Le tournant technocratique ?

Qui est M.Macron ? se demande régulièrement ce blog. Une hypothèse pourrait être : un technocrate. 

M.Macron est sorti de la commission Attali. Cette commission était l’assemblage de ce qui se juge le plus intelligent en France et avait le projet, très français, de résoudre, entre gens de bonne compagnie, tous les problèmes du pays. Le technocrate, c’est cela. A chaque problème, il trouve une solution bien nette. Sa caractéristique est qu’elle demande de balayer, d’un revers de main, tout ce qui s’était fait depuis les origines. 

Réflexe qui n’est pas nouveau. Kant, déjà, pensait que c’était ce qui avait causé l’échec de la révolution française. 

Max Weber a très bien parlé de la technocratie. Sa caractéristique est d’être « rationnelle ». Cela signifie qu’elle a un objectif précis, et qu’elle est, en elle-même, le moyen de l’atteindre. Toutes les solutions du technocrates sont bureaucratiques, autrement dit étatiques. D’où contradiction, déjà présente chez Lénine : le technocrate impose la liberté par un Etat totalitaire, au sens propre du terme (puisqu’il est le bien, il n’y a plus de raison de penser). 

La grande Sécu, le vaccin, les retraites, une chambre des députés qui vote comme un seul godillot… M.Macron semble bien avoir la fibre technocratique. 

Si cette hypothèse est juste, que résulterait-il d’un M.Macron ayant des coudées franches ? Un vent de révolte ? 

Le style PDG

Les démocratie ont viré à l’autoritarisme, dit Pierre Rosanvallon. Elles sont dominées par leur « exécutif », qui n’exécute plus la volonté générale, mais lui impose sa volonté. De manière surprenante, la France a fait la mode, le général de Gaulle a vaincu.

Mais est-ce de Gaulle vraiment qui est à l’origine du changement, ou la démocratie est-elle contaminée par le modèle de la multinationale ? Après tout ce serait logique : après la faillite soviétique, la culture « capitaliste » a balayé le monde. 

Malheureusement, appliquer le modèle militaire de l’entreprise à une démocratie conduit à une contradiction. Un dirigeant, à la fois tout puissant mais qui, faute d’avoir le temps de penser, a un équivalent QI quasiment nul, voire négatif, prétend guider notre vie privée. 

Dans ce domaine, on pourrait s’inspirer du modèle allemand. Apparemment, en Allemagne, il y a un Yalta entre la vie professionnelle et la vie privée. L’entreprise a une mission bien définie, en gros d’apporter le confort matériel à tous, la condition nécessaire d’une vie privée réussie, pour cela ses membres acceptent d’avoir des rôles bien définis, afin d’atteindre cet objectif. Et cela pendant un temps limité. 

C’est donc la vie privée qui a la priorité, et celle-ci est totalement séparée de la vie professionnelle, qui est une sorte de mal nécessaire que l’on réduit au strict minimum. La vie privée est un espace de totale liberté.

Pour le reste, pour les problèmes qui ne font pas déjà l’objet d’un consensus, on recherche le consensus par la discussion. Quand ce n’est pas le cas, comme aujourd’hui en ce qui concerne la gestion de la crise sanitaire, le pays se révolte.  

(PS. En regardant la fiche wikipedia de Philippe de Gaulle à l’occasion de son centième anniversaire, j’ai lu que son père avait sérieusement envisagé que son fils lui succède à la tête du pays. Une certaine idée de la France ?)

Présidentielles : rien ne va plus ?

L’électorat est exceptionnellement volatil dit une étude de la Fondation Jean Jaurès. Peu de gens sont « entrés en campagne ». Ceux qui le sont changent facilement d’opinion. 

Paradoxalement, à gauche, faute de leader naturel, le pole d’attraction serait Emmanuel Macron. A droite, on joue tactique. On cherche à aller « au secours de la victoire », à appuyer le candidat qui a le plus de chances de gagner. 

