Petite bête

Il est reposant d’entendre parler de la nature. Surtout lorsqu’il s’agit d’une nature de ville. Ainsi Paris abrite-t-il toute une faune et une quantité d’insectes. Et tout cela entretient une forme d’équilibre bienvenu. Seulement, l’observer c’est aussi découvrir qu’elle n’est que violence. Chacun y est proie et prédateur.

Pour autant, elle semble apaiser l’homme. Rien de mieux que la pêche, par exemple, pour transformer un vaurien en passionné de ladite nature, et en bon citoyen. (Emission de France culture la nuit : cherchez les petites bêtes.)

Voilà qui peut paraître choquant à un écologiste. Mais peut-être n’y a-t-il pas de véritable amour de la nature sans acceptation de sa nature propre, qui est celle d’un tueur ?

Les origines du vélo

J’ai passé quelque temps à Montréal, au début des années 90. Comme je le fais partout, je me suis promené dans la ville. Je suis un grand marcheur. Mais j’ai vite vu que mon cas n’avait pas été prévu. Car ce que j’empruntais était des pistes cyclables. J’ai aussi découvert que la ville était divisée en deux populations. D’un côté l’aristocratie anglaise, qui vit dans d’élégantes habitations et pratique la bicyclette, de l’autre la plèbe française qui roule en voiture et occupe une sorte de logement troglodytique.

Voyant que la bicyclette a envahi Paris, je me demande si nous n’avons pas été gagné par une mode anglo-saxonne. Une mode qui donne peut-être ce que décrit H.G. Wells dans La machine à remonter le temps : une société où des créatures falotes sont menacées par des affreux grossiers, façon Trump.

Paris libéré

Il y a quelque temps, j’ai vu que Madame Hidalgo avait été interrogée par la presse anglo-saxonne et parlait des difficultés qu’elle avait eues à transformer la ville.

Je lisais aussi que le nouveau maire était arrivé à son bureau en vélo. Un symbole ? Le vélo était-il l’enjeu de l’élection municipale ? La bataille de Madame Hidalgo fut-elle celle du vélo ? Et elle l’a visiblement gagné. Mais le vélo n’est peut-être que la partie émergée de l’iceberg. Car, apparemment, l’entreprise et l’emploi ont aussi fui Paris.

Paris va-t-il devenir une réserve ? La réserve de la classe culturelle ?

Désert parisien

Je lisais l’autre jour un billet concernant la désertification de Paris. Il perd non seulement ses habitants, mais aussi ses entreprises.

En réalité, j’ai découvert ce sujet il y a une bonne quinzaine d’années. Le président de la CCI de Paris de l’époque m’en avait parlé. Ce qui m’avait surpris.

La mode de la « métropolisation » expliquerait-elle ce phénomène ? (cf. La « grand Paris ».) Un temps, nos gouvernants ont pensé que l’économie était faite par des démiurges apatrides qui ne vivaient que dans des métropoles. Pour les attirer, il fallait créer une ville à leur image. L’activité économique n’avait plus d’intérêt, dans ces conditions. Non seulement elle nuisait à ladite image, mais « par ruissellement », ils allaient la remplacer.

Une autre idée m’est venue. Comment se fait-il que l’on s’émerveillait jadis de Paris, alors que l’on ne lui trouve plus rien d’extraordinaire aujourd’hui ? Et si cela tenait à la voiture ? Paris ne serait-il pas bien plus beau, si l’on en revenait au temps de l’occupation ? Alors, les Parisiens circulaient à bicyclette…

Paris est un roman

Une émission à la gloire de Paris.

Elle m’a fait penser que Paris avait perdu la fascination qu’il exerçait sur le monde. D’ailleurs, aucune ville ne me semble l’avoir remplacé.

Pourquoi ? Je me demande si les transports n’ont pas dissipé le mystère. Ainsi, dans mon enfance, aller à Paris était une aventure. Et on y voyait des spectacles rares et des nouveautés étranges. Par exemple des métros sur pneus. Y habiter ne changeait rien : les quartiers de Paris étaient isolés les uns des autres.

