Occident : on ne change pas une équipe qui perd

La semaine dernière, une émission de Christine Okrent parlait de sanctions et d’Ukraine. Il en ressortait que le soutien à l’un ou l’autre camp en conflit était aligné sur l’intérêt à court terme des pays. Celui qui ne peut se passer de la potasse russe soutient la Russie. 

« Guerre froide acte II » ? L’Occident croyait avoir gagné l’acte I, mais s’était mis le doigt dans l’oeil. Probablement parce qu’il a été rattrapé par ses mauvais démons, qui l’ont rendu odieux. 

De manière intéressante, il semble, brutalement, chercher à se faire des amis parmi ses ennemis, Iran, Turquie, Venezuela… 

Que devrait-il faire s’il voulait définitivement convertir le monde à sa cause ? Probablement apprendre de ses erreurs. Les USA, partout, ont appuyé des dictatures. 

Peut-être n’ont-ils pas compris le succès du plan Marshall ? Pour transformer un pays, il faut, comme les nations européennes, qu’il présente des conditions favorables. Max Weber disait qu’une forme de « culture » (au sens anthropologique du terme) est nécessaire au capitalisme. 

Cette culture n’est, peut-être, pas nécessairement le protestantisme des thèses de Weber. Comme l’ont fait les Chinois, les Japonais, et les Asiatiques d’une manière générale, il faut chercher dans sa culture ce qui permet de vivre en mode capitaliste, sans y perdre son âme. 

La véritable aide que peut apporter l’Occident est probablement là : fournir les conditions de l’adaptation à ce qui est peut-être bien un nouvel ordre mondial. Ordre pas tant capitaliste ou démocratique que manifestation d’un plus haut degré de « civilisation », faute de meilleur mot. 

(Ces conditions sont ce qu’Edgar Schein appelle « Process consultation ».)

Economie et politique

Jusqu’ici il n’y avait pas de lien entre économie et politique disait, en substance, un invité de Christine Okrent (France Culture). Mais cela vient de changer avec l’invasion de l’Ukraine. 

Une remarque bien innocente. Cela arrangeait beaucoup de monde de faire des affaires avec les Russes et surtout les Chinois. Mais ces derniers ne cherchaient qu’à acheter à l’Ouest la corde pour le pendre. Les Chinois ont exposé ouvertement leurs plans. Si l’on entendait moins parler du projet des Russes, cela tenait à l’insignifiance de leur pays. L’intérêt rend sourd et bête. 

D’ailleurs, c’est peut-être aussi leur intérêt qui a abusé les Russes et les Chinois. Ils avaient intérêt à croire au déclin dont l’Occident donnait tant de signes. 

Se réconcilier avec nous-mêmes

Depuis 1989, l’Occident dirige le monde… et s’est fait haïr. 

La raison semble double. Economique, d’abord. Le modèle qu’il promouvait a produit des crises. Culturel ensuite. Ses « Bobos » ont inventé une idéologie qui suscite un violent rejet. Idéologie, qui, par ailleurs, est obsédée par le bien, et a pour principe que l’Occident est l’incarnation du mal ! 

Désormais, le reste du monde revendique le droit de faire les erreurs de l’Occident !

Si l’on veut éviter une crise violente, l’Occident doit se réconcilier avec lui-même. Il a, effectivement, une vocation universaliste : son modèle s’est imposé. Et, il a des mérites : il n’est pas guerrier. 

Et l’Occident peut apporter aux autres des règles du jeu qu’ils n’ont visiblement pas comprises et l’expérience qu’il a tirée de ses erreurs. 

Juste milieu entre la conquête et la charité, il y a l’aide. Apporter à l’autre le recul qui lui permet de prendre conscience de ce qu’est réellement le monde, et de ses forces.  

Objectif Chine

Le problème du monde, c’est la Chine. Car si l’humanité survit à la guerre de M.Poutine, il faudra faire face à l’invasion de Taiwan. Or, la Chine n’est pas un nain comme la Russie, c’est le bénéficiaire des « délocalisations ». Nous avons fait sa puissance, et notre économie est entre ses mains. 

