Un spécialiste du redressement d’entreprise dit que les contre exemples de mes livres sont des « erreurs de conduite ». Effectivement, le dirigeant va bien souvent droit dans l’iceberg. C’est une des principales causes d’échec du changement.
Étiquette : Merton
Petit traité de manipulation : qui est le manipulateur?
La manipulation est une destruction de l’identité humaine. Elle inflige plus que la mort. D’ailleurs, les techniques qui précèdent ont été utilisées avec succès par tous les régimes totalitaires. (Exemple classique : le traitement du héros du 1984 d’Orwell.)
- TRIVERS, Robert, The Folly of Fools, Basic Books, 2011.
- Voici un paradoxe comme les aime ce blog : en libérant l’homme, 68 l’a asservi !
La réforme de la police ou comment rater un changement pour les nuls
M.Sarkozy a dû lire mes livres. Mais il s’est arrêté aux premières pages. Celles dans lesquelles je décris les ratages du changement. Avec la réforme de la police, la réalité dépasse la fiction. Voilà ce qu’en dit le Monde :
Ce que M. Sarkozy ministre de l’intérieur avait accordé aux policiers, M. Sarkozy président le leur a retiré. Alors que la pression sur les résultats est toujours aussi forte, les effectifs sont passés en dessous de leur étiage de 2001. Après avoir supprimé les adjoints de sécurité (héritiers des emplois-jeunes) pour les remplacer par des titulaires après 2002, le mouvement inverse est à l’œuvre : les postes supprimés sont compensés par des précaires. La réduction des effectifs ne s’est accompagnée d’aucune rationalisation des structures. Alors on rogne par-ci par-là. Telle unité antiémeute est dévitalisée sans être supprimée, les brigades anticriminalité des petits commissariats ne tournent plus qu’avec deux fonctionnaires, au risque de les mettre en danger.
- M.Sarkozy croit au pouvoir de la raison pure. En donnant des objectifs ambitieux à la police, elle va travailler mieux, ce qui va permettre de réduire ses effectifs. Non ? M.Sarkozy fait l’hypothèse implicite que les fonctionnaires de police sont des tirs-au-flanc dont le moteur est le bâton et la carotte.
- En fait, M.Sarkozy cherche ce que l’on appelle dans l’entreprise un « gain de productivité ». L’entreprise sait que pour l’obtenir elle doit réinventer ses procédures de production (« reengineering » dans le langage du consultant, « rationaliser ses structures » dans le vocabulaire de l’article). Ce qui demande un investissement. Mais M.Sarkozy n’est pas un homme d’entreprise. Que se passe-t-il ici ? Ce que le sociologue Robert Merton appelle une « innovation » : l’organisation devant faire quelque chose d’impossible, elle triche. Elle fait des trous dans la coque pour alléger le navire, selon mon expression favorite.
- Et tout a été comme cela, il y a même un livre sur le sujet : Les réformes ratées du président Sarkozy. C’est déprimant.
La crise d’adolescence comme engagement existentiel
- Est-ce comme ceci que l’on peut lire le film Into the wild ?
- Cette théorie rejoint tout de même celle, beaucoup plus respectable, de l’autoréalisation de Maslow. (MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987.)
Pourquoi nous insultons-nous ?
J’ai observé ce que dit Dominique Delmas dans La dialectique de l’expert. Lorsque que l’on plonge au cœur des disputes humaines, on trouve une solution qui satisfait tout le monde. Cette solution n’est pas un compromis mais une amélioration nette et inattendue de l’ordre préexistant.
- Les personnes qui sont les plus critiques de la société, en France et dans d’autres pays latins, sont les moins prêtes à faire bouger les choses.
- Ce blog a noté à plusieurs reprises qu’aux USA et en Angleterre, il était usuel de s’en prendre à l’État ou à l’Europe, tout en en dépendant de plus en plus de lui, ou sans vouloir la quitter.
