Jaune désespoir

Je parle souvent des gilets jaune. C’est le symptôme de ce que nous ne pouvons financer le modèle social pour lequel notre histoire n’est que lutte.

Curieusement, je sens une silencieuse réprobation de la part de mon audience. Le gilet jaune sent le soufre. Et pourtant, il n’a pas voulu frayer avec les extrêmes. Et il représente un grand nombre de personnes : une démocratie ne devrait-elle pas s’en soucier ? Quelqu’un aurait-il une explication ?

L’autre jour un interlocuteur me parlait de leurs téléphones portables. Quand on est pauvre, on ne s’offre pas le superficiel ! (Pauvres types ?)

Il n’avait pas lu Poor Economics. Il aurait vu que ce phénomène est la règle, non l’exception. Pour ne pas sombrer dans la dépression, le pauvre a besoin de compensations. Ce qui, effectivement, l’enferme dans un cercle vicieux.

Quant à l’exception, c’est celle du pauvre qui a un espoir. Par exemple ? Le Chrétien. Il croit au paradis. Lui n’a plus besoin de compensation. Et alors ? Miracle ! En faisant des sacrifices, il s’enrichit et il sort de la misère, dans ce monde. Les voies du seigneur sont impénétrables.

Donc, pas de prospérité, pas de nation forte, sans espoir ? Le gilet jaune expliqué ?

Nos « élites », et Pétain en son temps, n’auraient-elles rien compris à l’enseignement chrétien ? On ne peut écraser un peuple sous la chape de la morale et, en même temps, lui retirer tout espoir ? Désespérante élite ?

Commerçant

Que font-ils dans ce métier ? Certains commerçants semblent toujours de mauvaise humeur. Je n’achète pas chez eux.

Je retrouve ce que j’avais constaté au temps où je faisais des études de marché : la personnalité du commerçant est le principal facteur explicatif de la prospérité d’une affaire. Le véritable commerçant est un « optimiste », au sens psychologique du terme : son métier est très difficile, mais il n’est pas affecté par ce qu’il a de déplaisant. Au contraire, même.

On naît commerçant, on ne le devient pas. Je pense que c’est vrai pour tout. Tout au plus peut on affirmer sa personnalité au cours de sa vie, et prendre conscience de la réalité de ses talents.

D’ailleurs, c’est un test que j’utilise pour découvrir les forces d’une personne : qu’est-ce qui vous enchante, alors que cela rend fou le reste du monde ?

Recette du succès

Imitez ceux qui réussissent ! Voilà ce que dit, depuis toujours, la revue ou le best seller de management américains. Quelque temps plus tard l’entreprise admirée disparaît. On n’en parle plus.

Qui croit ce genre de balivernes ? Probablement les lecteurs de Harvard Business Review. Lorsque l’on considère le Musk ou Trump, lui pense que la fin justifie les moyens. Il se lance comme un fou derrière la dernière idée qui lui a frappé le cerveau, et quand « ça résiste » de trop, qu’il a épuisé tout le catalogue des coups bas, il bifurque. C’est la mouche contre la vitre. Ou peut-être un type de mouche particulier : qui n’est bien que dans la bagarre. Seule conviction : je suis le meilleur.

Martin Seligman a raison : la véritable recette du succès, c’est l’optimisme ? (Selon sa définition.)

Plaisir solitaire

On n’aurait guère de plaisir si l’on ne se flattait jamais. 

La Rochefoucauld

Voilà qui semble confirmé par la science : en moyenne l’homme aurait une appréciation légèrement exagérée de ses talents. Et ce particulièrement s’il exerce un métier à risque. (Travaux de Martin Seligman.)

C’est peut-être la raison pour laquelle il n’est pas bon de soumettre nos dirigeants à des mécanismes de sélection trop violents ?

Sélection naturelle

Tous ceux qui ont gagné ont joué, dit la loterie nationale.

L’homme rationnel ne joue pas à la loterie, car il sait qu’il a de grandes chances de perdre son argent. Celui qui ne l’est pas va jouer. En règle générale, il va perdre. Mais il peut aussi gagner. Alors, il sera le maître du monde.

N’est-ce pas une loi de la nature ? Et si la nature sélectionnait des intellects limités et surtout l’optimisme ?

