Crise et changement

Les dirigeants de PME ont fait des miracles pendant la crise, mais sont retombés dans la routine, me disait un consultant. Il était très déçu que les entreprises françaises n’aient pas profité des événements pour se moderniser radicalement. Le problème de leur sous-performance reste donc entier. 

Cela rappelle qu’il n’y a pas changement sans « anxiété de survie ». Et que la crise est probablement le moyen le plus efficace de la créer. 

C’est, probablement, un argument en faveur du vote Macron : s’ils reviennent au pouvoir, nos partis politiques traditionnels reprendront rapidement leurs mauvaises habitudes. 

Vivrons-nous un jour à l’âge de la raison ?

Vive la concurrence ?

M.Macron ne peut plus dormir tranquille. Du jour au lendemain, Mme Pécresse est devenue une formidable menace. (Comme quoi, un rien peut changer une personne !) 

S’il veut conserver son emploi, il va devoir sortir le grand jeu. L’électeur a retrouvé le pouvoir qu’il avait perdu depuis bien des décennies ! Vive la concurrence ?  

Vaccination obligatoire

Comment un Occident ultra-libéral peut-il imposer une vaccination obligatoire ? A l’époque où il y avait des manifestations en France, je me suis demandé s’il ne s’y trouvait pas une partie de l’électorat de M.Macron.

L’Allemagne est, d’ailleurs, extrêmement surprenante. Le vaccin semble y avoir tué la culture du consensus. Et la réaction est extraordinairement violente : il y aurait des appels au meurtre des « provax », disait la radio ! 

Voilà un des paradoxes qu’aime ce blog. Comment l’expliquer ? L’amour de la liberté individuelle du libéral ne s’applique peut-être qu’à lui. Selon la formule des nobles d’antan, ce qui compte est son « bon plaisir ». Il impose aux autres ce qui est bon pour lui. C’est sa définition de la liberté. Elle est logique. 

En fait, le principe du libéralisme est qu’il n’y ait pas de chef humain. C’est une forme d’anarchisme. Dans le cas du libéralisme économique, c’est le marché qui règle la société, sans intervention de l’homme. Par conséquent, le paradoxe n’est qu’apparent. On ne peut pas être à la fois libéral et chef d’un gouvernement. 

M.Macron, cet inconnu

L’UE veut faire passer une loi qui reconnaisse comme salariés les travailleurs employés par les plates-formes numériques. Rien de neuf. Or, la France, seule apparemment, s’y oppose. Pour, semble-t-il, des « raisons économiques ». (Potitico.fr de vendredi dernier.)

Qu’est-ce que cela révèle de notre président ? Y aurait-il des Français qui valent moins que d’autres ? Qu’ils ne viennent pas se plaindre, ils ont un emploi ?…

Ce type d’esprit se retrouve-t-il dans des réformes qui puissent laisser une marque durable sur le pays ? 

Blanc bonnet ?

Qui est Mme Pécresse ? Difficile de la distinguer du président. HEC, sortie seconde de l’ENA. Elle n’a pas  choisi l’inspection des finances, contrairement à lui. Quand elle est entrée en politique, elle avait été approchée par la gauche et la droite… 

Quant à ses convictions ? Elle a été ministre sans histoire pendant la présidence Sarkozy. Seule particularité : son opposition au mariage pour tous. 

Elle se voit « deux tiers Merkel, un tiers Thatcher ». Qu’entend-elle pas là, alors que l’Angleterre renie Mme Thatcher, et que Mme Merkel de la fin n’a probablement rien à voir avec ce qu’elle était au début de son mandat ? Peut-être veut-elle parler de leur caractère ? Mais, quand on a réellement de la trempe, a-t-on besoin de se comparer à quelqu’un ? Enfin une différence avec M.Macron ?

(Source : wikipedia.)

Inconnue Pécresse

Mme Pécresse, présidente de la République, disent les sondages. 

C’est l’effet Zemmour, dont parlait un précédent billet. M.Zemmour nuit à Mme Le Pen, ce qui permet à un candidat traditionnel d’être au second tour de la présidentielle.

Mais Mme Pécresse est un candidat peu évident. Elle et M.Macron sont quasiment du même bord, celui de l’élite privilégiée, aux valeurs « socialement avancées ». Par conséquent, la gauche et l’extrême droite devraient s’abstenir. Ce qui laisse peu de monde. 

Un écart entre eux se creusera peut-être dans les débats. Il serait intéressant, en tous cas, de faire une « étude de perception », pour savoir ce que chacun représente pour l’électorat. Peut-être serait-on surpris du résultat. 

Autre sujet dont on parle peu : l’élection des députés. C’est le point faible de M.Macron. Son parti n’existe pas. Etre élu, pour lui, n’est pas la fin de l’histoire. 

Rien ne va plus ? comme à la roulette ?