Maintenant tout se ressemble. Tout est devenu banal.

Privat d’Anglemont

Privat d’Anglemont, une découverte (France Culture.) C’est un « bourgeois bohème ». Fils de famille, martiniquaise, il abandonne ses études de médecine pour la vie d’artiste. Il est l’ami de Baudelaire dont il a probablement signé des poèmes (que Baudelaire a reniés par la suite).

Son oeuvre tiendrait en une description du Paris d’avant Haussmann. Le Paris des misérables, dont beaucoup étaient sis derrière le collège de France. Curieusement, certains pauvres parvenaient à faire fortune en exploitant « génialement » la misère de leurs contemporains. Réel esprit d’entreprise ? Au fond la France d’alors était l’Inde d’aujourd’hui ?

Mais que la vie d’artiste était triste ! Privat d’Anglemenont (son nom était Danglemont, Privat étant un prénom) a vécu dans la misère, est devenu alcoolique et est mort prématurément. Mais il semble avoir était sympathique : ses amis ne l’ont jamais abandonné.

Psychologie du cycliste parisien

Le cycliste parisien aurait pour pratique habituelle de frapper la carrosserie des véhicules qui le gênent, disait l’émission de la BBC dont il était question plus haut.

Le cycliste ne serait-il qu’une personne qui veut se déplacer ou un Jihadiste ? me suis-je demandé.

Cela m’a rappelé une histoire qui m’est arrivée à l’époque où je vivais à Paris. Je traversais, seul, un passage clouté d’une rue déserte lorsqu’un cycliste s’est offusqué que je ne fasse pas attention à lui ! Je me demande maintenant si ce n’était pas un de ces redresseurs de torts. En fait, j’ai été tellement surpris du spectacle ridicule qu’il donnait, il était déguisé en vieille grenouille jaune, que j’ai passé mon chemin.

Plus curieux, la bicyclette n’a pas attiré que les redresseurs de tort, leurs ennemis se sont joints à eux. Faire de la bicyclette a quelque-chose de « macho ». C’est un signe extérieur de jeunesse éternelle. J’ai fait la même remarque sur le tatouage. Etrangeté du comportement humain.

Bataille du vélo

La BBC consacre une émission à la bicyclette à Paris.

Elle commence par un meurtre. Un automobiliste écrase délibérément un cycliste. Elle se poursuit par une traversée d’un Paris qui ressemble à un no man’s land où aucune loi n’est respectée. Les voies cyclables ont été installées en dépit du bon sens, sans tenir compte des risques qu’elles font prendre aux uns et aux autres. La politique de la mairie a déclenché une forme de guerre civile. Mais, un élu, fort calme, explique que cela passera. Les commerçants se plaignent de ne plus avoir de clients ? C’est la faute d’Internet, pas de ce que l’on ne peut plus les atteindre en voiture. De toute manière, n’est-ce pas le sens de l’histoire ?

En écoutant l’émission, j’ai pensé que l’idéologie devrait être condamnée par la loi. Elle tue.

Paris et le désert français

Paris, îlot de résistance au vote Rassemblement national

Le Monde du 27 juin

L’association des interpreneurs m’a fait rencontrer le Parlement rural, qui essaie de faire entendre la voix de la ruralité depuis plus d’une décennie. Il m’a fait découvrir ce que je ne connaissais pas : l’état, préoccupant, de nos « territoires ». Et entendre l’inquiétude de ses élus modérés. A chaque élection le vote FN monte, il est désormais majoritaire. En quoi sont-ils encore représentatifs de leur population, se demandent-ils ? Devraient-ils démissionner ?

Ce qu’ils disent aussi, depuis des années, c’est qu’entre l’élite politique et le citoyen de province, personne de bon sens qui n’a rien d’un extrémiste inquiétant, il y a incommunicabilité totale. Elle vit sur une autre planète. Ilot parisien ?