Important accent

Dans mon enfance, on disait que « événement » s’écrivait avec accents aigus, alors que l’on tendait à l’orthographier « évènement ». Aujourd’hui, les dictionnaires mentionnent les deux orthographes. Fâcheux relâchement ?

Mais, ma surprise ne fut-elle pas grande, lorsque j’ai constaté que jusqu’au 19ème siècle, nos grands hommes écrivaient, dans leur correspondance, « évènement » !

De l’évolution des usages, ou totalitarisme des auteurs de dictionnaires, ou du Français ?

(On écrivait aussi « tems » et pas « temps »…)

Cracher à terre

Je suis informé que ma rue va être fermée. On va y commémorer l’équipage d’un avion américain qui s’y « cracha », il y a 80 ans.

Qu’est-ce qui est le plus dangereux, pourrait-on se demander à cette occasion ? La DCA allemande, l’intelligence artificielle, qui transforme « crasher » en « cracher », ou notre éducation, qui s’est écrasée ?

Label

Je pensais que « label » était un emprunt récent à l’anglais. Eh bien, c’est faux. C’est bien un emprunt, mais il est entré dans le dictionnaire il y a déjà longtemps. (1906, d’après le Robert.)

Il se trouve qu’il est lui-même un emprunt au mot français qui serait à l’origine de « lambeau ».

Adoptons-nous d’autant mieux les anglicismes, qu’ils ont leur origine chez nous ?

Evénement

Nous sommes parfois les spectateurs de changements historiques. Un exemple ? L’accent d’événement. Il est devenu grave.

Dans mon enfance, il y avait un doute. On tendait à le prononcer grave, mais il y avait encore assez de puristes pour le remettre à sa place. Progressivement, si j’en juge par l’opinion de correcteurs orthographiques, la société a jeté l’éponge.

L’histoire de la langue n’est que glissements de sens. Ce qui rend, d’ailleurs, difficile la lecture de Montaigne : les rares mots que l’on comprend dans Les essais ont probablement un sens qui n’est plus celui que nous utilisons.

Il est aussi possible qu’il y ait eu plus de glissement à notre époque qu’auparavant. La massification de l’enseignement en a abaissé sérieusement le niveau. J’entends sans cesse parler d’enseignants qui ne connaissent pas l’orthographe. (Je crois me souvenir que de mon père me disant que, dans n’importe quelle agrégation de son temps, 5 fautes d’orthographe valaient zéro à une copie.)

Peut-être aussi que l’orthographe a perdu sa fonction. L’orthographe et la culture sont une marque distinctive de la « leisure class ». Elle a du temps pour l’inutile. Ce faisant, elle se distingue du peuple. L’orthographe est un très efficace moyen de discrimination. Se pourrait-il que le « gosse de riche » moderne, enfant de 68, ait cherché d’autres moyens de discrimination, moins éprouvants ?