et Platon
En marge de mes interrogations sur les vertus du grec ancien, Jacqueline de Romilly oppose Platon et Isocrate :
Isocrate semble avoir critiqué la raison pure de Platon comme un jeu de l’esprit, lui voulait une philosophie pratique. Paradoxalement, ce sont les idées de Platon et la méthode d’apprentissage d’Isocrate (rhétorique, ou bourrage de crâne) qui ont prévalu.
Je crois pour ma part qu’il aurait fallu faire l’inverse : nous avons besoin d’une raison pratique, mais il n’y a que la dialectique, la méthode d’apprentissage de Platon, le duel avec les événements, qui permette de l’acquérir. C’est d’ailleurs le principe de ce blog.
De la musique
J’écoute France Musique, et je me demande pourquoi la musique classique est aussi déprimante.
C’est bizarre, la musique dite « populaire », par contre, me donne envie d’être heureux. Même celle qui a pour profession la nostalgie, comme le Blues ou le Fado. Alors, musique déprimante = musique de l’élite ?
A l’appui de cette idée, le Jazz. Quand c’était une musique d’esclaves, elle était joyeuse, et pourtant elle parlait de malheurs ; depuis qu’elle a été récupérée par l’intellectuel, elle est un encouragement au suicide. Je me souviens aussi d’avoir découvert dans une émission de France Musique un chant populaire que j’avais entendu lors de fêtes. Là, cela ressemblait à un appel à la lutte des classes. Sentiment qu’avait ressenti l’interprète au spectacle de l’abjection qu’avait dû être la vie à la campagne ?
Ce qui m’amène à Platon. Si je le comprends bien, l’art peut avoir deux résultats : l’un qu’il réprouve, encourager l’homme dans ses us et coutumes ; l’autre qui lui semble important, enseigner ce qui est bien. A en croire Norbert Elias, il y aurait eu une querelle de ce type entre l’art français et anglais. Quand la France dominait l’Occident, et ses goûts, il était mal vu d’apprécier Shakespeare et son apologie des vices du monde. Ce qui était à la mode était le drame classique, qui enseignait la vertu. (La victoire ultérieure de Shakespeare en dit long sur celle du monde anglo-saxon.)
A partir du modèle Platon, je fais l’hypothèse que la musique a un rôle social double : nous mettre dans un état d’esprit désirable 1) en nous préparant à un rôle futur, ou 2) en nous réparant. De quoi il semble ressortir que pour l’élite l’usage de la musique est plutôt du premier ordre, pour le peuple, du second.
Une seconde différence entre élite et peuple est que l’un maîtrise son avenir, pas l’autre. C’est cohérent avec mon explication.
Dernière pièce apportée au dossier, pour aujourd’hui. Le témoignage de la Marquise de Sévigné. Elle est tour à tour émue aux larmes par un sermon édifiant, et observatrice indifférente du massacre du peuple. Compassion épuisée, ou se réservant pour de grandes choses ? Il est tentant de penser que l’art maintient la cohésion sociale : il permet aux petites gens de supporter leurs maux et à l’élite de supporter le spectacle de leurs souffrances.
Science et sophisme
Gestion des banques m’a rappelé les aventures de Platon…
François Châtelet (voir Platon pour les nuls) raconte que l’arrivée de la démocratie à Athènes fait que le débat règle dorénavant la vie de la cité ; du coup, on comprend que si l’on arrive à le manipuler (sophistes) on gagne le pouvoir. Dans Gestion des banques je pensais que la science économique avait été manipulée pour permettre l’enrichissement de certains.
Explication commune ? La vie d’Athènes est réglée par la parole, la nôtre par la science, il est naturel que celui qui désire le pouvoir soit tenté de manipuler l’un et l’autre. D’ailleurs, il peut aussi avoir été tellement persuadé d’avoir raison que les entorses qu’il a fait subir à la rigueur peuvent lui sembler sans conséquences. Parole et science sont alors des moyens de nous convaincre de son point de vue.
