Méfiez-vous de l’Occident

Le paradoxe est l’outil du changement. Et parmi les paradoxes du moment, il y en a un énorme : 3 hommes heureux. Les USA ont élu un président rayonnant, Barak Obama ; Gordon Brown a retrouvé le sourire ; et Nicolas Sarkozy ne s’est jamais senti aussi bien.

Et si cette crise montrait la force de ces nations, que l’on avait enterrées un peu vite ?

On les accuse de tous les maux (colonialisme, impérialisme…). D’ailleurs elles sont condamnées mécaniquement par la puissance des pays émergents, qui ne se privent pas d’annoncer leurs ambitions. Que la vengeance sera douce !
Elles attendent leur fin avec résignation, écrasées par le sentiment de leur culpabilité et de leur fragilité. Nous sommes des loosers. Faux.

Le monde a adopté nos valeurs : la démocratie, l’économie de marché, la science, les droits de l’homme (l’individualisme)… Elles étaient tellement naturelles pour nous, qu’elles le sont devenues pour lui. À tel point qu’il nous a chassés en leur nom. Et maintenant, il se rend compte que quels que soient nos vices, les siens sont bien plus grands. Le Président Mugabe n’est qu’un exemple d’une règle qui ne semble pas avoir d’exceptions. D’ailleurs, les nouveaux pays mercantilistes, qui pensaient se venger de nos méfaits avec nos armes, pourraient se trouver piégés par elles. Auraient-ils dévoilé leurs batteries trop vite ?

La force de l’Occident est qu’il s’est, en partie, immunisé contre les maux qu’il crée. Conformément aux traveaux de psychologie de l’optimisme, la crise le stimule. Regardez MM. Brown, Obama et Sarkozy.

Le monde doit apprendre à nous respecter, parce que nous sommes redoutablement dangereux. Nous sommes les barbares des temps modernes. Nos innovations dévastent le monde comme jadis les hordes mongoles. Et nous sommes indispensables : nous sommes les plus avancés dans la maîtrise des ficelles que nous avons inventées, et qui règlent la vie de la planète. 

Compléments :

  • Digression sur le cas français. Bien que nous soyons les ennemis héréditaires de l’Angleterre et ayons des relations ambigües avec l’Amérique, notre culture est la plus proche de la leur que l’on puisse trouver. Notamment en termes d’individualisme.
    Et nous avons une caractéristique qui exaspère l’Anglais : renaître de nos cendres, au moment même où il pensait s’être débarrassé de nous.
    Ce n’est pas uniquement vrai des victoires du XV de France. Ça a aussi été le cas à Valmy ou une armée de gueux, d’un pays en proie à l’anarchie, a mis en déroute la coalition des armées européennes. Et en 40 lorsque de Gaulle, général provisoire auquel la BBC avait accordé une pièce, seul et sans amis, et que Roosevelt a toujours pris pour un fantoche, a reconstitué une puissance venue d’un autre âge (Tome 2 du De Gaulle de Jean Lacouture). La France n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle est humble, convaincue de sa médiocrité.
  • Optimisme. Le leader du changement est stimulé par l’échec (!). Un exemple : Sarkozy en leader du changement. Autre exemple et références aux travaux de Martin Seligman : Lyon et Fiorentina.

Sœur Emmanuelle

Le Français : pleurnichard ou malheureux ?

J’entends sur RFI une discussion sur la vie de Sœur Emmanuelle, qui atteint gaillardement ses cent ans. Le contraste entre la joie de vivre d’un bidonville égyptien et la dépression qu’elle a trouvée en France l’a frappée. Français = geignard incapable de comprendre son bonheur ?

  • Je rencontre beaucoup de gens qui critiquent leurs conditions de travail. J’écoute leur diagnostic, et leur explique qu’améliorer la situation est facile, y compris sans aucun pouvoir. Et que je vais leur donner un coup de main. Mon interlocuteur me regarde avec consternation. Le Français se plaint, mais n’agit pas. Un point pour Sœur Emmanuelle.
  • Discussion avec un médecin. Il passe beaucoup de temps avec ses patients. Pourquoi ? Ils vont mal, mais pas d’un mal que guérissent ses médicaments, ils ont besoin de parler.

