De la liberté

MILL, John Stuart, On Liberty and Other Essays, Oxford University Press, 2006. (La suite parle du premier essai.)

John Stuart Mill. Quelqu’un qu’il serait bien d’avoir lu, parce que souvent cité. Mais j’en avais un préjugé défavorable, fondé sur je ne sais trop quoi : ennuyeux personnage gavé des préjugés de son époque. J’ai acheté On liberty, par hasard (à cause d’une promotion d’Amazon, ce qui en dit long sur ma rationalité). Je ne m’attendais pas à y trouver ce que j’y ai trouvé. Voici ce que j’en retiens :

  • Le sujet de l’essai ? La question des Lumières : le libéralisme. C’est-à-dire comment faire que l’homme soit « libre ». Comment le garantir de l’oppression des autres hommes. Plus exactement, concernant Mill, « La nature et les limites du pouvoir qui peut être légitimement exercé par la société sur l’individu ».
  • La richesse des nations, c’est savoir faire éclore des hommes au caractère énergique. D’ailleurs l’homme n’a rien de plus important que cela : acquérir un « caractère », devenir maître de sa destinée et de ses idées. C’est de l’affrontement des idées de ces hommes libres que sort la vérité (ou ce qui s’en rapproche le plus). Le débat doit être permanent. Le meilleur des principes, s’il n’est pas contesté violemment, ne peut être compris, assimilé. Il ne vaut pas mieux qu’un préjugé. C’est pourquoi l’erreur est énormément bénéfique et qu’aucune opinion ne doit être censurée. C’est aussi pour cela que la tolérance est redoutable : plus de débat, plus de vérité.
  • Chacun doit s’occuper de ce qu’il sait le mieux faire. L’individu de ce qui le concerne, la communauté de ses affaires de communauté (qu’elle règle entre membres de la communauté)… Ce n’est d’ailleurs pas tant une question d’efficacité que d’apprentissage : ainsi chacun apprend à jouer le rôle le plus large possible. Bénéfice : l’Etat peut défaillir sans que le fonctionnement de la société en soit sérieusement affecté : ces unités autonomes prendront le relai.
  • Mieux : de la multitude des expériences des individus vaquant à leurs propres affaires naîtront des multitudes d’idées nouvelles.
  • Quand l’Etat se croit porteur du bien commun, il nous rend irresponsables. Il étouffe notre créativité. Pire, sa bureaucratie ne suit bientôt plus que ses propres intérêts.
  • Au contraire, l’État doit se contenter de maintenir chacun dans ses obligations (notamment ne pas nuire à autrui), en quelque sorte entretenir le mécanisme collectif sans tenter d’imposer un comportement à ses membres. Il ne doit pas être tuteur mais aide : il doit favoriser l’épanouissement de l’individu, le choc des idées, l’expérimentation, la diffusion des connaissances résultantes.
Quelques idées apparentées :

Le Prince de Machiavel

MACHIAVEL, Le Prince, J’ai Lu, 2004, en quelques observations :

  • Léo Strauss et Pierre Manent font de Machiavel une sorte de premier des modernes. Notre précurseur. Mais est-ce lui qui est « moderne » ou les conditions dans lesquelles il vit ? Le tissu social italien s’est désintégré. Reste des états qui se battent pour leur survie, sans aucune loi partagée. Si le souverain ne peut être vertueux, c’est parce qu’il est entouré de « scélérats ». « L’intérêt de sa conservation l’oblige à agir contre l’humanité, la charité et la religion ».
  • Mais toute solidarité n’a pas disparu. Peuple et souverain semblent encore pouvoir s’aider sans trop compter. Dans son étude sur l’armée, Machiavel montre que seule une armée populaire est efficace. Il faut se méfier des mercenaires et des puissances alliées (qui ne cherchent qu’à tirer parti de leur partenaire). Son conseil au souverain ? Sauf rares exceptions, être bon avec son peuple.
  • Les philosophes anglais qui l’ont suivi l’ont dépassé en machiavélisme. Pour eux l’homme est seul et maximise son intérêt. Finis les amis. Principe fondateur de la théorie économique et des sciences du management. Mais suivre son intérêt à court terme est-il bon pour l’homme ? En dehors de l’économie, les sciences modernes (Théorie de la complexité) ne le croient pas. Une société de mercenaires, sur le modèle de l’entreprise anglo-saxonne, n’est pas durable. C’est l’explication de la crise que connaît le capitalisme moderne. Des simulations informatiques disent que la stratégie individuelle qui semble la plus efficace est le « tit for tat » ou « dent pour dent ». Pour reprendre les expressions de Machiavel : il faut être vertueux avec le vertueux et scélérat avec le scélérat. Résultat à long terme ? Disparition quasi complète des comportements égoïstes, parasites, scélérats. Il semble donc que ce qui est bon pour le capitalisme soit aussi bon pour l’homme. Le Web 2.0 montre un début d’exploitation des mécanismes de coopération. Premier résultat : sans lui Barak Obama – David n’aurait probablement pas terrassé Hilary Clinton – Goliath (Clinton, Obama, changement).
Références :

  • Pour Léo Strauss et la pensée anglaise : Droit naturel et histoire
  • MANENT, Pierre : Histoire intellectuelle du libéralisme, Hachette Littérature, 1997.
  • Sur le principe d’égoïsme et d’irresponsabilité qui sous-tend la gestion des entreprises modernes, comme explication des scandales qui dévastent périodiquement l’économie américaine : GHOSHAL, Sumantra, Bad Management Theories Are Destroying Good Management Practices, Academy of Management Learning and Education, 2005, Volume 4, n°1.
  • Sur l’inefficacité des principes d’organisation de l’entreprise traditionnelle : GM et Lean manufacturing
  • AXELROD, Robert, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1985.