Angoisse existentielle

La campagne présidentielle n’a pas posé la question de « l’existence » de la France, disait une émission d’Alain Finkielkraut

On parle aussi « d’identité ». 

Mais cette question est-elle bien posée ? 

Qu’est-ce que l’on entend par « identité », au fait ? Des mots, des symboles. Il est bien ou pas de dire telle chose. L’émission constatait, par exemple, que M.Zemmour a sombré, mais que ses idées ont triomphé. 60% des Français seraient convaincus du « grand remplacement ». 

Est-ce là qu’est le problème ? N’est-ce pas plutôt une question d’intentions ? 

Mme Le Pen serait « la candidate des friches industrielles », selon l’émission. De quelle politique résultent ces friches ? 

L’Education nationale ne nous donne pas qu’une identité commune, elle nous place aussi dans la société, et, par la qualité de son apport, contribue de manière décisive à la « performance » du pays. De quelle politique résulte sa déroute – la cause du gros du malaise individuel et collectif ? 

Et si ces politiques s’expliquaient par une « certaine idée de la France », voire de l’être humain. D’un manque de générosité, par exemple ? Et si c’était de là qu’il fallait partir ?

Ennemi public

« Je n’ai jamais vu un président suscitant autant de haine« , dit un maire, à qui l’on demande pourquoi son village a voté pour Marine Le Pen. (Article.)

Normal ? non. Pas inhabituel, peut-être. Mais différent de « normal ». Car le principe de la démocratie est que le président de la République représente le peuple, non qu’on le considère comme un ennemi. Relisons les écrits des Lumières. 

La belles théories ont donné le contraire de ce qu’elles disaient. Peut-être serait-il utile de se pencher sur la question ?

Victoire par chaos ?

« La situation politique française ne manque pas de piquant : un président autrefois socialiste cherche une femme de gauche et écolo pour diriger un gouvernement chargé de mener des réformes sociales de droite, avec une activation XXL du RSA, un report à 64 voire 65 ans de l’âge de départ à la retraite et qui en même temps mène une « planification écologique » ambitieuse pour tenir les engagements climatiques pris par la France. Le tout en pleine troisième guerre mondiale et dans un pays où une étincelle suffirait à rallumer le feu social, et dont le ministre des finances, Bruno Le Maire, annonce que  pour l’économie française, « le plus dur est à venir ». » disait, samedi dernier, Philippe Mabille, de La Tribune.

Il continue en constatant que, compte-tenu de ce qu’il attend de lui, pour M.Macron, la logique serait de supprimer le premier ministre, pour le remplacer par son chef de cabinet. 

Quant à M.Mélenchon, on lit : « Le programme politique des Insoumis – anti capitaliste, anti-européen et anti-OTAN, défavorable à l’envoi d’armes aux Ukrainiens, VIe République, fiscalité confiscatoire pour les riches, créolisation, retraite à 60 ans, etc. » Il répondrait aux attentes de jeunes surdiplômés, plutôt pauvres, qui craignent la fin du monde, et pour qui être de gauche importe en raison de sa « résonance morale« .

Mme Le Pen aurait pris des vacances. Peut-être cherche-t-elle le vent porteur qu’elle peut exploiter ? 

Les textes sur le changement parlent de « dégel » des certitudes. Nous devons être en plein milieu du changement car, visiblement, rien ne va plus. 

Moment France Télécom ?

Au début des années 2000, l’équipe qui dirigeait France Télécom semble avoir été convaincue que son mal venait de ses personnels. Il fallait en réduire le nombre. 

L’idée était curieuse, puisque France Télécom venait d’hériter de 70md€ de dettes de son ancien dirigeant. La question des personnels n’aurait pas dû lui sauter à l’esprit. 

Surtout, c’était l’époque du GAFA. L’innovation créait des entreprises comme Apple, qui valent des milliers de milliards, 100 fois la capitalisation d’Orange ! (Cette capitalisation représente 40% de ses dettes d’hier…)

Et si c’était le mal actuel de la France ? Obsession des retraites, des dépenses publiques… Vouloir réduire des dettes, alors qu’il faudrait augmenter les revenus ? 

Libéralisme autoritaire

Avec M.Macron, les collectivités locales sont devenues totalement dépendantes de l’Etat. En effet, il leur a retiré leurs impôts sur les particuliers (taxe d’habitation) et sur les entreprises. Or, depuis longtemps, le souci de l’Etat est de leur couper les vivres. En effet, l’Etat les considère comme la cause des dettes du pays. Ce qui explique que les élus locaux craignent M.Macron, et que la province vote Le Pen ? Dangereux aveuglement, à un moment où M.Macron est passé aussi près d’un échec ?

M.Macron serait-il fils de Margaret Thatcher ? Pour comprendre ce qu’est le libéralisme, il faut en saisir le principe. Celui-ci est qu’il n’y a que des « individus ». « La société n’existe pas » a dit Margaret Thatcher. De ce fait la politique libérale fait sauter le lien social. C’est une forme d’anarchie. Seulement, dans un monde complexe, le résultat est l’envers de l’intention. Et c’est là que cela devient intéressant, au moins pour ce blog. 

