Derrida

Qu’a dit Jacques Derrida ? Une émission de la BBC se penchait sur son cas. Mais je n’en sais pas beaucoup plus sur lui, après l’avoir écoutée. (Post Truth and Derrida, 2020.)

Son heure de gloire fut une attaque du structuralisme, alors dominant. Derrida semble avoir montré qu’il était construit sur une contradiction. Curieusement, le peu que j’ai compris du raisonnement semble dire que tout est construit sur une contradiction ! En conséquence, on ne peut croire à rien. Il servirait de justification aux apôtres modernes de la « post vérité ». Un comble.

Une remarque inattendue, venant d’Anglais, évoquait son passage de l’agrégation. En me renseignant chez wikipedia, j’ai découvert que Derrida n’était pas l’habituel fort en thème. Il lui a fallu trois fois pour entrer à Normale sup et deux fois pour obtenir l’agrégation. Son oeuvre serait-elle un règlement de compte avec son sujet d’étude ?

Ce que je lis ailleurs est qu’il en aurait voulu particulièrement à l’Occident, qui se veut universaliste alors qu’il est implicitement fondé sur des vices que la morale réprouve. Décidément, aurait-il eu lui même quelque préjugé, un compte à régler ?

En fait, sa technique ne semble avoir rien de neuf : Derrida ou Descartes et Husserl pour les nuls ? En revanche, il aurait été de son temps, et avoir exprimé la révolte des enfants occidentaux contre leurs parents que fut probablement 68. Et il a certainement touché juste, en dénonçant de vieilles barbes, qui se prenaient au sérieux. Et il nous a rendus méfiants. Les belles théories ne cacheraient-elles pas quelque intérêt personnel ? A commencer par les siennes ?

Occident : le retour ?

Il y a quelques temps, j’écoutais Amin Maalouf parler de l’état du monde. Il disait que la situation était désespérée, mais que personne n’avait d’alternative au modèle occidental.

Paradoxalement, le camp qui prétendait proposer une voie nouvelle est désormais entre les mains de l’Iran et de la Corée du nord. Voilà qui ne fait pas rêver. Et c’est toujours l’Ouest qui apporte de l’aide. On aime bien la maudire, mais, quand on est en difficultés…

Et si l’Occident avait une seconde chance ? Je crois qu’il suffirait qu’elle apprenne de ses erreurs pour trouver une stratégie intelligente.

Quand les Russes lui ont demandé de les aider à bâtir leur démocratie, elle leur a envoyé la lie de son humanité. Quant à l’Afghanistan, il a eu droit à son armée ! Pourquoi n’a-t-elle pas fait comme au temps du Plan Marshall : concevoir une aide qui pousse la nation du « bon côté » ? (Réponse : parce que au temps de la guerre froide, elle avait peur, et que la peur rend intelligent !)

Idem pour les droits de l’homme. C’est une bonne idée de penser que tous les hommes sont faits de la même pâte. Cela peut éviter les famines et les guerres. Mais pourquoi vouloir bouleverser des régimes ?

Même l’inefficacité de la démocratie et de l’UE a du bon : pendant que l’on discute, on ne se bat pas, c’est certainement la meilleure façon de ligoter la « volonté de puissance ».

En fait, ce que doit rétablir avant tout l’Ouest, c’est sa capacité de séduction. Sa puissance économique et le bonheur de ses peuples. Elle doit être « un employeur de référence » comme disent les « entreprises à mission ».

Et pour cela, elle doit veiller à son vice constitutif : son instinct de mort, l’émergence d’une oligarchie qui s’en prend à son propre peuple, et qui la détruit.

Il est possible qu’une réelle démocratie soit ce que Montesquieu a envisagé : un équilibre de forces. Toute la difficulté est de faire que cet équilibre puisse avancer. Ce qui ne peut réussir que s’il y a consensus, ou encore « anxiété de survie » partagée.

Corsaires berbères

L’empire Ottoman avait laissé s’installer au Maghreb des corsaires, qui écumaient la Méditerranée. Ils isolaient efficacement les Ottomans de la nuisance occidentale. Ceux sur qui ils mettaient la main étaient réduits en esclavage ou revendus contre rançon. Il s’y retrouvait les aventuriers de toute l’Europe. D’ailleurs, par certains côtés, c’était une société tolérante, où chacun pouvait pratiquer sa religion, et où l’esclave ayant quelque talent pouvait s’élever dans la société, parfois très haut.

Comme dans les romans des Lumières c’était peut-être un monde qui aurait pu donner quelques leçons à l’Occident, qui garde un fond de barbarie. En tous cas, dès que l’Occident a eu une flotte assez puissante il a rasé les villes corsaires, ce qui a ouvert la voie à la colonisation française.

C’est, du moins, ce que j’ai retenu de In our time, de la BBC.

Paradoxal Occident

L’Occident cherche toujours à aider. Même lorsqu’il envahit l’Afghanistan, c’est pour le bien de la population. Quand il y a une guerre quelque-part, ses ONG veulent intervenir…

Comment se fait-il qu’il ait aussi mauvaise presse ?

Je me demande si cela ne tient pas à son principe premier : la liberté humaine.

C’est une émission humoristique de la BBC qui m’a donné cette idée. Il s’agit de l’histoire de l’ambassade du Royaume Uni dans un pays de l’Est, à l’époque de la Glasnost. Alors que la sphère soviétique veut adopter le modèle de société occidental, l’Occident lui envoie, quasiment, ses repris de justice, ses aventuriers, ce qu’elle a de pire.

