La crash stratégie d'Emmanuel Macron ?

Dans le film « Mars attacks« , on voit le gouvernement français, tout sourire, annoncer au monde qu’il a conclu « a negotiated settlement » avec les Martiens, avant que la France ne soit rayée de la carte. 

Trait culturel français ? M.Macron semble lui aussi penser qu’il peut régler seul la crise russe. Apparemment, M.Poutine se moque de lui. La France, combien de divisions ? (Au sens militaire du terme, sinon nous serions champions du monde.)

Ou « crash strategie » de M.Macron ? (La « crash stratégie » est l’obsession qui vous aveugle.) 

Je me souviens avoir vu un show de M.Blair. C’était un numéro d’acteur, sans notes. J’ai été frappé de retrouver quelque chose de l’acteur chez M.Macron. Cela explique peut-être pourquoi il ne peut s’empêcher de faire, à la France et au Monde, des discours interminables. Vocation ratée ? 

Sa biographie dit aussi qu’il a l’amour des anciens. Une émission de Ch.Okrent remarquait qu’il avait un grand respect pour le président italien. Il a cherché à devenir l’ami de M.Trump. Et, maintenant, il y a Vladimir ?

Faut-il s’en inquiéter ? Ou penser que le ridicule ne tue pas, et que la réputation, interplanétaire, du Français n’est plus à faire ?

(PS. Du fait de la particularité de la programmation de ce blog, ce billet a été écrit bien avant d’être publié, au moment où M.Macron avait appelé M.Poutine, qui s’était moqué de lui. Sa rencontre récente obéit à une autre logique : celle du co leader de l’UE. L’initiative de la France était judicieuse : affirmer la présence de l’Europe, se répartir les tâches avec le dirigeant allemand (par ailleurs apparemment très timoré), gagner du temps, en répondant au besoin de M.Poutine d’être traité comme une grande puissance, apprendre à le connaître… Reste le problème que pose ce billet, démontré en son temps par M.Sarkozy dans des circonstances similaires : la capacité de la France à se laisser abuser…)

Danger, sens unique

Le FT dénonçait, hier, les effets délétères de la pensée unique. Phénomène fréquent en phase de difficultés

Message destiné à l’entreprise. Mais n’est-ce pas le cas, actuellement, de notre pays. N’est-ce pas ce qui fait que l’on a l’impression d’une guerre de religion ? 

Mais comment faire autrement ? 

La pensée unique est contre-productive. Elle n’a rien de rassurant. Par définition, on ne peut pas la croire. Qu’a-t-on intérêt à cacher ? se demande-t-on. La malhonnêteté ou l’incompétence ?

Ce qui est rassurant, c’est de savoir ce qui se passe. Cela permet de comprendre ce que fait le pilote, et de s’assurer qu’il est honnête et compétent. 

(Ce que disait le FT : « How cronyism corrodes workplace relations and trust. When a group is under threat, the instinct can be to close ranks rather than act in the best interest of the organisation.« )

Le tournant technocratique ?

Qui est M.Macron ? se demande régulièrement ce blog. Une hypothèse pourrait être : un technocrate. 

M.Macron est sorti de la commission Attali. Cette commission était l’assemblage de ce qui se juge le plus intelligent en France et avait le projet, très français, de résoudre, entre gens de bonne compagnie, tous les problèmes du pays. Le technocrate, c’est cela. A chaque problème, il trouve une solution bien nette. Sa caractéristique est qu’elle demande de balayer, d’un revers de main, tout ce qui s’était fait depuis les origines. 

Réflexe qui n’est pas nouveau. Kant, déjà, pensait que c’était ce qui avait causé l’échec de la révolution française. 

Max Weber a très bien parlé de la technocratie. Sa caractéristique est d’être « rationnelle ». Cela signifie qu’elle a un objectif précis, et qu’elle est, en elle-même, le moyen de l’atteindre. Toutes les solutions du technocrates sont bureaucratiques, autrement dit étatiques. D’où contradiction, déjà présente chez Lénine : le technocrate impose la liberté par un Etat totalitaire, au sens propre du terme (puisqu’il est le bien, il n’y a plus de raison de penser). 

La grande Sécu, le vaccin, les retraites, une chambre des députés qui vote comme un seul godillot… M.Macron semble bien avoir la fibre technocratique. 