En fait, c’est vérifié : l’homme tend à être optimiste, c’est à dire à avoir une idée excessive de ses chances de succès. Et le milliardaire de la silicon valley a le profil voulu.

Mais, comme souvent, le monde est complexe. Hegel pourrait avoir vu juste. En nous asservissant, le maître du monde nous force à travailler, et, en travaillant, on fait des découvertes. Elles rendent obsolètes les maîtres du monde, et surtout leur progéniture devenue « aristocratie » ou « élite ». Arbeit macht frei, comme on disait, un temps.

Présidentielles

Je lisais que M.Attal disait que l’on en était revenu à la 3ème République. Désormais, on élit un premier ministre.

Peu rassurant : la 3ème République fut la période de l’instabilité. La France fut risible. A moins que ce soit une façon élégante de faire oublier son triste sire de président ?

Il est aussi dit que les programmes extrêmes pourraient provoquer un chaos financier. Ce qui semble d’autant plus vraisemblable que l’économie du pays est une bombe à retardement. (Il est étonnant qu’autant de monde veuille le diriger, d’ailleurs. Le politique est un optimiste increvable ?)

Un scénario d’avenir pourrait donc être une nouvelle présidentielle. Dans ces conditions un enjeu de cette élection pourrait-il être de faire la meilleure impression possible, afin de gagner la prochaine ?

Leonov

On a oublié Leonov. Ce fut le premier homme à marcher dans l’espace. (Emission.)

Et il a bien failli y rester. Car, à l’époque, tout était improvisation, rien ne marchait comme prévu.

Et c’est pour cela que l’on recrutait les cosmonautes pour leur présence d’esprit dans les pires situations. (Leur sélection consistait à les mettre dans ces situations.)

Matériel bricolé, surhomme et communication soviétique, voici comment s’écrivait l’histoire à l’époque.

Modèle de pensée

La même personne peut se voir comme un rebelle réussi ou un carriériste raté. Ce qui fait notre bonheur ou notre malheur est la façon inconsciente dont nous « modélisons » le monde, semble-t-il.

De cette perspective découle notre action. Et cette action nous renforce dans nos croyances. Vicieuses ou vertueuses. Voilà ce que dit Martin Seligman. Ce qu’il est facile de vérifier dans sa vie quotidienne.

Le changement, en grande partie, est donc un changement de perspective. Par exemple, nous pensons, avec Darwin, que nous descendons de l’animal. Il semblerait que certaines cultures croient, au contraire, que les animaux descendent de nous. Cela change tout dans leur rapport à la nature. Notre science physique, autre exemple, part du principe, manifestement faux, que l’univers est fait « d’individus », atomes, étoiles, etc. Que donnerait une autre modélisation ?

Et si l’on jugeait les modélisations non par leur apparente ressemblance à la réalité, mais par leurs conséquences ?

Le Français, tel qu’en lui-même ?

Lors des remous provoqués par la réforme des retraites, on a demandé au Français ce qu’il pensait de son travail : rien à redire. Et de la perspective de travailler un peu plus longtemps ? Inacceptable !

J’ai fini par rapprocher ce phénomène de comportements que je rencontre, quasiment, tous les jours. Je discute avec des dirigeants qui obtiennent des résultats remarquables. Pensant qu’ils ont des choses à enseigner à leurs collègues, je leur demande leur opinion sur la façon de redresser le pays. Ils me répondent : impossible. S’ensuivent des lamentations, sans fin.

Conclusion : il me semble qu’il ne faut pas demander au Français son avis, il faut le mettre en face de problèmes à résoudre.

Piège à pauvreté

Les explications convergent. Les conditions dans lesquelles la société a placé certaines populations sont favorables aux récents événements violents que nous avons connus.

Elle les a enfermées dans un « piège à pauvreté ». Il n’est pas très agréable d’y vivre, mais il est difficile d’en sortir. Comme le montre l’exemple de mon voisin, il faut faire des « sacrifices » pour cela. Or, quand on est désoeuvré, on n’en a pas l’envie.

Ce qui est surprenant est qu’une étude faite sur les PME est parvenue à la même conclusion : le dirigeant de PME est dans une sorte de « puits de potentiel ».

Et s’il y avait quelque chose dans notre société qui nous enfonçait, plus ou moins tous, dans le pessimisme, la torpeur de la médiocrité ?