Tout l’Occident n’est probablement qu’encadrement de cette liberté. Mais, dès que le cadre se relâche, le renard envahit le poulailler ?

Paradoxe occidental

Il y a quelques temps j’écrivais sur la guerre du Kippour. Les pays producteurs de pétrole, à cette occasion, ont voulu porter un coup fatal à l’Occident.

Aujourd’hui aussi, la Chine et la Russie ne rêvent que de l’abattre. Elles ne s’en cachent pas.

L’aspect étrange de l’affaire est que l’Occident fait comme si tout n’était que concorde et bonne humeur.

Un autre point curieux est que l’Occident semble révéler ce qu’il y a de pire dans les autres nations. Elles disent, en gros, « vous avez été injustes avec moi, donc j’ai le droit de tuer des êtres humains ».

Nature de la nature

Ce blog se moque souvent des scientifiques qui croient que la nature est mathématique. Nous brassons des concepts qui n’ont aucune réalité, dit-il. Ce qui est facile à démontrer.

Et pourtant pensais-je, en lisant Feynman, c’est étonnant à quel point ce qui paraît erroné nous a amené loin. Il est vrai que, même dans son domaine, la science sait qu’elle ne sait rien, et qu’elle n’arrête pas de donner de la tête contre les murs, mais, tout de même.

En lisant Victor Segalen, je voyais à quel point la tradition était importante pour la Chine. Je me suis demandé si la science n’était pas le triomphe culturel de l’Occident. Depuis les Grecs, l’Occident incite l’individu à douter des traditions, et à utiliser sa tête. Cela peut être une mauvaise idée, les traditions sont généralement l’accumulation de l’expérience passée. Mais, comme toutes les erreurs, cela finit souvent par être juste…

Occident barbare ?

Pourquoi le Moyen-âge ? Le monde entier était civilisé et raffiné, y compris la partie est de l’empire romain, qui a survécu un millénaire à la chute de Rome. L’Europe de l’ouest, sauvage. C’est ce qui ressort de toutes les émissions d’histoire que j’entends. C’est l’envers de ce que l’on m’a enseigné.

La Chine et l’Inde se sont fait conquérir à plusieurs reprises. Mais, à chaque fois, les conquérants s’installaient à la tête de la civilisation qu’ils avaient trouvée. En Occident, il semble que les barbares ont été trop violents, trop nombreux, et la civilisation trop faible. Les barbares ont bien essayé de récupérer ce qu’ils pouvaient, en particulier, ils se sont convertis, mais il y avait peu.

Cette destruction fut-elle créative ? L’Occident a pris un nouveau départ, et il a trouvé une nouvelle voie. Peut-être celle, un rien barbare ?, de la raison nue, par opposition au raffinement de la coutume. Il a changé les règles du jeu ?

Croisade baltique

On ne le sait pas, mais l’Est de l’Europe a été converti au catholicisme par la croisade.

Un moment la Chrétienté a tremblé. Elle était assaillie par les Vikings, Hongrois, et autres fléaux de Dieu. Puis, elle s’est ressaisie. Et elle a commencé une politique d’expansion.

Bloquée au sud, elle n’était pas de taille à se mesurer à la civilisation islamique, elle est partie à l’Est, vers les Pays baltes. Et, comme souvent, se fut une conquête bien plus économique que spirituelle.

Quant à Alexandre Nevsky, il semble que ce soit une « fake news » de plus. Il était sous le joug mongol, et la Russie présentait peu d’intérêt. L’histoire du lac gelé n’aurait peut être été qu’une escarmouche sans conséquence.

(Idées venues de In our time, de la BBC)

Inde

Lorsque Narendra Modi est parvenu au pouvoir, la presse que je lisais le considérait comme une créature maléfique. Et pourtant, il est toujours au pouvoir. Et il est courtisé par l’Occident.

L’Inde ressemble beaucoup à la Turquie. D’un côté c’est un irritant pour l’Occident, elle ne lui obéit pas au doigt et à l’oeil, et continue à commercer avec son vieil allié russe, de l’autre, c’est un pays extrêmement fragile. Il est en guerre avec la Chine. Sa population s’appauvrit d’année en année. Il y a étonnamment peu d’emplois pour un peuple qui croit à grande vitesse. Il n’a pas les moyens de s’industrialiser, comme la Chine, donc de la remplacer…

Peut-être y a-t-il quelque-chose à corriger dans la pensée occidentale ? Arrêtons de demander aux autres de nous aimer, et de croire à nos valeurs, et prenons-les tels qu’ils sont ?

(Réflexions suscitées par Affaires étrangères, de France Culture.)

Trahison

Un feuilleton comme seuls les Anglais savent les inventer ? L’histoire, vraie, d’un haut gradé du KGB, un temps le chef des espions russes en Angleterre, qui, pendant 12 ans, a déversé sur l’Angleterre tous les secrets des services secrets de son pays. Sobre et palpitant. En particulier l’épisode final. (The Spy and the Traitor by Ben Macintyre.)

Sa motivation ? Il avait connu le premier dégel kroutchévien, et n’avait pas aimé le durcissement qui l’avait suivi. Il désirait que son pays échappe à l’intimidation.

Il a été exfiltré de Russie, dans des conditions rocambolesques, et vit, maintenant, dans l’anonymat, sous protection permanente.

Leçon ? Les Russes ont eu foi en l’Occident, et ils ont été trahis ?