La Chine et la Russie haïssent l’Occident. Comme l’Allemagne du 19ème siècle, qui n’a pas compris les intentions universalistes de la France, et n’en a retenu que les prouesses guerrières, ces pays ont mal interprété l’histoire récente. Certes, il y a eu des crises, et ils en furent victimes. Mais, elles n’étaient que des conséquences imprévues de bonnes intentions. L’Occident est fondamentalement pacifiste. 

C’est ce dont il faut convaincre la Chine. Mais il faut aussi l’aider à ouvrir sa pensée à d’autres moyens d’action que la guerre. Elle ne doit pas répéter nos erreurs. Surtout, elle doit comprendre qu’elle n’est pas chinoise : de son communisme à son économie, elle a été modelée par les valeurs occidentales ! Elle a besoin de notre expérience !

Finalement, il faut attaquer le coeur du problème. Pourquoi ne peut-on pas faire confiance à « l’homme blanc » ? (En particulier, quand on est soi-même un « homme blanc ».) Pourquoi a-t-il, comme le disaient les Indiens, une « langue fourchue » ? Car, tant qu’un mauvais coup sera possible, l’humanité sera en danger.

Nous avons besoin d’aide pour répondre à cette question. 

Echange de bons procédés ?

La crise existentielle de l'Occident

Athènes. Dominée, sans ressources, elle gagne ! Mais la paix lui est fatale. Les appétits égoïstes la disloquent. (La guerre du Péloponnèse.) L’histoire de l’Occident ? Et si elle ne s’est pas répétée en 40, c’est que nous avons été sauvés par la Manche ?

Comment faire que la liberté individuelle, obsession occidentale, ne tourne pas à l’anarchie, puis à, sa conséquence logique, l’esclavage ? Elinor Ostrom a obtenu le prix Nobel pour son travail sur les « communs ». Une piste ?

Guerre en Ukraine : crise existentielle, pour l’UE ?

(Dans ce cas, le « commun », c’est la liberté.)

Enfer et bonnes intentions

Qui se souvient du « consensus de Washington » ? A la chute de l’URSS, les USA ont pensé que le capitalisme avait gagné la partie. Plus de crises, croissance continue, lisait-on. Le paradis sur terre. C’était la « nouvelle économie ». Les économistes parcouraient le monde et donnaient des leçons. Il s’en est suivi une succession de crises, terribles. Turquie, Venezuela, Argentine, Mexique, Corée du sud, Malaisie, Philippines, Thaïlande, Russie et Brésil 

Curieux : comment s’expliquer que parmi ces pays, il y ait quelques-uns de nos pires ennemis ?

Puis, il y a eu les armes de destruction massive et l’invasion de l’Iraq. Puis les printemps arabes, et le renversement de régimes qui jusque-là étaient des alliés de l’Occident contre le terrorisme… 

Et maintenant la Russie envahit ses voisins. Aurait-elle mal compris l’exemple que lui a donné l’Occident ? Serait-il temps de le clarifier ?

(Consensus de Washington.)

Osons agir ensemble

L’Allemagne croyait avoir une relation spéciale avec la Russie. 55% de son gaz vient de ce pays. Et elle n’a plus d’armée. L’économie la plus puissante de l’Europe risque de passer un mauvais moment. 

Au fait, sur quoi était construit cette fameuse puissance ? Une illusion ?

Le capitaliste vend la corde pour le pendre. Tout le monde semble avoir beaucoup aimé M.Poutine. L’Angleterre est pleine d’oligarques, les banques françaises ont de gros intérêts en Russie, les Italiens semblent être à la fois français et allemands… 

Quant aux frontaliers, si, eux, se méfiaient de l’empire russe, ils risquent malgré tout d’être balayés par une vague d’immigrés.

Il est probable qu’aucun de ces problèmes n’est bien grave, si l’Occident combine ses forces et va au secours des pays ou des entreprises en difficulté. Pourquoi, par exemple, ne pas lancer un programme de réduction de la consommation énergétique, qui ne soit pas que de l’incitation mais une réelle démarche de « recherche et développement », scientifique et systématique ? 

