J'aurais voulu être un artiste

J’aurais voulu être un artiste, disait M.Sarkozy, interrogé par France Culture. (A voix nue.) Starmania ? Pas de sens du ridicule ? 

Mais n’est-il pas un artiste ? Et n’est-ce pas le cas de nos grands fauves de la politique ? Un discours n’est-il pas un numéro d’artiste ? Un one man show ? N’est-ce pas comme cela depuis les Grecs, leurs sophistes et leur rhétorique, et Cicéron et le forum romain ? N’est-ce pas ce qui a fait la force de M.Trump ou de M.Clinton, ou même de M.Macron, dont on dit qu’il fut un acteur amateur passionné ? 

L'emploi sous la présidence Macron

Croissance de l’emploi, sous le gouvernement Macron. (Xerfi.)

Certes cela peut s’expliquer par la croissance, mais l’auteur cherche un « loup ». Il n’en trouve pas. Les CDD sont plutôt en recul, l’emploi public aussi. Bref, augmentation de l’emploi « saine », sans recours usuel à des expédients. 

Mais, tout de même, il y a généralisation de la précarité, les CDI ne sont plus ce qu’ils étaient, et du déclassement, on travaille au dessous de ses diplômes.  

Contrairement à ce qui est dit, et s’il y avait bien un tour de passe-passe : M.Macron a transformé le CDI en CDD ? 

(C’est exactement l’objectif des « lois Macron ».) 

Banane à retardement ?

« De 1972 à 1993, la chlordécone, un insecticide hautement toxique, a été épandu sur de nombreuses terres agricoles de la Martinique et de la Guadeloupe. Ce pesticide très persistant dans l’environnement est à l’origine d’un scandale environnemental et sanitaire et fait l’objet depuis 2006 d’une bataille judiciaire à l’issue incertaine. » (Emission de France Culture

Il est surprenant que l’on s’étonne que l’on puisse croire à la théorie du complot. Dans ce dossier, il n’y a que des questions. Pourquoi ce pesticide a-t-il été utilisé alors que des études avaient montré sa dangerosité ? Pourquoi le président Macron a-t-il reconnu, dans une envolée lyrique dont il est coutumier, la responsabilité de la France, sans qu’il n’en résulte rien, apparemment ? Et que fait-on des terres concernées ? 

Si je comprends bien, la réponse est : rien. La quasi totalité de la Gouadeloupe et de la Martinique est contaminée par une molécule qui ne se décompose pas, ou difficilement. Alors, on y fait pousser des plantes qui semblent peu l’absorber. Bref, la question est compliquée, or, pour le moment, rien de grave ne s’est produit ? Et je continue à manger des bananes des Antilles. 

La bonne façon de réformer ?

Enquête sur le programme Territoires d’industrie. Son but est de favoriser la réindustrialisation du pays, en partant du terreau industriel local. 

Au lieu d’imposer d’en haut, comme il le fait d’ordinaire, le gouvernement laisse l’initiative à ce que le programme appelle un « binôme élu, industriel » de volontaires. 

Voilà qui change, effectivement, du jacobinisme :

  • L’Etat fait un diagnostic rigoureux et honnête. 
  • Il identifie un potentiel, et le moyen de l’exploiter. 
  • Il n’intervient pas directement, mais met à la disposition de volontaires, dont il a décrit les caractéristiques, la « boîte à outils » dont son analyse montre le besoin (y compris concernant ses propres services, dont il décrit les défauts avec objectivité), ainsi qu’un plan directeur pour guider un projet.
Et quand il y a volonté locale, ça marche, et pour relativement pas cher. 
Problème ? La volonté. Ce type de démarche repose sur l’initiative. Comment réformer le pays, dans son ensemble, dans ces conditions ? 
Par le « nudge ». Le gouvernement semble jouer sur des réflexes conditionnés (tout cela s’inscrit dans des « contrats » avec l’Etat, c’est associé à des subventions…). Et ensuite, l’émulation : l’élu va au secours de la victoire. Il suffit de quelques réussites pour que tout le monde suive. 

La France changerait-elle ?

On n’en parle pas beaucoup, mais le gouvernement semble avoir adopté une méthode de changement révolutionnaire, eu égard à la tradition du jacobinisme français. Il signe des contrats de relance avec les « territoires », en donnant les moyens de les mettre en oeuvre à ceux qui en manquaient (ingénierie de projet). Et cela semble marcher, les collectivités locales y mettent, effectivement, du leur. Souci « d’équité territoriale » écrit-on. (Article.)

Lorsque je lis ce qui se dit sur sa réforme de l’enseignement, je me demande si le souci du gouvernement n’est pas cette fameuse « équité ». Essaierait-il de réparer les dérives du passé ? 

Si c’est le cas, pourquoi ne le dit-il pas ? Fameux phénomène dont parle Michel Crozier : en France, on a le droit de bien faire, mais seulement à condition de ne pas le dire ?… 

Le gouvernement et le complot

Une étude de l’université de Cambridge constate que ce sont les malades qui propagent le coronavirus à l’hôpital, et pas les soignants. 

