Cynisme et impuissance

Grand homme, où est ta victoire ? C’est la question que je me suis posée lorsque j’ai découvert les travaux de ce l’on me disait être des héros. Leur pensée, loin d’être géniale, était très compréhensible, et pleine de ridicules et d’erreurs manifestes. Ils étaient des hommes comme vous et moi. 

Lagarde et Michard m’ont fait voir les choses d’une autre façon. Ce qui les intéresse c’est l’innovation. C’est ce qu’a apporté le grand homme à l’humanité. Pour autant, ils ne font pas preuve d’une admiration béate. Ils dénoncent les facilités ou les relâchements (par exemple, chez Sartre), comme, peut-être, le professeur le faisait avec l’élève prometteur, en leur temps. Que la voie se révèle bonne ou non, l’important était de l’ouvrir ?

Comme on le dit parfois, les grands hommes le sont, surtout ?, par leurs échecs. Car ces échecs sont exceptionnellement riches d’enseignements. 

En ces temps de remise en cause, faut-il écouter Lagarde et Michard ? Comme moi, nous étions devenus cyniques, et le cynisme mène à l’impuissance. Tout en gardant un esprit critique (ce qui est le sens original de cynisme), il faut réapprendre à voir ce qu’il y a de grand dans notre humanité ? 

Est-ce pour cela que « inspirant » est à la mode ?

Comment "élever" ses enfants ?

« Tiens toi droit »,  « aie de bonnes notes », « votre trésorerie est insuffisante », « exportez », « faites-vous vacciner »… Gouvernements et parents ont  en commun qu’ils ne nous donnent pas envie de faire ce qu’ils nous disent. 

Curieusement, quand on y réfléchit un peu, cette attitude chiante de pépé la morale est assise sur un a priori discutable : il existe un modèle unique, pour l’enfant, l’entreprise… Autrement dit, notre histoire est finie ! 

Mais que furent les Montaigne, Pasteur, Baudelaire, Steve Jobs ? Des rebelles ! Et si le monde était à créer ? Et si le citoyen admiré n’était rien d’autre qu’un révolté qui a réussi ? 

Mais alors qu’est-ce que cela signifierait en termes pédagogiques ? Peut-être bien : cherche tes forces, et apprend à repérer ce qui leur est favorable ? « Elever » doit s’entendre au sens premier du mot ? 

Boris Johnson ou la défaite

Boris Johnson semble mal parti. Le chef donne l’exemple, et l’on faisait joyeusement la fête dans son ministère, alors que la Reine pleurait son mari, et qu’il avait imposé l’isolement aux Anglais. Qui a vécu par le glaive… ? Peut-être pas. 

Il semble pitoyable.

Je me suis souvenu d’une histoire de samouraï. Un misérable a trouvé un moyen de gagner un bol de riz. Il défie les maîtres d’école de sabre. On est nourri lorsque l’on se livre à cet exercice. Un jour, alors qu’il se met en garde, son adversaire, une sorte de maître des maîtres, tombe à genoux. Le gamin ne comprend pas. L’autre lui dit : j’ai vu dans vos yeux que vous n’aviez pas peur de la mort. 

C’est peut-être cela la défaite : la peur de la mort. C’est accepter la logique de l’autre. La force de Boris était de se moquer de tout. 

Le grand pivotement ?

Liz Truss est la possible remplaçante de M.Johnson. Elle disait qu’il était idiot de s’entre égorger pour des questions portant sur le passé. Qu’il fallait au contraire se tourner vers l’avenir, et se demander si les Anglais n’avaient pas des valeurs communes qu’il s’agissait, sinon de promouvoir, au moins de défendre. 

Est-ce là, effectivement, le changement que nous devons réussir ? Le passé est peut être regrettable, mais il a le mérite de nous avoir fait tels que nous sommes. Construisons l’avenir à partir de ce que nous aimons ? Le défi de l’optimisme ?

(Entre temps, Liz Truss est devenue négociatrice du Brexit.)

Qu'est-ce que le bonheur ?

Une même réalité, deux interprétations. Pour une personne sa jeunesse a été d’un mortel ennui, pour l’autre le bonheur fou. Et pourtant, elles habitaient dans la même banlieue déshéritée, aujourd’hui islamique. 

Exemple de « learned helplessness » de Martin Seligman ? La première personne voit le monde tel qu’il est, mais est convaincue qu’elle ne peut rien y changer. La seconde s’agite, et finit par trouver quelque part une récompense. Serait-ce le secret du bonheur ? Le meilleur cadeau que puisse faire un parent à son enfant ? 

