La relation du Français au travail est mystérieuse. La réforme des retraites mécontente, les aspirations des nouvelles générations déboussolent… Une intéressante opinion sur la question :
« Donc, s’il faut travailler plus qu’avant et que le travail ne permet plus de changer de standard de vie, ça affecte évidemment notre rapport au travail, et ça crée trois types de réactions.
La première est basique : résister au « travailler plus », soit en partant plus tôt à la retraite, soit en en faisant le moins possible (« quiet quitting »).
La deuxième se répand comme une traînée de poudre et se sent clairement dans les entretiens d’embauche : relativiser le travail, en privilégiant sa vie personnelle, en choisissant son employeur d’abord pour sa capacité à faciliter la vie quotidienne (garde d’enfants, proximité du lieu de travail, possibilité de télétravailler,…).
La troisième, enfin, est à la fois contradictoire et complémentaire avec les deux autres : investir le travail d’un sens existentiel, comme la contribution au bien commun ou la lutte contre le réchauffement climatique. »
Il me semble qu’il manque au moins une catégorie à ce panorama. Le col roulé. La classe de ceux qui profitent de la globalisation. Elle est puissante, et des jeunes aspirent encore à lui appartenir, si j’en juge par mon expérience immédiate.
Je constatais l’autre jour qu’à caractéristiques plus ou moins équivalentes, le salaire proposé à un cadre supérieur jeune était de l’ordre de 2,5 fois ce qu’il était il y a 20 ans. L’inflation du salaire des grands patrons est bien connue. Celle de leurs proches beaucoup moins. Elle est considérable. Parallèlement a cru le chômage, et les salaires des autres classes ont stagné (régressé ?). Les établissements « d’élite » qui servaient d’ascenseur social se trouvent dans les lieux de résidence des col roulés. « L’élite » se reproduit.
Elite ? Mon père me faisant écouter les réparties de Pompidou ou d’Edgar Faure (qu’il n’aimait pourtant pas). Qui admirerait les discours de M.Macron ? (Son livre ressemble à une dissertation d’élève de 4ème, avec, même, l’histoire de ses vacances.) L’élite n’est plus admirable.
Transformation « systémique » ? De la construction d’après guerre, en équipe, à l’exploitation, de l’homme par l’homme ?
Et maintenant ?
(PS. Tout ceci a fait l’objet de multiples enquêtes aux USA, depuis bien longtemps. La France n’est pas exceptionnelle. La situation était explosive aux USA, avant l’arrivée de M.Biden. Elle l’est aussi chez nous. Certes nous avons un système de transfert de richesses qui évite bien des débordements, mais nous n’avons pas trouvé notre Biden, et nous avons fait plusieurs révolutions pour ne pas nous trouver dans notre situation actuelle.)