CNR

CNR (Conseil National de Refondation). Depuis ses débuts, M.Macron semble féru de démocratie participative. Seulement, ses tentatives se soldent par des échecs. 

L’analyse est bonne. Nous avons besoin, comme pendant la résistance, d’un CNR (Conseil National de la Résistance). Plus exactement nous avons besoin d’un projet commun, et il doit faire consensus. 

Seulement, la façon dont le gouvernement s’y prend prouve qu’il ne lit pas ce blog. Car le CNR est son sujet principal. Et ce bien avant sa création. 

Le CNR est un exemple « d’ordinateur social ». Depuis la nuit des temps, quand un groupe humain veut faire des changements, il réunit des « personnes clés » pour sa mise en oeuvre et leur demande comment s’y prendre. 

Ces personnes clés sont de trois types : des « meneurs », qui ont la capacité d’entraîner leurs semblables ; des « trésors vivants », qui ont compris les ressorts du problème ; des « pouvoirs de nuisance », qui peuvent bloquer le changement. 

Pour qu’elles mènent leur travail à bien, il leur faut une méthode, et un dispositif d’animation. 

Le CNR de M.Macron manque de la plupart de ces ingrédients. En particulier les « personnes clés » qu’il a réunies appartiennent à la catégorie « pouvoir de nuisance ». Or, et surtout, un tel dispositif ne peut réussir sans une impulsion. D’où peut-elle venir ? Pas de M.Macron, qui est juge et partie, et dont on se méfie. (A suivre, demain même heure.)

ONG France ?

Qui est M.Macron ? Une question que se pose régulièrement ce blog. 

Dernière hypothèse : French tech. M.Macron appartiendrait-il à ce courant qui pense que le passé est obsolète, et qu’un monde nouveau s’ouvre à nous, par génération spontanée ? (Un précédent billet.) 

Comme Platon, il est sorti de la caverne où nous sommes enchaînés, et il a vu la lumière ? C’était chez Rothschild. Mais, âme désintéressée, il est revenu nous révéler la bonne nouvelle. M.Macron, comme M.Obama, activiste d’ONG ? 

Pacte social

« Pacte social ». Une expression qui revient dans les livres et rapports consacrés au redressement du pays. La réforme doit commencer par là. 

Et si c’était, justement, ce qui coince dans la politique de notre gouvernement ? Il divise ? Et, du coup, l’électeur divise le pouvoir pour que le gouvernement ne puisse régner ?

Comment construit-on un « pacte social » ? « Acceptabilité ». Pour certaines parties de la population, et pour des raisons qu’il ne sert à rien de chercher, certaines mesures sont « inacceptables ». L’augmentation de l’âge de la retraite, ou transférer l’indemnisation du chômage à la fiscalité sont probablement deux mesures inacceptables. 

Oui, mais dira le gouvernement, si je ne prends pas ces mesures, le pays va couler… 

Faux. Ces mesures ne sont que des moyens parmi d’autres pour atteindre une fin, qu’il convient de définir. Si nous avons mis à notre tête une « élite » intellectuelle, il se trouve que c’est, justement, pour qu’elle ne s’arrête pas aux solutions de facilité. 

Mal penser, agir juste

Il n’y a pas que M.Macron qui n’aime pas les Français. Mme Truss n’aime pas les Anglais, et Mme Clinton, les Américains. 

Tous ces gens nous jugent sur notre attitude, nos paroles… Et en concluent que nous sommes irrécupérables. 

J’écoutais Geneviève de Gaulle (rediffusion d’A voix nue de 1995, France Culture) parler de la résistance. Qui aurait pu prévoir qui résisterait, ou collaborerait, avant guerre ? 

(D’ailleurs les « bien pensants » (cf. la SFIO) ont quasiment tous été collabo !)

Il n’y a aucune corrélation entre nos paroles et notre potentiel. En revanche, la façon dont nous utilisons ce potentiel est, essentiellement, une question d’environnement. Mme de Gaulle a donné l’exemple des camps de concentration : la solidarité entre déportés a permis à chacun de tenir, et à elle de survivre ; si l’un avait cédé, il aurait entraîné les autres avec lui. 

France : qu'est-ce qui cloche ?

Qu’est-ce qui cloche entre Monsieur Macron et la nation ? Eternelle question de ce blog. 

L’hypothèse de Tocqueville, et de l’Ancien régime :

  • Notre élite passe des études à l’Olympe gouvernementale. Comme celle d’Ancien régime, elle ne connaît pas la réalité. Elle ne vit que d’abstractions simplistes. 
  • Elle est convaincue d’être une élite, donc de nous apporter des idées que nous n’avons pas. Mais où les trouver ? Dans les modes qui parcourent la planète, et qui l’émerveillent. (Mais la stratégie, ce n’est pas imiter les autres !)