Dans un premier temps, le libéral détruit tous les « corps intermédiaires », chambres de commerce, corps de l’Etat et autres. Normal. Plus surprenant est le sort de l’Education nationale, du système de santé, ou de la SNCF. Car la doctrine du libéral est le laisser faire. Si bien que toute l’infrastructure étatique a été prise en main par des « intérêts spéciaux », plus ou moins farfelus. Conséquence imprévue. 

A ce que cela ne tienne, répond le libéral. On va en faire des entreprises ! Car une autre caractéristique du libéralisme est qu’il est économique. C’est l’économie de marché qui est supposée réglementer l’individu. Seulement, l’entreprise vit de « coups », qui peuvent lui être fatals. C’est ainsi que France Télécom s’est trouvée criblée de 70m€ de dettes au début des années 2000. Or, qu’un service public puisse disparaître, c’est interdit. 

Mais M.Macron a changé, dira-t-on. N’a-t-il pas réinjecté de l’argent dans nos hôpitaux ? Dans ce mode de pensée, il n’y a que l’argent qui compte. On ne comprend pas qu’il faut « entrer dans le système » pour trouver ce qui va le rendre efficace. Moins il est efficace, plus on lui donne de l’argent. Les dettes de l’Etat expliquées ?

Encore plus intéressant est l’enseignement tiré de l’expérience de Mme Thatcher. On a constaté que son régime était « léniniste ». En effet, pour imposer en force ses réformes libérales, elle a dû construire un Etat autoritaire, rempli de fonctionnaires. Un Etat dysfonctionnel et coûteux qui croit que le mal vient de la société. 

Finalement, pourquoi la France est-elle incapable d’apprendre de Mme Thatcher ? Probablement parce que nous sommes dirigés par une caste qui vit entre soi, qui ne pense pas, et qui n’entend rien. C’est peut-être la cause des révolutions. Malheureusement, ce n’est pas ce dont nous avons besoin. 

(Biographie de Mme Thatcher et de ses fils : ici.)

M.Macron et l'Europe

L’élection de M.Macron a été un soulagement pour l’Europe. Mme Le Pen aurait été la fin de l’Union européenne, et la désagrégation du front occidental. Une victoire inespérée pour M.Poutine, dans une guerre que ses armées sont en train de perdre. Voilà ce que je comprends en lisant Politico.eu.

Le pouvoir allemand étant faible, la France est le leader naturel de l’Union. 

Pour la première fois en 5ème République, nous avons un président qui n’est pas considéré avec malaise par ses collègues étrangers. Mais M.Macron demeure très français. « Haughty » (hautain) et, surtout, on soupçonne qu’il considère que l’Europe, c’est la France. (Ce que l’on disait déjà des colonies françaises : ce n’était pas des colonies, mais la France.) Paradoxalement, alors que M.Macron est peu populaire chez nous, il fait une politique, en Europe, dont nous devrions être fiers ! 

Et il se heurte aux pays du nord, curieux mélange d’ultra libéralisme et d’ultra socialisme, et à la perfide Albion, qui joue habilement de la guerre ukrainienne pour acquérir l’amitié des pays de l’est. (Curieusement, Albion et la Russie utilisent le même type de tactique.)

L’optimisme de M.Macron a le grand avantage de lui éviter l’impuissance du cynique ?

Esprits animaux

Présidentielles. Le débat devient illisible. Chaque candidat joue sur l’émotion. 

Ce qui est jouer avec le feu. Par exemple, on lit que M.Macron veut gommer son image néolibérale, susceptible d’amener la gauche à voter Le Pen, en se disant ultra écologiste, alors que ce genre de thèses ulcère une grande partie du pays… Mais, quand on est pris par surprise, il n’y a peut-être rien d’autre à faire. Il n’y a plus de temps pour la raison.

Au fond, M.Macron illustre un des sujets de ce blog : l’optimisme au sens de M.Seligman. Il est stimulé par l’adversité. Il doit se rêver en Zelinsky. 

Si bien qu’il a tendance à nous mettre systématiquement en danger ?

Emmanuel Macron et sa crash stratégie

M.Macron se veut l’ami de M.Poutine et de M.Trump, alors qu’il est, exactement, ce qu’ils exècrent : un libéral. 

On dit que M.Macron « aime les vieux ». Explication crédible ?

Dans son programme de 2017, il disait vouloir réconcilier la France. Ce qu’il semble avoir voulu réconcilier, c’était son émerveillement pour le libéralisme, et les valeurs traditionnelles de la troisième république. 

Qu’est-ce qui tiendra le plus ? Sa volonté de réconciliation, ou sa certitude d’avoir raison ?

La crash stratégie d'Emmanuel Macron ?

M.Macron voudrait en découdre, si je comprends ce que je lis. 

Au fond, un moyen de lire son parcours est d’y voir quelque-chose de théâtral, de Gérard Philipe, dans le Cid. Une des particularités de M.Macron, en effet, est d’avoir saisi toutes les occasions de faire de grands discours ou des actions d’éclat, en particulier vis-à-vis de MM.Poutine et Trump. 

Ne serait-ce pas une forme de « crash stratégie » ? D’idée fixe dangereuse.