Théâtre de boulevard

Pièce de théâtre de boulevard par des amis amateurs. Plongée dans mon enfance.

C’est étonnant à quel point un spectacle peut être codifié. Le ressort du théâtre de boulevard est l’infidélité. Infidélité généralement provisoire. (L’ordre finit toujours par gagner, comme dans les films de gangsters.) Mais on y est obsédé par le sexe. Mais aussi par le succès matériel. Il faut des bons mots, pas trop difficiles à comprendre, et l’on doit s’agiter, il faut de l’inattendu, « du spectacle ». Epater le bourgeois.

Notre morale moderne devrait juger que tout cela est horriblement mal pensant. Surtout, cela ne devrait plus fonctionner : le couple moderne n’a plus rien à voir avec l’étouffant mariage d’après guerre. Mais ça marche. Le spectateur était heureux. Il ne fait pas d’analyse de texte.

Dans un bon spectacle, il faut qu’il y en ait pour tous les publics ?

Génération misogyne ?

Un très puissant rejet du féminisme se ferait jour au sein des jeunes générations masculines, un peu partout dans le monde, disait BBC4, jeudi dernier. Les jeunes seraient, même, plus anti-féministes que les vieux. Et un quart de l’échantillon jugerait être plus mal traité que les femmes.

Michel Crozier observait que la société résiste à tout ce que l’on veut lui imposer par la force.

On peut se demander si la réaction n’est pas proportionnée à l’action. Ou disproportionnée ?

Morale ? La morale n’est pas une bonne façon de faire réussir un changement ?

(En me renseignant sur ce phénomène, j’ai noté que l’on en parle depuis quelques temps. On lit que la nouvelle est inquiétante, car les jeunes générations sont supposées être les plus ouvertes aux changements « sociétaux ». D’autres rappellent que l’opinion négative est minoritaire. Cependant, ils semblent ignorer l’effet sur lequel a joué la promotion moderne du féminisme : ce que le psychologue nomme « validation sociale » : notre jugement est influencé par celui des autres.)

Tristan et Iseult

Tristan et Iseult aurait été inventé par un Anglais, qui parlait français, comme tout le monde, à l’époque. C’aurait été un best seller, immédiatement traduit en France et en Europe du nord.

Tristan porte la fatalité dans son nom, « triste » : sa naissance commence par un drame, et sa vie en est un.

En écoutant In our time, qui lui était consacré, je me suis demandé si la fatalité n’avait pas était la source d’inspiration première des littérateurs. Le courant moralisateur, qui a actuellement le haut du pavé, serait une invention récente.

Au fond, son ressort dramatique est faible. Il suppose que le monde est déterminé, que l’on sait le bien et le mal. Tout cela est médiocre et gris. Plus triste que Tristan ? Alors que l’homme affrontant la fatalité est glorieux. Certes, comme dans la vie de Napoléon ou d’Alexandre, cela finit mal, mais avant, il y a eu des exploits incroyables, ou, comme pour Tristan et Iseult, des moments de félicité que personne ne connaitra dans sa vie.

La fatalité aurait-elle du bon ?

Crypto des bois

J’écoutais parler des mésaventures de Sam Bankman-Fried. Il devrait écoper de 110 ans de prison, dit-on.

Fin de récréation pour « l’élite » ?

Ce qui me frappe est qu’on le traite comme d’un criminel ordinaire, alors qu’il semble avoir utilisé au moins 8 milliards de l’argent de ses clients pour « faire le bien ». Il menait grand train, certes, mais c’était probablement ce à quoi il avait été habitué.

Il aurait mérité qu’on aborde son cas comme celui d’un crime passionnel ! L’avocat américain, si riche, aurait-il perdu tout talent ?

C’était un Robin des bois moderne ?

Echelle de Jacob

J’ai entendu parler de « l’échelle de Jacob ». Elle serait empruntée par les anges pour mesurer la différence entre le Jacob terrestre et son essence, dans le ciel. Voilà une interprétation, qui n’est peut-être pas unique.