Je vois donc :

  1. Une caractéristique nationale, saine.
  2. Un mal plus profond, l’explosion du lien social.

Sœur Emmanuelle a un point de vue matérialiste du monde : quand on est riche, on est heureux. Mais l’homme n’est-il pas un « animal social » ? Maslow disait que le lien psychanalytique de l’homme normal était l’amitié (la psychanalyse de Freud ne traitant que des anormaux). Le Français n’a plus d’amis, plus rien pour éliminer un stress qui le ronge. Et si la richesse réelle n’était pas matérielle mais sociale ?

Compléments :

  • Ma référence à Maslow vient de MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987. Sa fameuse « pyramide » montre ce dont l’homme a besoin pour devenir un homme. Le besoin matériel (de nourriture) est tout en bas. Ce n’est pas la seule chose utile : il y a aussi l’amour, la confiance en soi… La théorie de Maslow dit que pour que l’homme connaisse un développement harmonieux, il faut que ces besoins soient satisfaits dans sa jeunesse. Il passera ensuite au niveau supérieur, jusqu’à atteindre ce qu’il est le seul à pourvoir donner (auto-réalisation). Sinon, il aura toute sa vie un manque. S’il n’a pas correctement mangé, il mangera trop… Or, tous ces besoins sont satisfaits par la société. La force de Sœur Emmanuelle vient sûrement d’une jeunesse qui lui a permis de se construire solidement. Il n’est pas certain que la société serait aussi généreuse avec elle aujourd’hui.
  • Sur la souffrance au travail du Français (que Soeur Emmanuelle trouverait ridicule ?) : A lire absolument.

Lyon et Fiorentina

L’équipe de football de Lyon obtient le match nul après avoir été menée 2 à 0 à la mi-temps.
Exemple d’optimisme selon Martin Seligman. O
ptimisme ? Trouver que la « tuile » est une source de stimulation.

  • L’optimisme, ainsi défini, est un des rares indicateurs que l’on a pu corréler au succès. Les grands champions tendent à être optimistes, ainsi que les bons élèves et les vendeurs d’assurances… Il semblerait que ce soit aussi vrai pour les entreprises, et pour les équipes de football. C’est inattendu : des compétences qui sembleraient directement liées au succès (comme le QI pour l’élève) le sont considérablement moins que l’optimisme.
  • Il est possible que l’optimisme soit local : le bon élève peut être un pessimiste hors de l’école.
  • Globalement l’homme tend à être légèrement optimiste, à surestimer ses chances de succès.

SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.

Paradoxe et histoire

Parmi les techniques scientifiques utiles au praticien, l’une joue le rôle d’une sorte de boussole. Elle fournit la mécanique qui fait avancer ce blog. C’est le paradoxe. Ce billet traite des caractéristiques de la technique du paradoxe :

Principe fondateur

Le  principe de la technique est le suivant. Ce qui nous paraît « bizarre » dans un comportement individuel ou collectif nous indique une logique qui n’est pas la nôtre. Si l’on parvient à la décrypter, alors il ne reste plus qu’à exprimer selon elle le changement, pour qu’il se fasse immédiatement. (Un exemple.)

Car les individus et les groupes ont des logiques. Nos comportements sont guidés par des lois, principalement inconscientes. C’est ce que les ethnologues appellent « culture ». Ces lois nous aident à résoudre les problèmes que nous pose la vie. Si elles sont efficaces, nous sommes heureux. Sinon, nous sommes déprimés. Elles s’héritent ou se créent lorsque nous rencontrons des questions nouvelles. Ainsi la fondation d’une entreprise est un moment de création culturelle.

Mais ces règles ne signifient pas que notre parcours est parfaitement balisé. Le hasard, le « chaos », joue un grand rôle dans nos existences. En outre quelles règles utiliser n’est pas toujours évident, de même qu’elles peuvent se contredire. Mais elles évoluent peu et ont un énorme pouvoir explicatif de nos comportements, surtout en ce qui concerne leurs tendances à long terme. Et elles semblent (souvent ?) pouvoir se ramener à un « principe » explicatif unique, selon l’idée de Montesquieu (L’esprit des lois).

Paradoxe et histoire

D’où une seconde technique utilisée par ce blog : enquêter sur l’histoire d’un individu ou d’un groupe (par exemple de l’Union Européenne) de façon à comprendre quel événement a pu les marquer et quelles règles en ont été déduites.

Finalement, ces techniques révèlent aussi bien la logique de l’observé que celle de l’observateur. Ecrire un blog amène à s’interroger sur les idéologies qui gouvernent sa vie…