Qu’en déduire ? Peut-être que c’est une dynamique favorable à Mme Pécresse. Mais l’étude l’appelle « géant au pied d’argile » : son électorat ne tient pas particulièrement à elle. Une fois de plus il ne s’agit pas d’un « vote pour », mais d’un « vote contre ». Toute cette volatilité laisse penser qu’il est possible que ce soit l’incident, par exemple une déclaration intempestive, qui décide de l’issue du scrutin. 

Le Big Bang de la grande Sécu

Apparemment le gouvernement aurait un projet de « grande sécu ». Plus de complémentaires, qui emploient 100.000 personnes, plus que la sécurité sociale. Et cela, parce que certains seraient mal assurés, et que le système serait coûteux. (Article.)

De manière surprenante, notre gouvernement libéral reprend le programme de M.Mélenchon. De ce fait, la France s’alignerait sur le NHS anglais, dont il est inutile de présenter le bilan. Mais pourquoi, simplement, ne pas chercher à améliorer sans tout casser ?

Comment interpréter cette nouvelle surprenante ? Réflexe technocratique, voire soviétique ? J’ai raison, je passe en force, sans discussion, puisque j’ai raison, et j’impose toujours plus d’Etat ? 

Aléas présidentiels

Je suis les présidentielles de très loin. Par hasard, je découvre que les sondages donnent trois candidats se disputant la seconde place du premier tour, et que M.Zemmour, l’un d’entre-eux, pourrait ne pas recevoir le nombre de parrainages nécessaire à sa participation à l’élection. 

Notre système électoral serait-il grandement déficient ? 

Et cela implique de curieux jeux : Mme Pécresse a intérêt à ce que M.Zemmour obtienne ses parrainages, si elle veut avoir une chance de dépasser Mme Le Pen. Mais, cela pourrait aussi permettre à M.Zemmour d’arriver au second tour. 

Si c’était le cas, cela promettrait un débat entre lui et notre président qui serait, probablement, un très désagréable moment à passer pour ce dernier. Voilà pourquoi tant de gens semblent vouloir voter Zemmour ?

Cambronne et le changement en France

La BBC se posait la question de la traduction « d’emmerder ». Elle demandait à un élu si l’Angleterre devait faire ce que disait M.Macron (« emmerder les antivax »). Réponse : pas besoin, notre culture n’est pas hostile au vaccin. Dans la même émission il était dit qu’un quart des joueurs de première division de football refusent de se faire vacciner… 

Différence de culture ? Le président français est au dessus des partis, le programme de M.Macron est de « réconcilier les Français », et, en même temps, nos présidents insultent l’électeur. Le mal de la France c’est le Français pensent-ils. 

Et c’est peut-être une bonne tactique électorale, car nous avons une histoire de guerre civile. Il suffit d’être du côté du plus fort pour diriger un pays qui, lui, est de plus en plus faible. En outre, les bons mots de nos présidents font instantanément le tour du monde et contribuent grandement à notre image. 

Quant à Madame Pécresse, le mot de Cambronne pourrait être son Waterloo. Elle serait parmi les trois candidats qui sont au coude à coude pour passer au second tour des présidentielles. Mais elle ne semble pas parvenir à faire l’union des siens. Si elle veut être présidente, elle doit faire passer le message, dans son camp, que ce qui compte n’est pas telle ou telle idée, mais d’être solidaires… On gagne d’abord, et on discute ensuite. 

Impossible n’est pas français ?

(C’est la pratique allemande. Mais c’est aussi ce qui a fait la victoire de la gauche en 81 : les communistes ont refusé de se disputer avec les socialistes.)

2022 : la démocratie ?

Quel est le rôle d’un gouvernement selon les Lumières ? Formuler la « volonté générale » et l’appliquer. Les travaux modernes sur le changement ne disent pas autre chose : le « leader » fait émerger ce que désire le groupe, et propose une façon de le réaliser, reposant sur la collaboration de chacun.

Le manifeste de M.Macron parle aussi de lumières. C’est lui qui nous les apporte. Il partage en cela une idée devenue dominante ces dernières décennies. Celle d’un « leader » bon pasteur qui conduit le troupeau bêlant. 