Ce qui pose une question très actuelle : celle de l’authenticité de l’homme. Sommes-nous « agis » par la société, ou sommes nous mus par notre propre conscience ?

J’ai aussi pensé que la tradition juive avait probablement aussi subi des influences, car, cela ressemble fort à la théorie des idées de Platon.

Au delà du bien et du mal

On nous dit souvent que nous ne devrions jamais rencontrer nos héros ; leur humanité brouillonne et imparfaite ne peut être qu’une amère déception. Ce serait la même chose si nous rencontrions ceux que nous appelons méchants : eux aussi sont d’une complexité frustrante, ont de multiples facettes, sont un mélange de bien et de mal que nous ne reconnaissons que trop bien en nous-mêmes. (Financial Times)

Enfin ? Le changement qu’attendait ce blog est en passe de se faire ? Chant du cygne de l’âge de la morale asphyxiante, âge extraordinairement « chiant » ? Notre « élite » découvre la complexité ?

Dîner avec le diable

Je lisais quelque-part que MM.Macron et Modi étaient inséparables.

Pourtant, on dit beaucoup de mal de M.Modi.

Comment interpréter l’attitude de M.Macron ? Real Politik ? Ou faut-il y voir un changement de principes de notre pensée collective ?

Jusque-là il n’y en avait que pour l’absolu. Il y avait le bien et le mal. Et pas question de transiger avec lui. A tel point que le « mal » étant partout, on ne pouvait rien faire, à moins d’utiliser des masses d’hypocrisie.

Et s’il fallait aller au delà du bien et du mal ? Et si M.Modi, M.Erdogan et leurs semblables représentaient quelque-chose qui nous échappe ? Sans aller jusqu’à approuver l’invasion de l’Ukraine par la Russie ou celle de Taiwan par la Chine, n’est-ce pas une question à se poser ?

Mauvaises intentions

En écrivant un « rapport moral », j’ai pris conscience de la perversité des bonnes intentions.

En effet, n’est-il pas d’usage de terminer sur une note optimiste ? Certes, tout est perdu, mais nous sommes le meilleur des peuples ?

Il me semble que cela a l’effet contraire de celui qui est recherché. Outre que ça vide le texte de son sens, ça encourage le lecteur à s’endormir. Alors, qu’au contraire, il faut le pousser à se jeter dans la bataille ?

Tintin

Hergé était-il raciste ? Question qui semble revenir systématiquement. Cette fois, elle était posée par Concordance des temps de France Culture.

Hergé était, tout simplement, de son temps.

En fait, même aujourd’hui, l’étranger n’est pas un être humain, c’est une créature mythique, un personnage de roman, une caricature. Il suffit d’écouter l’Anglais parler du Français, pour comprendre qu’il ne s’agit pas de vous ou de moi. D’ailleurs, il serait curieux de savoir ce que disent de nous les autres nations. Nous leur paraissons certainement contre-nature.

Dans Ceux de 14, Maurice Genevoix raconte l’histoire suivante. Des soldats français font prisonniers des soldats allemands. Ces derniers sont effrayés. Les Français se mettent à rire et fraternisent. Un ennemi est un ami vu de dos, ai-je lu quelque-part.

Morale et liberté

On dit qu’il faut couler les exécrables choses 

Dans le puits de l’oubli et au sépulchre encloses, 

Et que par les escrits le mal ressuscité 

Infectera les mœurs de la postérité ; 

Mais le vice n’a point pour mère la science, 

Et la vertu n’est pas fille de l’ignorance. 

(Théodore Agrippa d’Aubigné.) 

Voilà par quoi commence Les fleurs du mal, de Baudelaire. 

Agrippa d’Aubigné, protestant, au temps des guerres de religion. Baudelaire (et Flaubert), au XIXème siècle. Notre société, maintenant ?