Application ? L’élite actuelle semble croire que :

  • Le salut de la nation viendra, comme ailleurs, de la « start up » (désormais « industrielle »), et d’un type d’entrepreneur, jeune, dynamique, qui parle bien, et qui lui ressemble. 
  • Le Français qui n’a pas compris cela est obsolète. Ce jugement s’applique non seulement à la masse des citoyens, mais aussi à celle des entrepreneurs. 
Explication du malaise actuel ? 
  • L’élite doit son pouvoir à l’électeur : vouloir l’éliminer, pour cause d’obsolescence, est suicidaire ! 
  • Elle dit défendre l’économie et les entrepreneurs, or les nôtres ne sont pas à son goût ! 
  • Elle n’a pas calculé les conséquences de ses idées : dans le meilleur des cas, la France, impécunieuse, n’a pas les moyens de financer le développement d’un monde de start up. Et de, très, très, loin.
Que faire, alors ?
  • « C’est le fonds qui manque le moins » : nos entreprises traditionnelles recèlent des richesses immenses, et qui, elles, coûtent peu à révéler. (Elles ont accumulé un savoir-faire considérable, alors que le startupper n’a dans la tête que le vent de ses études.)
  • La leçon allemande ou suisse est que c’est le « milieu » qui révèle ces richesses, et transforme l’entrepreneur : la communauté locale, et son système de financement propre, prend en main l’entrepreneur et l’amène à donner son meilleur. 
  • Or, comme le dit N.Dufourcq, en France les réformes gouvernementales ont dissous ces écosystèmes locaux… 
Serait-ce par là qu’il faut prendre le changement ?
(Tocqueville : “le gouvernement était déjà passé du rôle de souverain au rôle de tuteur” “tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps” “dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel”.)

The best job in the world

The best job in the world, a dit Boris Johnson, en démissionnant de son poste de premier ministre. 

Nos dirigeants n’ont pas un moment à eux, mais ils sont ivres de bonheur. Dans ces conditions peut-on leur demander de penser ? Ils vivent dans l’instant. 

Chez nous, depuis les années 70, leur préoccupation semble le pays, comme s’il vivait en autarcie. M.Macron est peut être un changement. Lui paraît, au contraire, vouloir s’échapper du pays. Peut-être a-t-il la conviction qu’il sait tout à son sujet, et qu’il ne s’agit plus, maintenant, que d’appliquer un plan parfaitement conçu ? 

Que faudrait-il espérer ? Comme chez Hegel, une troisième phase du changement : un gouvernement qui n’ignore ni le monde, ni le pays ? 

A quoi se joue un changement ?

Je soupçonne qu’il y a quelque-chose qui ne va pas dans la façon dont M.Macron « conduit le changement »…

Comme souvent c’est ce que ce programme a d’intelligent qui le rend dangereux. En effet, puisqu’il est intelligent, ce programme, pourquoi me remettrais-je en cause ? Si le Français n’est pas content, c’est qu’il n’a rien compris !

Tout ce qu’il fait est justifié, seulement la façon dont il le fait est inacceptable pour le citoyen. Et ce, en grande partie, parce que son programme consiste à renverser 50 ans de réformes erronées, en accusant ses électeurs des erreurs de leur élite.  

Ce qui donne à la France un comportement suicidaire… 

Démocratie et autoritarisme

La démocratie, c’est l’individualisme, et l’égoïsme individuel n’a jamais autant de force et de tentation de s’exercer, au détriment de l’intérêt général, que lorsque la démocratie est en danger. C’est, probablement, la leçon que nous donne actuellement l’Italie. 

De l’intérêt de l’autocratie. Avec elle, pas question de manifester un désaccord. 

Mais, aussi, de l’intérêt de la démocratie ! Pour qu’elle fonctionne, il doit y avoir consensus. Et alors, quelle force, un peuple dont chaque citoyen va, de lui-même, avec enthousiasme, dans le sens de l’intérêt général ! Aucune autocratie ne peut résister. 

En démocratie, ce qui est premier, n’est pas l’idée juste, du « premier de cordée », mais l’union. 

Paresseux Français

On n’arrive pas à recruter, dit l’entreprise. Notre gouvernement répond : je vais durcir les conditions du chômage !

Au même moment, la BBC dit : la « tech » ne parvient pas à trouver de personnel, la formation doit mettre les bouchées doubles ! 

Il est tentant de voir ici un biais culturel. Alors que tout le monde affirme que la « grande démission » mondiale est liée à une perte de sens, alors que, en outre, on constate que l’Education nationale n’a pas su mettre sur pieds une « formation professionnelle » digne de ce nom, notre gouvernement semble intimement convaincu que le Français est un paresseux. 

Avec de tels a priori, il peut au moins avoir une certitude : ses tourments ne sont pas prêts de s’achever ?

Change in France

Les travaux sur les changements sociaux disent qu’ils ressemblent aux changements de phase en physique (par exemple passage de l’eau liquide à la glace) : pour qu’ils se réalisent il faut un événement déclencheur. 

Aujourd’hui, en France, il y a une « masse critique » de succès et de moyens, mais pas de réaction en chaîne. Comment la déclencher ? 

Le problème semble se concentrer au niveau des collectivités locales, et du comportement, schizophrénique, du gouvernement. Les élus locaux appellent à l’aide. La France des territoires est mécontente. Le gouvernement dit « nous faisons une politique industrielle » qui doit reconstituer les forces du pays, qui sont ses écosystèmes productifs. Or, il conserve une ligne qui consiste à mettre sous tutelle les collectivités, et, en outre, continue à les affaiblir. D’où encore plus de mécontentement populaire. Le gouvernement s’entête. 

Où cela nous conduit-il ?

Le gouvernement (en particulier, mais c’est probablement vrai pour tout le monde) doit comprendre que les choses ont changé du tout au tout et que le plan qu’il a conçu il y a dix ans n’est plus d’actualité. Il doit surtout revoir sa façon de concevoir sa mission. Il n’est pas un Führer omniscient emmenant un troupeau de moutons. Ce n’est pas un visionnaire : ce qu’il croit être une idée originale est une mode de marketing (France 2030). 

Le changement est parti. Le pays se transforme. Il faut encourager ce mouvement, repérer ce qui est prometteur, et le rationaliser pour l’accélérer. L’Etat ne peut plus être tuteur, il ne peut être stratège, il doit être « jardinier » ? (Et c’est à nous de le lui faire comprendre ?)