La séduction de l'Occident

Tristes tropiques est un rien ridicule. Lévi-Strauss arrête une tribu qui veut profiter des bienfaits de la civilisation, afin de l’interroger sur ses coutumes, avant qu’elle ne les ait oubliées. 

L’arme absolue d’une grande civilisation, c’est son pouvoir de séduction. Le moyen ultime de « conduite du changement » ?

C’est peut-être ce qu’avait compris Louis XIV. C’est peut-être aussi le succès matériel de l’Occident qui a fait exploser l’URSS. 

Au fond, tout le monde rêve de l’idéal occidental. Y compris les djihadistes, qui semblent pétris de sa culture. Et peut-être aussi les Russes et les Chinois, qui ne parviennent toujours pas à trouver leur autonomie intellectuelle. 

Seulement, comme on vient de le voir, celui-ci a un vice de forme. Sans contrepoids, il semble que ce qui pourrait être sa force, « l’innovation », prenne le sens que lui donne Robert Merton : de création, elle devient exploitation. Le « premier de cordée » coupe la corde qui le gène… 

Ce qu’il faut à l’Occident est peut être ce qui est arrivé un peu tard à Athènes : la destruction de ses remparts ? Il ne peut vivre que dangereusement ?

Le mal de l'Occident

Aurions-nous eu la prospérité d’après guerre sans l’URSS ? 

Dès qu’elle s’est effondrée, l’Occident s’est déchiré. Ses oligarques s’en sont pris à son peuple. Grâce à M.Poutine, et à la menace chinoise, ils redécouvrent la solidarité. Et la gauche le socialisme. 

Vive la Corée du Nord ? Notre bonheur est au prix du sacrifice de sa population ? 

Et si l’on cherchait d’autres moyens d’auto contrôle que la peur ?

Triste Afghanistan

Apparemment, la vie ne serait pas facile en Afghanistan. D’autant que le pouvoir en place serait à son tour attaqué de partout. J’ai même entendu dire que ce pourrait être un nouveau nid d’aigle de l’Etat islamique. Situation compliquée. 

En tous cas, on dit beaucoup de mal de l’Occident, mais il a au moins un talent : il a la capacité d’apporter une forme de prospérité, et de paix. 

Apprendra-t-on un jour à le reconnaître, et à s’en servir intelligemment ? 

L'avenir de l'Occident

L’Ukraine a rappelé à l’Occident qu’il était sur une mauvaise pente. Des années de décadence et de dépendance vous rendent dangereusement faible. Résultat du conflit permanent, depuis l’invention de l’individualisme et de la démocratie à Athènes, entre l’oligarchie et le peuple ? 

C’est peut-être ce qui a expliqué la réaction occidentale. Conjonction d’intérêts. Circuits courts, cela signifie à la fois souverainisme et relocalisation de l’emploi, et transition climatique. Et remplacer la Russie, cela ouvre des marchés. Et c’est un coup de semonce à la volonté de puissance chinoise. 

Athènes a sombré… La démocratie peut-elle vraiment apprendre de ses erreurs ?

Occident : on ne change pas une équipe qui perd

La semaine dernière, une émission de Christine Okrent parlait de sanctions et d’Ukraine. Il en ressortait que le soutien à l’un ou l’autre camp en conflit était aligné sur l’intérêt à court terme des pays. Celui qui ne peut se passer de la potasse russe soutient la Russie. 

« Guerre froide acte II » ? L’Occident croyait avoir gagné l’acte I, mais s’était mis le doigt dans l’oeil. Probablement parce qu’il a été rattrapé par ses mauvais démons, qui l’ont rendu odieux. 

De manière intéressante, il semble, brutalement, chercher à se faire des amis parmi ses ennemis, Iran, Turquie, Venezuela… 

Que devrait-il faire s’il voulait définitivement convertir le monde à sa cause ? Probablement apprendre de ses erreurs. Les USA, partout, ont appuyé des dictatures. 

Peut-être n’ont-ils pas compris le succès du plan Marshall ? Pour transformer un pays, il faut, comme les nations européennes, qu’il présente des conditions favorables. Max Weber disait qu’une forme de « culture » (au sens anthropologique du terme) est nécessaire au capitalisme. 

Cette culture n’est, peut-être, pas nécessairement le protestantisme des thèses de Weber. Comme l’ont fait les Chinois, les Japonais, et les Asiatiques d’une manière générale, il faut chercher dans sa culture ce qui permet de vivre en mode capitaliste, sans y perdre son âme. 

La véritable aide que peut apporter l’Occident est probablement là : fournir les conditions de l’adaptation à ce qui est peut-être bien un nouvel ordre mondial. Ordre pas tant capitaliste ou démocratique que manifestation d’un plus haut degré de « civilisation », faute de meilleur mot. 

(Ces conditions sont ce qu’Edgar Schein appelle « Process consultation ».)

Economie et politique

Jusqu’ici il n’y avait pas de lien entre économie et politique disait, en substance, un invité de Christine Okrent (France Culture). Mais cela vient de changer avec l’invasion de l’Ukraine. 