Si cette hypothèse est juste, que résulterait-il d’un M.Macron ayant des coudées franches ? Un vent de révolte ? 

Le style PDG

Les démocratie ont viré à l’autoritarisme, dit Pierre Rosanvallon. Elles sont dominées par leur « exécutif », qui n’exécute plus la volonté générale, mais lui impose sa volonté. De manière surprenante, la France a fait la mode, le général de Gaulle a vaincu.

Mais est-ce de Gaulle vraiment qui est à l’origine du changement, ou la démocratie est-elle contaminée par le modèle de la multinationale ? Après tout ce serait logique : après la faillite soviétique, la culture « capitaliste » a balayé le monde. 

Malheureusement, appliquer le modèle militaire de l’entreprise à une démocratie conduit à une contradiction. Un dirigeant, à la fois tout puissant mais qui, faute d’avoir le temps de penser, a un équivalent QI quasiment nul, voire négatif, prétend guider notre vie privée. 

Dans ce domaine, on pourrait s’inspirer du modèle allemand. Apparemment, en Allemagne, il y a un Yalta entre la vie professionnelle et la vie privée. L’entreprise a une mission bien définie, en gros d’apporter le confort matériel à tous, la condition nécessaire d’une vie privée réussie, pour cela ses membres acceptent d’avoir des rôles bien définis, afin d’atteindre cet objectif. Et cela pendant un temps limité. 

C’est donc la vie privée qui a la priorité, et celle-ci est totalement séparée de la vie professionnelle, qui est une sorte de mal nécessaire que l’on réduit au strict minimum. La vie privée est un espace de totale liberté.

Pour le reste, pour les problèmes qui ne font pas déjà l’objet d’un consensus, on recherche le consensus par la discussion. Quand ce n’est pas le cas, comme aujourd’hui en ce qui concerne la gestion de la crise sanitaire, le pays se révolte.  

(PS. En regardant la fiche wikipedia de Philippe de Gaulle à l’occasion de son centième anniversaire, j’ai lu que son père avait sérieusement envisagé que son fils lui succède à la tête du pays. Une certaine idée de la France ?)

Présidentielles : rien ne va plus ?

L’électorat est exceptionnellement volatil dit une étude de la Fondation Jean Jaurès. Peu de gens sont « entrés en campagne ». Ceux qui le sont changent facilement d’opinion. 

Paradoxalement, à gauche, faute de leader naturel, le pole d’attraction serait Emmanuel Macron. A droite, on joue tactique. On cherche à aller « au secours de la victoire », à appuyer le candidat qui a le plus de chances de gagner. 

Qu’en déduire ? Peut-être que c’est une dynamique favorable à Mme Pécresse. Mais l’étude l’appelle « géant au pied d’argile » : son électorat ne tient pas particulièrement à elle. Une fois de plus il ne s’agit pas d’un « vote pour », mais d’un « vote contre ». Toute cette volatilité laisse penser qu’il est possible que ce soit l’incident, par exemple une déclaration intempestive, qui décide de l’issue du scrutin. 

Le Big Bang de la grande Sécu

Apparemment le gouvernement aurait un projet de « grande sécu ». Plus de complémentaires, qui emploient 100.000 personnes, plus que la sécurité sociale. Et cela, parce que certains seraient mal assurés, et que le système serait coûteux. (Article.)

De manière surprenante, notre gouvernement libéral reprend le programme de M.Mélenchon. De ce fait, la France s’alignerait sur le NHS anglais, dont il est inutile de présenter le bilan. Mais pourquoi, simplement, ne pas chercher à améliorer sans tout casser ?

Comment interpréter cette nouvelle surprenante ? Réflexe technocratique, voire soviétique ? J’ai raison, je passe en force, sans discussion, puisque j’ai raison, et j’impose toujours plus d’Etat ? 

Aléas présidentiels

Je suis les présidentielles de très loin. Par hasard, je découvre que les sondages donnent trois candidats se disputant la seconde place du premier tour, et que M.Zemmour, l’un d’entre-eux, pourrait ne pas recevoir le nombre de parrainages nécessaire à sa participation à l’élection. 

Notre système électoral serait-il grandement déficient ? 

Et cela implique de curieux jeux : Mme Pécresse a intérêt à ce que M.Zemmour obtienne ses parrainages, si elle veut avoir une chance de dépasser Mme Le Pen. Mais, cela pourrait aussi permettre à M.Zemmour d’arriver au second tour. 