Platon, Shakespeare et Louis XIV
L’actualité n’est pas toujours le sujet de ce blog…
J’ai eu la surprise de voir (dans l’œuvre de Norbert Elias) qu’on n’a pas toujours porté Shakespeare en grande estime. À l’époque où la France faisait l’opinion des élites, il était même vu comme méprisable. On lui préférait Racine, Corneille et leurs équivalents. Ils donnaient le spectacle des vertus les plus nobles, alors que Shakespeare parlait de la vie quotidienne, dans ses hasards et sa bassesse.
Il est possible que Platon ait donné raison à Louis XIV : l’art ne doit pas risquer de faire croire à l’homme que ses vices sont des vertus, qu’il est bien dans sa médiocrité.
Compléments :
- Platon pour les nuls
- Certains auteurs font même du vice une vertu : Uderzo et Goscinny, Adam Smith, notamment, et plus généralement tous les publicitaires.
Le Parti des idées reçues ?
Déclaration d’un dirigeant socialiste au sujet des expulsions d’étrangers en situation illégale par Brice Hortefeux : cela fait plaisir à une partie de l’électorat « proche du Front National ».
Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ? Plus besoin de voter Front National pour représenter le Mal ? Dorénavant, il suffit que l’on puisse être soupçonné de mauvaises intentions pour être passible d’autodafé ?
Mais n’y a-t-il pas quelque chose derrière cette angoisse de l’étranger ? La peur de perdre son travail, ou de ne pas le retrouver, par exemple ? N’était-ce pas sur ce type de peur que jouaient le FN, ou feu le PC (qui promettait de donner au petit capitaliste, le « mal loti », le bien du gros) ? Pourquoi ne pas attaquer la cause plutôt que la conséquence ?
Pourquoi le PS ne comprend-il pas les angoisses du pays ? Leurs raisons ne menacent pas ses membres ? Pourquoi diaboliser une partie, dorénavant indéfinie, de la France, sans autre forme de procès ? Pourquoi ne pas se demander ce qui lui fait peur ?
Le Parti socialiste est-il, comme la Presse, fait de donneurs de leçons ? Qui savent ce qui est le bien et le mal ? Les philosophes de Platon ? Les haut-parleurs du monde des idées, qui n’est accessible qu’à eux ?
Compléments :
- Le PC et les mal lotis : NOIRIEL, Gérard, Les ouvriers dans la société française, Seuil, 2002.
- Platon pour les nuls.
- Mal de la presse.
Platon pour les nuls
Heidegger pour les nuls
m’a amené à faire machine arrière. Platon n’avait-il pas des choses à dire sur ce qui guide nos idées actuelles ? J’ai repris un livre lu il y a longtemps. Et qui m’avait laissé un agréable souvenir. Mais pas grand-chose d’autre : le Platon, de François Châtelet (Gallimard, 1965).Il a été nécessaire (…) que la modération aristotélicienne réintroduise entre l’intelligible et le sensible une relation qui risquait de se restreindre à l’excès, que les intuitions hébraïco-chrétiennes fassent valoir les exigences propres d’une subjectivité que Platon, certes, ne méconnaissait point, mais qu’il tendait constamment à réduire cosmiquement ou politiquement, que la Renaissance et le classicisme européens, ce dernier grâce à Galilée et à Descartes, définissent un autre statut de la science, plus soucieux du rapport réel qu’entretiennent l’homme et la nature, que l’Age des lumières et Kant sachent légitimer et remettre à sa place l’ambition métaphysique, que Hegel (et, par conséquent, Marx) donnent de l’historicité une interprétation plus conforme à la fois aux conditions de l’existence et au contenu des événements, que les développements de l’industrie fabricatrice et de l’administration planifiante s’impose comme norme et comme technique au cours des cent dernières années, il a été nécessaire que l’homme se batte, souffre et invente pendant vingt-quatre siècles pour que l’idéal commence à devenir réalité.
- Une dérive du modèle de Platon : L’intellectuel, fondamentaliste de la raison.
- Chaos : EKELAND, Ivar, Le chaos, Flammarion, 2002.
- Sur Georges Dumézil : article de Wikipedia.