Mais peut-être n’est pas suffisant. Les travaux sur la pauvreté montrent que le pauvre est celui qui est dans des conditions qui le rendent non résilient à l’aléa. Un petit pépin l’enfonce dans une spirale destructrice. Quel que soit son optimisme, il ne s’en tirera pas. La société, aussi, doit nous faire des cadeaux ? 

Le bonheur au saut du lit

Qu’est-ce qui vous rend heureux en vous réveillant ? 

Voilà une question qui permet, me dit-on, de connaître ses talents. Un moyen de savoir comment orienter sa vie, et organiser son entreprise, quand on est entrepreneur. 

Quant à moi, probablement, la réponse serait : les gens heureux n’ont pas d’histoire. J’aimerais que la vie soit simple. Simplement, je sais que ce n’est pas possible. Et je me réveille avec la mauvaise conscience de me dire que, par paresse intellectuelle, il y a certainement quelque-chose que je devrais faire et que je ne fais pas, une question que je refuse de me poser… ! 

M.Macron : le défi de l'optimisme ?

Où est passé le peuple de gauche ? (plus exactement : comment expliquer et prévoir le vote des Français ?) se demande un article dont est tiré ce diagramme, qui rappelle les « perceptual mappings » des études de marché. 
Selon ce diagramme, le vote (de 2017) serait structuré par deux « perceptions » : la satisfaction vis-à-vis de sa vie, et la confiance en l’autre. Encore plus simplement dit, plus vous avez une vision optimiste de l’existence, plus vous tendez à voter pour M. Macron. C’est l’inverse pour Madame Le Pen. Cette analyse place M.Macron devant ce que les théories du management appellent un « stretch goal » : transformer le Gaulois en optimiste. 
Pour la psychologie, l’optimiste est celui qui est stimulé par l’aléa. (On comprend ce que stretch a de stretch quand on prend conscience de ce que signifie cet objectif !) Or, nous sommes dans une crise quasi séculaire, et c’est dans les crises que change ce type de perception. Ce qui va faire bouger l’opinion est la perception de la façon dont elle va traverser les événements à venir. 
Dans ces conditions, quelle est la meilleure stratégie ? « Etat paternaliste » ou « on s’y met tous ensemble » ?

La joie de décider

J’entendais parler de courage, et de décision, et de joie qu’il y a à décider. (Chez Jankélévitch.)

En ces temps de pandémie, d’incertitude, nous sommes stressés. Prendre des décisions est un moyen d’y mettre fin. Seulement, il ne faut pas prendre n’importe quelle décision. (Les guerres mettent un terme à l’incertitude !) La bonne décision est nécessairement « courageuse » ?  

Covid 20

Nouvelle épidémie, dit le Pr. Raoult. Effectivement, on parle de nouvelles variantes du virus, britannique et sud africaine, pourquoi ne serait-ce pas, comme pour la grippe HxNy, une nouveau membre d’une même famille ? 

Qu’est-ce que ça change ? Parler de Covid 20, comme de Château Margaux 1920, laisse entendre que, chaque année, il y aura de nouvelles variantes du virus. Alors qu’aujourd’hui nous faisons le dos rond, nous espérons qu’il y aura un « monde d’après », on en aurait pris pour perpète. 

C’est le « framing », notre façon de penser dépend de la façon dont nous formulons les questions que nous nous posons. Et surtout cela influence nos actions ! Optimisme selon Robert Cialdini : pour certains « Covid 20 », c’est la dépression ; pour d’autres, c’est le désir d’attaquer le mal à son origine, de changer le monde. 

Résilience : mentale avant tout ?

On nous annonce des temps difficiles. Les entreprises sont tenues à bouts de bras par l’Etat. Quand cela cessera, il pourrait y avoir beaucoup de faillites. Deux cent mille ? 

Comment se préparer ? Cela risque d’être un grand moment d’improvisation. Le succès tiendra à la capacité à décider, plutôt qu’à se mettre la tête dans le sable, et à décider bien. Cela demande ?

  • Un mental fort. Le mental est ce qui fait le pilote d’essai, et toutes les professions à risque. 
  • Une capacité à ne pas se faire piéger par la complexité. Ce qui exige une forme d’humilité. Il faut être capable de « suspendre » ses certitudes et savoir enquêter, en quelques questions, pour dissiper les illusions dont le monde est fait.  

A suivre.