Année présidentielle

Je prends conscience de ce que j’ai oublié notre président dans mon bilan annuel.

Cela tient à ce que j’ai fini par le prendre pour un cas désespéré. J’ai eu tort : j’ai cru qu’il était capable d’apprendre de ses erreurs, alors qu’il n’écoute rien. Sa stratégie internationale se défend, certes. En outre, conséquence de son passage chez Rothschild ? il est probablement le premier président français qui ait adopté les codes comportementaux internationaux. En conséquence de quoi il n’est pas pris pour un clown embarrassant par ses collègues. Mais, il n’a apparemment que mépris pour la population, qu’il juge certainement « deplorable », selon le mot de Mme Clinton.

Mais voilà que Le Monde écrivait (avant hier) : « Les neuvièmes vœux d’Emmanuel Macron, le début d’une course contre la montre pour réhabiliter son bilan« .

Que faut-il en attendre ? Au tie-break du dernier set, notre président va-t-il nous sortir un ace ? Ou, quelque décision géniale qui nous fera regretter la dissolution ? Dans un domaine où il a encore un pouvoir – en politique étrangère ? Ou en France ?… Toujours est-il que, pour parler comme Edgar Schein, son « anxiété de survie » est élevée, une condition nécessaire au changement.

Touraine et Macron

Faut-il lire Alain Touraine pour connaître Emmanuel Macron ?

Alain Touraine est présenté comme un « père de la sociologie française ». En fait, il a pratiqué une sorte d’anthropologie, en travaillant dans les mines et chez Renault. Son exemple montre pourquoi les physiciens insistent tant pour faire des expériences, contrairement aux économistes ou aux philosophes : la réalité qu’il a trouvée n’était pas la doxa des intellectuels.

Quant à Emmanuel Macron, Alain Touraine en fait un disciple de Michel Rocard. Ce dernier étant lui-même dans la lignée de Mendès-France, Delors et… Jaurès ! Leur combat, éternellement perdu, « le progrès ».

Qu’entend-il par là ? Je soupçonne qu’il s’agit des grands mouvements qui agitent le monde, et dont la France reste en retrait. Jadis ce fut « l’industrie », maintenant, du moins au moment de son interview, ce serait la femme et le multiculturalisme. J’imagine que, lorsqu’il parle d’industrie, il entend par là ses bons côtés, pas ses mauvais : le progrès à visage humain, autrement dit.

Quant à moi, je me demande si Emmanuel Macron n’a pas été abusé par une illusion. Un progrès qui n’est que bulle spéculative et marketing, soft power américaine. Et si le vrai progrès n’est pas ailleurs. Non dans une sorte de degré zéro de la créativité (superintelligence, conquête des étoiles ou autre élimination de la mort), mais, tout bêtement, dans la résolution des problèmes qui sont sous notre nez. Effectivement, c’est une question de « durabilité », mais pas à la manière dont en parle le marketing spéculatif.

A noter que la France n’a pas toujours été en dehors du progrès. Elle fut le progrès lors de la Révolution et du premier empire. Elle a été « dans le coup » après guerre. Comme le rappelle René Rémond, de Gaulle était un amoureux du progrès, et d’un progrès à visage humain.

Marche arrière

Exemple d’énantiodromie ?

E.Macron a appelé son mouvement « la république en marche ». Or, non seulement la république semble arrêtée, mais elle paraît être revenue avant guerre, à l’heure de la 3ème République, alors même que le général de Gaulle pensait nous avoir définitivement guéri de ce mal.

On obtient le contraire de ce que l’on veut, lorsque l’on a cru pouvoir imposer sa volonté à la nature. C’est le mal de l’aveuglement.

Nihilisme

Le combat d’Albert Camus et d’Hannah Arendt fut celui du nihilisme. On a oublié, aujourd’hui, ce que cela signifiait.

Le billet précédent, sur l’absurde, le rappelle. Certains, généralement des intellectuels, veulent réaliser une utopie, par la révolution. En fait, ils ne comprennent rien aux beautés de l’existence, de la société, ils les trouvent « absurdes ». Il faut les remplacer par un idéal abstrait. Il en résulte le totalitarisme, la destruction de l’individu. Le nihilisme est le crime contre l’humanité (au sens de ce qui fait de l’homme un homme).

Quand on y réfléchit bien, c’est un mal extrêmement répandu. Il affecte le Socrate de Platon, qui veut tout sacrifier au « bien » qu’il a en tête. C’est aussi l’histoire du « Consensus de Washington », qui a voulu imposer au monde un modèle utopique de capitalisme. Et M.Macron, avec sa « start-up nation » et ses « premiers de cordée », est peut-être bien un nihiliste. C’est un mal qui nous guette tous.

L’antidote, selon Camus, c’est la « révolte ». Il s’agit de constater ce qui ne va pas dans la société, certes, mais surtout de chercher à l’améliorer, non de la détruire. Et cela demande un préliminaire : « l’aimer ». « Je me révolte, donc nous sommes », dit Camus. Mieux : « Aime et fais ce que tu veux », de Saint Augustin ?

Recul

Peut-on prendre du recul, par rapport à la situation de la France, et se hasarder à se demander la cause de notre mal ? Sachant que j’ai toujours tort, mon opinion doit être entendue avec méfiance…

En tous cas, voici mes hypothèses du moment.