Cohabitation à la française

M.Macron a tous les pouvoirs, et, pourtant, il a un formidable contre-pouvoir : il n’est rien en termes de démocratie locale. Il n’a quasiment aucun maire, conseiller général ou régional, ou sénateur, dans son camp. Le peuple lui a imposé une cohabitation. 

Depuis de Gaulle, au moins, nos gouvernants fulminent. Ils pestent contre une cohabitation qui les empêche de gouverner. Alors ils font tout pour avoir tous les pouvoirs. Mais ça ne marche pas. Même au temps de De Gaulle, le peuple lui avait imposé un sénat opposé à ses vues ! Puis il y a eu la cohabitation gauche droite, puis droite gauche. De fort bonnes années, d’ailleurs. Mais, voilà que l’on a voulu y mettre un terme. Le mandat du président a maintenant la même durée que celui du député. Ce qui a produit une série de présidents omnipotents, dont la politique a suscité l’ire générale. Jusqu’à l’arrivée d’un M.Macron, Jupiter sans base. 

Ce qu’impose le peuple à son élite, ce sont les idées de Montesquieu. Il ne peut pas y avoir liberté sans division des pouvoirs. La démocratie est réalisée quand ces pouvoirs opposés s’entendent. 

(Définition de l’élite ? Des esprits qui se disent supérieurs, parce qu’ils ont lu Montesquieu, alors qu’ils ne l’ont pas compris ? Tandis que le peuple ne l’a pas lu, mais l’a compris ?)

Ciotti ou le Brexit ?

Mais qui est cet Eric Ciotti, qui sort de la primaire LR ? Décidément, je ne suis pas dans le coup. 

Le discours est apparemment RN. Quant à la fiche wikipedia de l’homme, elle présente un apparatchik, un science po, qui a passé toute sa vie dans le monde politique. (Mais, d’une certaine façon, c’est aussi le profil de M.Zemmour.)

Est-ce un bon choix pour LR ? En termes d’image, Mme Pécresse représente le type d’élite, de modèle de société et les valeurs, que rejette une partie grandissante de la population. Si M.Ciotti parvient en finale, la gauche pourrait s’abstenir, et la droite traditionnelle, les partisans de M.Zemmour et de Mme Le Pen, voter pour lui. Ce qui fait beaucoup de monde.

M. Ciotti ce serait notre Brexit ? Pas tant le choix de la raison, qui comprend que les enjeux majeurs ne sont pas nationaux, mais internationaux, que celui de l’accumulation des frustrations ?

Les causes du malheur français

Pourquoi le Français est-il malheureux ? se demandaient MM. Bourlange, Gauchet et Finkielkraut, chez France Culture, samedi dernier. 

Francois, éternels râleurs ? Ces trois personnes ne le pensaient pas. Pour elles, il y a quelque-chose d’existentiel dans ce malaise. Quant à M.Macron il a cru régler la question à coups d’économie. Il s’est sans doute trompé. 

M.Zemmour est un révélateur, disaient-ils. La France a subi une tentative de changement de culture (au sens anthropologique). Cela s’est fait sans discussion, non démocratiquement. Le Français est mis devant le fait accompli. Et il n’aime pas ce qu’est devenu la société. 

En particulier, l’immigration, sujet qu’exploite M.Zemmour. Elle n’est pas vue (par la gauche, selon eux) comme devant s’assimiler dans une culture commune, comme par le passé ; son rôle, au contraire, est de s’affirmer. France Arc en ciel, patchwork de cultures ?

Désunion nationale

Une étude récente parlait de « désunion nationale ». C’est le sentiment qu’ont, en très grande majorité, les Français. Il estiment que le débat est devenu impossible. L’air est irrespirable. 

L’étude que je mène avec les interpreneurs donne, pour l’entreprise, exactement le même résultat. La faiblesse, grave, de notre économie vient de ce que nos entreprises « ne chassent pas en meute ». A l’envers, c’est la force de l’Allemagne, qui n’est, quasiment, que collectif. La surperformance de ses entreprises en résulte naturellement. Le talent de ses patrons n’est qu’un facteur très secondaire. 

Nous n’avons pas trouvé d’autre nation dans notre cas. 

Et cela peut prendre des aspects subtils, et extraordinairement inquiétants. Notre déficit extérieur devenu endémique provient très probablement du fait que les grandes entreprises n’achètent pas français. En outre, contrairement à ce qui s’est passé ailleurs, elles n’ont pas emmené avec elles leur sous-traitance lorsqu’elles ont « délocalisé ». Idem pour l’innovation qui, pour décoller, a besoin de préférence nationale. 

Le phénomène n’est probablement pas nouveau. Michel Winock lui a consacré un livre. Il étudie les guerres civiles récentes qui ont ébranlé notre pays (qui semble, depuis toujours, être en guerre avec lui-même). Son explication ? Le catholicisme. Le Français est un fou d’absolu. 

Reste à trouver comment faire coopérer ces gens pour éviter à la nation de terminer sa dégringolade dans le sous-développement. Il se trouve que « réconcilier la France » était le sous-titre du livre de notre Président…