Pourquoi ne pas s’inspirer de la façon dont l’organisation américaine a gagné la guerre en 40 ?

Francemali

Le Malien serait-il complotiste ? Il dirait que si une nation aussi puissante que la France ne parvient pas à rétablir l’ordre dans son pays, c’est que cela sert ses intérêts. Son intervention est une façon déguisée de maintenir son emprise coloniale. Voilà ce que j’entendais dans une émission de France Culture un peu lointaine (Christine Okrent). 

Peut-être en vain, ai-je essayé, dans ce blog, d’expliquer comment un président de gauche avait pu prendre une telle décision. Toujours est-il qu’en écoutant cette émission, j’ai pensé qu’il ne servait à rien de critiquer nos gouvernants : ce qui ne va pas, c’est le « système ». Tant que l’on ne comprendra pas qu’un pays ne peut pas être dirigé par un homme seul, on continuera à faire des bêtises, et à croire qu’il n’y a pas un président pour rattraper l’autre. Sans doute aurions nous besoin de directions collégiales à l’image de ce qui se fait dans la PME allemande. 

Il y avait plus intéressant, dans cette émission. Il était dit que la force de l’Europe était d’être unie et d’apporter à une nation son savoir-faire de construction d’une économie prospère. 

Serait-ce là l’atout de l’Occident, quand il est bien utilisé ? L’économie est le dernier en date des développements humains, et c’est l’Occident qui continue à en posséder la recette ? 

Hayek avait-il raison ?

Hayek aurait dit que, dans les conditions actuelles, la société se réinventait en permanence. Ce qui m’a paru ridicule lorsque j’ai découvert cette opinion. Nos goûts, nos coutumes, nos infrastructures de transport… changent lentement. Les travaux de Marc Bloch montrent des invariants culturels qui semblent remonter au moins au Moyen-âge. 

Mais, comme souvent, j’ai peut-être tort. 

Que l’on considère la société actuelle. L’Occident se réveille, se trouve divisé et malheureux face à des menaces inquiétantes. Il découvre que l’idéologie qu’il suivait était auto destructrice. Il faut, en quelque sorte, réinventer la société, le « vivre ensemble ». Pourra-t-on réagir assez vite, avant d’être écrasé ? 

Ce phénomène était déjà visible chez les Grecs, notamment à Athènes. En période faste, la société se déchirait. Elle était solidaire, et même géniale, dans la difficulté. Seulement, elle a fini par disparaître…

Paul Valery et le déclin de l'Occident

Curieux qu’en ces temps de remise en cause, on ne parle pas de Paul Valery. 

Une de ses thèses était que l’Occident avait donné au monde le bâton pour se faire battre. En effet, il était à l’origine d’inventions extraordinaires. Les autres cultures étaient incapables de le rattraper. Or, ces inventions, il les leur avait données. Si bien que, du fait du déséquilibre démographique, il ne serait bientôt plus rien. 

Voilà qui n’est pas un raisonnement d’économiste. L’économiste dit : plus il y a de monde qui produit, plus chacun s’enrichit. J’ai donc intérêt à donner mes inventions. Bien entendu, dans le monde de l’économiste, il ne peut pas exister de personnes ou de nations mal intentionnées. Il n’y a, d’ailleurs, pas de nation tout court. 

Cela pose, tout de même, la question des raisons du comportement de l’Occident. Deux explications possibles :

  • Le savoir-faire aéronautique de la France remonte à la nuit des temps. La France a été le pionnier du domaine. Un temps, on mourrait même pour le progrès. Son industrie actuelle est le fruit de subventions massives. Tout cela ne compte pas pour le salarié qui dirige Airbus. Son intérêt, en quelque sorte, est de brûler le Van Gogh pour se chauffer. 
  • L’Occident, du moins ses classes dirigeantes, est en proie à un étrange phénomène de haine de soi. C’est mystérieux. Mais les intellectuels (cf. Les Bohèmes, les Surréalistes, la contre-culture moderne), qui forment l’élite occidentale, sont particulièrement touchés. 

L’auto destruction de la société serait-elle une pathologie d’une société excessivement individualiste ?