L’étranger

L’étranger, de Camus, ou la recette du bonheur ? Serait-il moins absurde qu’on ne le croirait ? Il dit ce qu’il pense, et ce que, au fond, tout le monde pense mais n’ose pas exprimer. Face à la mort, il n’a rien à se reprocher et à regretter. Il a vécu une bonne vie. Son crime est peut-être d’avoir révélé à la société son hypocrisie ? (Quant à l’assassinat, il tient à un moment d’égarement provoqué par la chaleur.)

Emmanuel Roblès lit les dernières pages du roman de Camus.

Philippe Jaenada

Je n’en avais jamais entendu parler. J’ai découvert que Philippe Jaedanada vendait beaucoup de livres et avait reçu plusieurs prix.

Il m’a fait penser à « rain man », qui comptait les gouttes de pluie. Il a eu sa semaine où il se nourrissait de café au lait, celle durant laquelle il ne se couchait pas, il en a passé une autre à ramper dans son appartement, une année il s’est enfermé chez lui, une période, il envoyait quarante lettres par jours. Il s’est mis à écrire des livres parlant de sa vie, puis à faire des enquêtes. Toujours de la même façon : en absorbant toutes les archives sur le sujet, puis en restituant ce qu’il a lu. Ce qui lui demande des années. Chaque jour, il se rend dans le même bar et boit du whisky, ce qui semble le carburant nécessaire à son l’élan vital. Il a tout de même une famille, avec laquelle il vit en bonne intelligence.

C’est le minitel rose et la presse sentimentale qui ont fait ses débuts. Etre marginal peut avoir du bon, à condition de ne pas rester dans sa chambre. Vive le whisky ?

A voix nue.

Degré zéro

Je suis inculte. Je ne savais pas ce qu’était le « degré zéro de l’écriture ». Contrairement à ce que l’on entend, c’est le bon niveau d’écriture, celui qui ne subit aucune influence, qui est authentique. (Emission.)

Je me suis demandé si l’augmentation de température de l’écriture n’était pas un phénomène récent. Dû à l’invention de l’intellectuel. A la fois l’intellectuel se regarde écrire, et il est extrêmement sensible à l’influence de la société.

Jadis, il y avait des tendances sociales et des modes, mais, me semble-t-il, l’auteur faisait preuve d’honnêteté.

Henri Bosco

Henri Bosco fut un auteur fameux après guerre. Il a disparu de notre mémoire collective. Le sort des célébrités ?

Ou la fin d’un temps ? Le révélateur d’un bouleversement extraordinaire mais ignoré ? Jusqu’à lui et son oeuvre, la véritable religion de l’homme était l’animisme. Vivre à proximité de la nature fait qu’on lui prête une âme inquiétante et fascinante. Elle est habitée d’esprits. Notre monde, citadin et matérialiste, est devenu terne, aseptisé, désenchanté.

France culture.

Pétrarque

Je me suis toujours demandé pourquoi Pétrarque, un Italien, était venu escalader le Mont Ventoux, en France. Eh bien, c’était un courtisan qui avait suivi le Pape à Avignon.

Pourquoi en fait-on un tel cas, alors que personne ne le lit ? Parce qu’il aurait la réputation d’avoir inventé la poésie moderne. Toujours est-il qu’il connut la gloire et la fortune de son vivant. Il n’y a pas que des artistes maudits !

Concordance des temps.

Von Kleist

Je dois à Eric Rhomer d’avoir entendu parler de Heinrich von Kleist. Il a tiré un film de La marquise d’O, de l’oeuvre de ce dernier.

Les histoires de von Kleist semblent ressembler à sa vie : un innocent défend, quoi qu’il en coûte, une certaine idée de la justice.

(Les nuits de France culture : Anthologie étrangère – Heinrich Von Kleist (1ère diffusion : 24/01/1962 Chaîne Nationale).)

Pinocchio

Je n’ai jamais lu l’histoire de Pinocchio. En en écoutant des extraits, j’ai pensé qu’elle n’était pas faite pour les enfants. Pinocchio est bête et il ne lui arrive que des malheurs. Il n’y a qu’un adulte qui puisse prendre plaisir à une telle aventure.

Peut-être est-ce aussi l’histoire de son auteur ? Etudiant-prêtre défroqué, il a vécu misérablement, écrivant pour payer ses dettes de jeu. Pinocchio fut l’oeuvre de la fin de sa vie. Son succès n’est venu que bien des décennies après.

Alberto Moravia

J’ai un souvenir lointain d’avoir lu des oeuvres d’Alberto Moravia. Je ne m’imaginais pas qu’il avait été un des géants de la littérature italienne. C’est ce que m’a fait découvrir une ancienne émission de radio.

En revanche, je n’ai pas compris en quoi il était un génie. Il s’est perdu dans la traduction ?

Comme dans mes souvenirs, son oeuvre semble être vaguement érotique. Peut-être le lecteur de l’époque y retrouvait-il ses aspirations ? C’était le temps de Brigitte Bardot. Juste avant 68 et sa libération. Après guerre : années érotiques ?