Une remarque bien innocente. Cela arrangeait beaucoup de monde de faire des affaires avec les Russes et surtout les Chinois. Mais ces derniers ne cherchaient qu’à acheter à l’Ouest la corde pour le pendre. Les Chinois ont exposé ouvertement leurs plans. Si l’on entendait moins parler du projet des Russes, cela tenait à l’insignifiance de leur pays. L’intérêt rend sourd et bête. 

D’ailleurs, c’est peut-être aussi leur intérêt qui a abusé les Russes et les Chinois. Ils avaient intérêt à croire au déclin dont l’Occident donnait tant de signes. 

Se réconcilier avec nous-mêmes

Depuis 1989, l’Occident dirige le monde… et s’est fait haïr. 

La raison semble double. Economique, d’abord. Le modèle qu’il promouvait a produit des crises. Culturel ensuite. Ses « Bobos » ont inventé une idéologie qui suscite un violent rejet. Idéologie, qui, par ailleurs, est obsédée par le bien, et a pour principe que l’Occident est l’incarnation du mal ! 

Désormais, le reste du monde revendique le droit de faire les erreurs de l’Occident !

Si l’on veut éviter une crise violente, l’Occident doit se réconcilier avec lui-même. Il a, effectivement, une vocation universaliste : son modèle s’est imposé. Et, il a des mérites : il n’est pas guerrier. 

Et l’Occident peut apporter aux autres des règles du jeu qu’ils n’ont visiblement pas comprises et l’expérience qu’il a tirée de ses erreurs. 

Juste milieu entre la conquête et la charité, il y a l’aide. Apporter à l’autre le recul qui lui permet de prendre conscience de ce qu’est réellement le monde, et de ses forces.  

Objectif Chine

Le problème du monde, c’est la Chine. Car si l’humanité survit à la guerre de M.Poutine, il faudra faire face à l’invasion de Taiwan. Or, la Chine n’est pas un nain comme la Russie, c’est le bénéficiaire des « délocalisations ». Nous avons fait sa puissance, et notre économie est entre ses mains. 

La Chine et la Russie haïssent l’Occident. Comme l’Allemagne du 19ème siècle, qui n’a pas compris les intentions universalistes de la France, et n’en a retenu que les prouesses guerrières, ces pays ont mal interprété l’histoire récente. Certes, il y a eu des crises, et ils en furent victimes. Mais, elles n’étaient que des conséquences imprévues de bonnes intentions. L’Occident est fondamentalement pacifiste. 

C’est ce dont il faut convaincre la Chine. Mais il faut aussi l’aider à ouvrir sa pensée à d’autres moyens d’action que la guerre. Elle ne doit pas répéter nos erreurs. Surtout, elle doit comprendre qu’elle n’est pas chinoise : de son communisme à son économie, elle a été modelée par les valeurs occidentales ! Elle a besoin de notre expérience !

Finalement, il faut attaquer le coeur du problème. Pourquoi ne peut-on pas faire confiance à « l’homme blanc » ? (En particulier, quand on est soi-même un « homme blanc ».) Pourquoi a-t-il, comme le disaient les Indiens, une « langue fourchue » ? Car, tant qu’un mauvais coup sera possible, l’humanité sera en danger.

Nous avons besoin d’aide pour répondre à cette question. 

Echange de bons procédés ?

La crise existentielle de l'Occident

Athènes. Dominée, sans ressources, elle gagne ! Mais la paix lui est fatale. Les appétits égoïstes la disloquent. (La guerre du Péloponnèse.) L’histoire de l’Occident ? Et si elle ne s’est pas répétée en 40, c’est que nous avons été sauvés par la Manche ?

Comment faire que la liberté individuelle, obsession occidentale, ne tourne pas à l’anarchie, puis à, sa conséquence logique, l’esclavage ? Elinor Ostrom a obtenu le prix Nobel pour son travail sur les « communs ». Une piste ?

Guerre en Ukraine : crise existentielle, pour l’UE ?

(Dans ce cas, le « commun », c’est la liberté.)

Enfer et bonnes intentions

Qui se souvient du « consensus de Washington » ? A la chute de l’URSS, les USA ont pensé que le capitalisme avait gagné la partie. Plus de crises, croissance continue, lisait-on. Le paradis sur terre. C’était la « nouvelle économie ». Les économistes parcouraient le monde et donnaient des leçons. Il s’en est suivi une succession de crises, terribles. Turquie, Venezuela, Argentine, Mexique, Corée du sud, Malaisie, Philippines, Thaïlande, Russie et Brésil 

Curieux : comment s’expliquer que parmi ces pays, il y ait quelques-uns de nos pires ennemis ?

Puis, il y a eu les armes de destruction massive et l’invasion de l’Iraq. Puis les printemps arabes, et le renversement de régimes qui jusque-là étaient des alliés de l’Occident contre le terrorisme… 

Et maintenant la Russie envahit ses voisins. Aurait-elle mal compris l’exemple que lui a donné l’Occident ? Serait-il temps de le clarifier ?

(Consensus de Washington.)