De l’erreur de la spécialisation
Adam Smith croit que la marche du monde va vers la spécialisation de l’individu, c’est ainsi que nous produirons de plus en plus et serons de plus en plus riches. Émile Durkheim pense qu’une société de spécialistes ne peut qu’entraîner interdépendance, puisque chacun a besoin de l’autre pour vivre.
Le leadership dans les organisations
March, James G., Weill, Thierry, Le leadership dans les organisations, Les presses de l’École des Mines de Paris, 2003.
- Il ne voit du dirigeant que son intellect (qu’il juge fort moyen), alors que, à mon avis, le dirigeant est surtout formé par la société pour tenir un rôle, comme nous tous.
- Curieusement, il ignore la littérature sur le leadership. Celle-ci dit que le « leader » est celui qui sait mener le changement. Ce leader voit, et met, de l’ordre dans un chaos apparent. Ces personnes sont rares, mais j’en ai rencontré, y compris chez mes étudiants, ce qui me fait penser que cette théorie est juste. Ce que décrit March, ce sont l’opposé des « leaders », ce que Kotter appelle des « managers », c’est-à-dire des professionnels du rite et non de la raison (ce qui n’est pas une condamnation : notre vie est avant tout faite de rites). D’ailleurs, sa vision du plombier et du poète rejoint l’analyse de Chester Barnard, qu’il ne cite pas.
- Il confond innovation avec leadership. Il croit pouvoir dire que le dirigeant utile est celui qui explore des idées imprévues, folles. Mon expérience me laisse penser plutôt que le leader voit ce que nous ne voyons pas, mais qui est évident. (Comme en physique, c’est une question de modélisation.) D’ailleurs, les travaux de Robert Merton sur l’innovation montrent qu’elle est plutôt sociale qu’individuelle (on crédite une personne de la trouvaille, mais un grand nombre était sur la bonne piste). Et d’ailleurs, cela est aussi vrai dans l’art, où les écoles succèdent aux écoles.
- BARNARD, Chester, The Functions of the Executive, Harvard University Press, 2005.
- MERTON, Robert K., On Social Structure and Science, The university of Chicago press, 1996.
- KOTTER, John P., Leading change, Harvard Business School Press, 1996.
Laisser-faire et corporatisme
- En mettant leurs sous-traitants en « concurrence parfaite », ils les ont soumis à une sorte de dilemme du prisonnier. Ceux-ci se sont mis à vendre à perte. En outre les acheteurs ont voulu réduire massivement le nombre de sous-traitants. Résultat : pour ne pas crever, les survivants ont eu intérêt à s’entendre ; comme ils ne sont plus très nombreux, c’est facile. Et, s’ils ne s’entendent pas, il n’en restera bientôt plus qu’un, en situation de monopole. (cf. la sous-traitance automobile.)
- Les acheteurs jugent les offres qu’ils reçoivent sur des critères quantitatifs (typiquement un prix et un délai). Le sous-traitant réagit en dégradant les critères qui ne sont pas pris en compte (le bœuf aux hormones atteint d’encéphalopathie spongiforme est toujours un bœuf, le spécialiste est remplacé par un stagiaire…). Mais ce n’est pas durable. Le sous-traitant est alors amené, dans la logique des achats, à définir ses propres normes (bœuf bio, auditeur diplômé…). De telles normes tuent l’innovation et l’investissement qu’elles imposent bloque l’entrée de nouveaux concurrents, et, peut-être aussi, amène ceux qui l’on consenti à demander qu’il soit fortement rémunéré, i.e. à vendre cher leurs services (cf. les médecins).
- Les achats pousseraient soit à tricher, soit au ritualisme, non à une saine innovation ? (cf. modèle de Robert Merton.)
- Je cite ailleurs Mancur Olson : un monde non réglementé tend à former des oligopoles contrôlant la production d’un bien commun (voitures ou coiffure affro).
Japon en panne de décision ?
Wikipedia a 10 ans
- Merton, Robert K., Social Theory and Social Structure, Free Press, 1968.
- Sur la physiologie des groupes : SCHEIN, Edgar H., Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.