Cela m’a fait penser que le gouvernement était peut-être à l’origine d’une théorie du complot. En faisant un grand ramdam autour de la vaccination des hospitaliers, il pourrait avoir fait courir des bruits trompeurs. (D’un autre côté, on découvre que l’hôpital est dangereux parce qu’on y trouve des malades !)

Le discours politique, nouvelle victime du virus ?

Le temps de l'innocence ?

Je relis les oeuvres d’Emmanuel Macron. 

Ma première impression, il y a quatre ans, de l’introduction de Révolution était condescendante, je l’avoue. Dissertation d’un bon élève de quatrième qui raconte ses vacances (ce qui est plutôt un exercice de cours primaire). Il y a tout y compris le style endimanché. Aspect gentiment touchant aussi. Emmanuel Macron veut nous « réconcilier » (sous-titre). La France est belle. Lui-même a bénéficié de son ascenseur social. C’est grâce au dévouement de ses hussards noirs qu’il est ce qu’il est. Il a eu du mal. Il a connu l’échec. Mais, quand on veut on peut. C’est l’enseignement qu’il tire de sa longue vie. C’est pour cela qu’il est un combattant de la liberté d’initiative. 

Je n’aurais pas dû sourire. Cette introduction donne une inquiétante impression de ceux qui nous dominent :

  • C’est cela notre élite ? Imagine-t-on un Pompidou écrire un tel texte ? (Il est vrai que M.Giscard d’Estaing a peut-être fait pire…) 
  • Je suis beaucoup plus vieux que M.Macron, et déjà de mon temps l’enseignant dévoué à la cause commune, et surtout qualifié, n’était plus. Et encore j’ai eu la chance de vivre dans une banlieue communiste, pour laquelle l’enseignement signifiait encore quelque-chose. L’ascenseur social n’existe plus, sauf pour quelques privilégiés, qui n’en ont pas besoin. 
A tort ou à raison, je pense qu’Emmanuel Macron a des compétences rares, notamment celle de faire bonne figure à l’étranger, d’être increvable, d’aimer son pays, et, surtout, d’avoir la capacité à se remettre en cause. Mais, il part de loin. Avec de telles idées, il n’est pas étonnant que la dite élite puisse croire qu’il suffise de traverser la rue pour trouver du travail. 

Réconcilier la France

Réconcilier la France. C’est le sous-titre du livre d’Emmanuel Macron. S’en souvient-il encore ? 

Non seulement il n’a pas réussi, mais ses décisions jettent de l’huile sur le feu. 

France, cas désespéré ? Illusions de campagne ? Ou faut-il garder le cap, c’est en cherchant que l’on trouve ?

(Phénomène bien connu pour celui qui s’intéresse au changement : il a peut-être mis le doigt sur le problème du pays, mais l’idée initiale qu’il avait pour le résoudre n’était pas la bonne…)

L'art de convaincre

Le Financial Times s’interroge sur les meilleures tactiques pour amener une population à se faire vacciner

Les tactiques les plus évidentes : imposer (la France est citée en modèle, pour une fois !), et le pot de vin seraient contre productives. 

Que faire ? Segmenter et comprendre les raisons de résistance. L’article identifie deux segments de résistants : les jeunes, pour qui le calcul risque / bénéfice ne conduit pas à une décision évidente, et ceux qui se feraient vacciner, si c’était plus simple. 

Quant à la France, on y voit que ceux qui ne veulent pas se faire vacciner sont très minoritaires, et que le taux de vaccination est relativement élevé. Pourquoi notre président, alors, semble-t-il aussi furieux ? 

(On apprend aussi, dans une autre nouvelle, que les employeurs américains hésitent à rendre le vaccin obligatoire : quand on n’arrive pas à recruter, on évite de mécontenter l’employé…)

Y a-t-il deux France ?

L’autre jour, je lisais dans politico.eu « Il est plus facile pour une chancelière allemande de lancer des ballons d’essai que pour un président français, dont la parole devient vite loi. Ce niveau de pouvoir s’accompagne de la tâche désagréable d’avoir à faire face à une opposition non pas au parlement mais d’un mouvement protestataire – petit peut-être, mais plutôt radical, et donc bien couvert par les médias. »

Je n’avais pas l’impression qu’il était « bien couvert par les médias ». Ce qui me fait demander, s’il n’y a pas deux France, celle à laquelle j’appartiens, et celle qui manifeste, et qui est « couverte par les médias », que je n’écoute pas. 

Cela m’a rappelé une conversation avec un voisin qui me disait que les médias avaient appuyé la candidature de M.Macron, alors que je pensais le contraire. 

Cela pourrait aussi expliquer pourquoi des amis se font censurer par les médias sociaux : ils ont la mauvaise opinion, dans le mauvais camp. 

Enseignement ? Le gouvernement n’emprunte probablement pas les bons canaux de communication. Et il n’écoute probablement pas les bonnes personnes…