  • Le mal viendrait de la politique de M.Macron. Il aurait accéléré celle de ses prédécesseurs. Elle consisterait à dépenser sans compter pour construire une France « à la mode », des « start-up » et des « premiers de cordée » vivant dans des « métropoles ». La France traditionnelle est saignée à blanc. Et ce pour financer les projets de M.Macron, mais aussi parce qu’elle doit disparaître.
  • Cette politique, comme celle de Lénine et pour les mêmes raisons, s’accompagnerait d’une hypercentralisation.
  • Conséquence : un trou sans fond, et des services publics de plus en plus inefficaces, car conçus pour servir cette politique, et non l’intérêt général.

Inverser ce cercle vicieux consisterait à comprendre :

  • Que l’avenir n’est pas dans le new space ou l’intelligence artificielle, châteaux en Espagne, mais dans la réinvention de ce qui fait notre vie (transport, construction, consommation d’énergie, loisirs, nourriture, etc.)
  • Que le service public doit servir le public.
  • Et peut être qu’il faut en revenir aux fondamentaux de notre République : les droits de l’homme et la raison. Car, en dernière analyse, c’est cela que nie la politique de M.Macron.

Le changement doit se faire « par en bas ». Le changement économique doit être tiré par l’initiative collective de l’entreprise locale, qui entraîne l’élu local, qui oriente l’action de l’Etat.

De même pour le service public. C’est aux unités locales, qui connaissent la réalité de la vie du citoyen, d’orienter l’action de leur hiérarchie, puis celle de l’Etat, de la « République », au sens de « bien commun », et non de dictature.

Quel est le rôle du gouvernement, dans ces conditions ? Ce que Kurt Lewin nommait le « changement planifié », condition nécessaire de la démocratie, selon lui. Le gouvernement doit synthétiser ce que disent les « hommes de terrain », qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur, et en tirer une ligne directrice, qui sera, ensuite, appliquée par les dits hommes de terrain, coordonnés par le sommet.

Différences irréconciliables

Pourquoi le parti socialiste veut-il faire tomber le gouvernement ? La lettre de mon député, dont je parlais précédemment, permet de faire quelques hypothèses.

Il pourrait y avoir un affrontement concernant la « valeur travail » et « le premier de cordée ».

Le gouvernement aurait tenté d’attaquer les acquis de la gauche : la réduction massive du temps de travail, le travail étant un mal. La gauche contre-attaquerait en s’en prenant au pilier de l’idéologie macronienne : c’est le riche qui crée la richesse, plus il est riche mieux c’est. Dent pour dent.

Tant que la droite et la gauche profiteront de la crise pour se porter des coups bas, le chaos est inévitable ?

Forces du changement

John K. Galbraith disait que les théories économiques justifiaient les intérêts de classes sociales. Cela se serait-il à nouveau vérifié ? Les économistes ont produit une théorie, sans aucun fondement, selon laquelle l’industrie n’avait pas d’avenir. (Précédent billet.)

L’histoire récente semble faite par deux forces : la domination du diplôme, devenant celle de la parole, créant une « élite » auto-reproduite, et la soft power américaine, à l’oeuvre depuis la guerre, à laquelle les premiers ont souscrit avec enthousiasme. Cette classe semble avoir voulu créer un monde à son image. Un monde de jet set, d’idées, de GAFA et de valeurs « socialement avancées ». Et il semble l’exacte antithèse de celui de De Gaulle ou de la 3ème république. D’ailleurs, elle paraît avoir une haine épidémique pour leur France.

Et Emmanuel Macron fut son prophète, comme il l’explique dans son livre-manifeste ?

Panier percé

L’écart du rendement entre la dette italienne et la dette française est en train de fondre à grande vitesse et pourrait même être insignifiant dans les prochains mois. Un changement de régime majeur alors que le gouvernement français semble incapable d’enrayer les déficits publics.

La Tribune d’hier.

L’impression que j’ai est surtout que ce que ne sait pas enrayer notre gouvernement, c’est sa propension à dépenser. Si notre gouvernement était une personne, il serait sous tutelle ?

Massacre

J’ai découvert qu’un des outils du changement thatchérien fut les Quangos, des institutions qui avaient pour but de disloquer la résistance des forces passéistes par leur détermination farouche à faire réussir un objectif unique.

Je soupçonne que ces Quangos sont à l’origine de nos « agences ». Car les techniques thatchériennes se sont diffusées partout en Europe, à notre insu.

Or, j’ai entendu dire que le gouvernement anglais met en cause ces Quangos, dont il constate l’échec.

Je m’attendais à ce que nous fassions la même chose. Il semblerait que j’aie vu juste. Mais je ne pensais pas avoir si rapidement raison. On me disait que notre président s’en prendrait désormais à ces agences. (Mon interlocuteur craignait qu’il ne fasse pas de détail. Or, dans le lot, il en existerait qui travaillent bien, comme l’ADEME.)

Est-ce rassurant de savoir que nous sommes gouvernés par des modes ?

Chaos

Au hasard des entrefilets, j’ai appris que notre président envisageait de dissoudre l’assemblée.

Plus on est de fous, plus on ri, MM.Trump, Poutine, Macron… ?

Auraient-ils besoin d’être, en permanence, le centre de notre intérêt ? Tant qu’ils seront au pouvoir, le calme sera impossible, il signifierait leur oubli ?

(M.Macron aurait-il mal lu les sondages ? Ne devrait-il pas comprendre qu’ils lui disent que le Français ne l’apprécie que lorsqu’il laisse la France tranquille ?)