Si c’était le cas, cela promettrait un débat entre lui et notre président qui serait, probablement, un très désagréable moment à passer pour ce dernier. Voilà pourquoi tant de gens semblent vouloir voter Zemmour ?

Cambronne et le changement en France

La BBC se posait la question de la traduction « d’emmerder ». Elle demandait à un élu si l’Angleterre devait faire ce que disait M.Macron (« emmerder les antivax »). Réponse : pas besoin, notre culture n’est pas hostile au vaccin. Dans la même émission il était dit qu’un quart des joueurs de première division de football refusent de se faire vacciner… 

Différence de culture ? Le président français est au dessus des partis, le programme de M.Macron est de « réconcilier les Français », et, en même temps, nos présidents insultent l’électeur. Le mal de la France c’est le Français pensent-ils. 

Et c’est peut-être une bonne tactique électorale, car nous avons une histoire de guerre civile. Il suffit d’être du côté du plus fort pour diriger un pays qui, lui, est de plus en plus faible. En outre, les bons mots de nos présidents font instantanément le tour du monde et contribuent grandement à notre image. 

Quant à Madame Pécresse, le mot de Cambronne pourrait être son Waterloo. Elle serait parmi les trois candidats qui sont au coude à coude pour passer au second tour des présidentielles. Mais elle ne semble pas parvenir à faire l’union des siens. Si elle veut être présidente, elle doit faire passer le message, dans son camp, que ce qui compte n’est pas telle ou telle idée, mais d’être solidaires… On gagne d’abord, et on discute ensuite. 

Impossible n’est pas français ?

(C’est la pratique allemande. Mais c’est aussi ce qui a fait la victoire de la gauche en 81 : les communistes ont refusé de se disputer avec les socialistes.)

2022 : la démocratie ?

Quel est le rôle d’un gouvernement selon les Lumières ? Formuler la « volonté générale » et l’appliquer. Les travaux modernes sur le changement ne disent pas autre chose : le « leader » fait émerger ce que désire le groupe, et propose une façon de le réaliser, reposant sur la collaboration de chacun.

Le manifeste de M.Macron parle aussi de lumières. C’est lui qui nous les apporte. Il partage en cela une idée devenue dominante ces dernières décennies. Celle d’un « leader » bon pasteur qui conduit le troupeau bêlant. 

Cela explique peut-être pourquoi, systématiquement, l’électeur a cherché à imposer un contre-pouvoir au pasteur : pour qu’il soit obligé d’écouter le peuple. 

Les choses vont elles changer en 2022 ?

(Il y a bien une « volonté générale », en dépit du fait qu’un groupe peut contenir des millions d’individus : cela tient à ce que le groupe est une entité en tant que telle, dont l’intérêt est la condition nécessaire de l’intérêt particulier – la condition suffisante de cet intérêt particulier se nommant « justice ».)

Prospective présidentielle

Un anthropologue, Clifford Geertz, a étudié les paris sur les combats de coqs à Bali. Quand les coqs sont inégaux, on peut calculer avec précision des probabilités de victoire. Ce type de combat n’intéresse que le vulgum pecus. Là où l’on voit la véritable noblesse de l’individu, c’est lorsqu’il joue sa chemise dans un affrontement entre égaux. C’est le hasard qui fait la différence. 

Si la finale de notre élection présidentielle réunit Mme Pécresse et M.Macron, il se pourrait que l’on se retrouve dans cette situation, tant ils se ressemblent. 

Un résultat qui, jusque-là, marche à tous les coups, est que l’on réélit une équipe qui gagne. Si l’économie est florissante, le président est réélu. 

Sera-ce le cas en avril ? D’ailleurs, sera-ce l’économie qui fera le vote de l’opinion ? Ou sera-t-elle essorée par la lassitude ? M.Macron n’est guère sympathique, le peuple voudra-t-il le rappeler à l’ordre, comme il l’a fait pour ses prédécesseurs, en votant contre lui ? Ou, au contraire, apprécie-t-il son style de PDG jupitérien, bien adapté à une crise ? Il doit obtenir des résultats concrets, en urgence, alors que son opposante peut se contenter de promettre : gros handicap ?… 

Décidément, combat de coqs ?