
Dans une étude récente, j’ai constaté que ce dont avait besoin une entreprise pour réaliser son potentiel était un « milieu » favorable. En France, elle ne le trouve pas. J’ai pensé que je parlais comme Maslow. Ce qui m’a donné envie de relire Motivation and personality.
L’oeuvre de Maslow demeure, malheureusement, originale. Car au lieu de vouloir guérir des malades, il cherche la recette de la santé. Avec un raisonnement simple, il explique que ce que l’on pense de la question est faux. Et que la société fait de nous des malades.
L’idée est la suivante. Lorsque l’on a faim, on ne peut plus penser à autre chose. Mais si l’on est bien nourri pendant son enfance, on n’accorde plus d’importance à la nourriture, même si l’on vient à en manquer. Il en est de même des autres besoins : la sécurité, l’amour, l’estime. Au fur et à mesure que chacun est satisfait, il disparaît et laisse la place au suivant. Jusqu’à épuisement, auquel point l’homme réalise son potentiel, unique. Naturellement créatif, il croît et embellit. Il est un individu totalement libre. Pour autant, il ne s’extrait pas de la société, mais en devient le meilleur des membres : elle alimente sa créativité.
Cela s’oppose frontalement à une croyance solidement implantée selon laquelle l’âme, la raison, est le bien, et le corps, l’instinct, le mal qu’il faut combattre. En fait, ils vont main dans la main. « La vie saine fait l’homme sain« . « Les personnes qui ont vécu en sécurité et ont été rendues fortes dans leurs premières années tendent à se sentir en sécurité et fortes ensuite quoi qui les menace. »
« L’organisme nous dit ce dont il a besoin () en nous rendant malades, quand il en est privé, et en se développant lorsqu’il est satisfait. » L’instinct est bon. Mais, chez l’homme, il est faible, et facilement étouffé par la société.
Maslow cite beaucoup Bergson, dont il semble très proche. En quelque sorte « quand on a un marteau, on voit partout des clous ». Nous ne percevons plus du monde que ce que nous pouvons en tirer, grâce aux outils mentaux dont nous équipe la société. L’homme en bonne santé, lui, voit la réalité des choses et des êtres. Le plus malade d’entre-nous est le scientifique. Non seulement sa vision est déformée par les outils dont il dispose, mais il croit que le monde est fait « d’atomes » disjoints, de causes et d’effets, alors qu’il est un tout. Si le scientifique était un être sain, notre science serait autrement plus créative et ne menacerait pas l’avenir de l’humanité.
Extrêmement inquiétant ?
