Disparition prématurée d’Edgar Morin. Il me semblait immortel.
Il se trouve que je me suis entretenu avec lui. Je l’avais entendu parler de son passé de résistant. Des espoirs qu’il avait perdus et du miracle qu’avait été la libération. C’est ce miracle qui m’intéressait. Mais il avait à nouveau sombré dans le désespoir. Et la conversation a pris un tour inattendu. Il se trouve que je me suis passionné un temps pour la systémique d’après guerre, puis pour son successeur, la théorie de la complexité, elles rejoignaient mes constats. Seulement, j’en ai aussi vu les limites : le monde n’est mathématique qu’a posteriori. Ce qui fait peut-être que l’enthousiasme qu’on a eu pour elles est oublié. Mais l’enthousiasme d’Edgar Morin, lui, n’avait pas faibli. Il en était resté aux années 70. Un temps, il est vrai, où il avait 50 ans.
Pour moi, de son combat, il reste un mot essentiel, peut-être le seul qui compte pour l’humanité : « complexité ». Le monde est incompréhensible. Point. Le danger mortel qui nous menace est ce qu’il nommait notre « pensée simplifiante », la raison qui croit tout dominer, la science, en particulier, lorsqu’elle est prise pour un absolu. Tout irait probablement bien mieux si nous parvenions à prendre conscience de cette « complexité ». Le miracle deviendrait possible, peut-être.