Cela explique peut-être pourquoi, systématiquement, l’électeur a cherché à imposer un contre-pouvoir au pasteur : pour qu’il soit obligé d’écouter le peuple. 

Les choses vont elles changer en 2022 ?

(Il y a bien une « volonté générale », en dépit du fait qu’un groupe peut contenir des millions d’individus : cela tient à ce que le groupe est une entité en tant que telle, dont l’intérêt est la condition nécessaire de l’intérêt particulier – la condition suffisante de cet intérêt particulier se nommant « justice ».)

Prospective présidentielle

Un anthropologue, Clifford Geertz, a étudié les paris sur les combats de coqs à Bali. Quand les coqs sont inégaux, on peut calculer avec précision des probabilités de victoire. Ce type de combat n’intéresse que le vulgum pecus. Là où l’on voit la véritable noblesse de l’individu, c’est lorsqu’il joue sa chemise dans un affrontement entre égaux. C’est le hasard qui fait la différence. 

Si la finale de notre élection présidentielle réunit Mme Pécresse et M.Macron, il se pourrait que l’on se retrouve dans cette situation, tant ils se ressemblent. 

Un résultat qui, jusque-là, marche à tous les coups, est que l’on réélit une équipe qui gagne. Si l’économie est florissante, le président est réélu. 

Sera-ce le cas en avril ? D’ailleurs, sera-ce l’économie qui fera le vote de l’opinion ? Ou sera-t-elle essorée par la lassitude ? M.Macron n’est guère sympathique, le peuple voudra-t-il le rappeler à l’ordre, comme il l’a fait pour ses prédécesseurs, en votant contre lui ? Ou, au contraire, apprécie-t-il son style de PDG jupitérien, bien adapté à une crise ? Il doit obtenir des résultats concrets, en urgence, alors que son opposante peut se contenter de promettre : gros handicap ?… 

Décidément, combat de coqs ? 

Pas de liberté sans crise ?

Surprenant. M.Macron, qui s’était présenté comme celui qui allait faire entrer la France dans la modernité, globalisée, ultra libérale et numérique, est maintenant le défenseur de l’administration, face aux assauts de Mme Pécresse, qui semble avoir sorti des cartons les discours de campagne poussiéreux de la droite ! (Encore une qui a une guerre de retard ?)

Qui aurait dit, d’ailleurs, que la « solidarité » serait le mot d’ordre de toutes les nations développées. Qu’elle serait tellement efficace qu’elle aurait quasiment éradiqué le risque de faillite ? Que l’on aiderait les nécessiteux à résister à l’inflation ? M.Macron serait-il la cinquième colonne du communisme ? 

Il y a la théorie et la pratique. Dans la crise, l’individu devient pragmatique. Peut-être aussi ses convictions se révèlent-elles. Et voilà, qui sait ?, pourquoi la paix est le plus grand danger que nous courrions ? Il n’y a que le risque qui nous rende solidaires, et qui évite à l’homme d’avoir le temps d’être un loup pour l’homme ? 

Après les fêtes, le déluge ?

En Angleterre, la nouvelle variante du virus s’est répandue à une vitesse stupéfiante et produit des records de contaminés. Mauvaise nouvelle : contrairement aux premiers espoirs, des scientifiques britanniques estiment que, pour le moment, on ne peut pas prétendre qu’elle serait moins dangereuse que la précédente. Or, il se confirme que les vaccins sont moins efficace avec elle qu’avec delta, qui, lui-même, leur posait beaucoup de problèmes.  

Idéalement, il faudrait éviter de se réunir. Mais, ce serait mauvais pour le moral des troupes, et pour le commerce. Alors, la France a fermé les frontières avec l’Angleterre, et on fait comme si… 

Que va-t-il arriver en janvier ? Et quid de l’élection présidentielle ? J’étais surpris qu’on l’est fixée en avril, généralement époque infectieuse, mais là…