La redécouverte de l’intérêt de l’industrie, cette année, a amené celle du président Giscard d’Estaing.
Je me souvenais que l’on disait qu’il avait été élu de relativement peu, grâce à l’apport de voix du micro parti de Jean-Jacques Servan-Schreiber. Ses premières années au pouvoir avaient été plutôt heureuses. Puis il s’est mis à susciter une haine sans précédent dans des milieux modérés. On disait qu’il se croyait descendant de Louis XV. Et qu’il rendait mal à l’aise Elisabeth II. (Ce que confirmait récemment une émission de la BBC.) Et il était l’objet d’histoires amusantes dans lesquelles il se qualifiait « d’homme le plus intelligent du monde ».
Il fut « libéral ». De manière surprenante, compte-tenu de son affection pour Louis XV, et de son aspect coincé, j’ai lu qu’il se croyait le Kennedy français. A l’image de son modèle, il comptait décrisper le pays. Mais, dans sa hâte de se débarrasser de l’héritage gaulliste, a-t-il sous-estimé les crises qui arrivaient ? Il aurait mis fin à la politique industrielle du pays, parce qu’il n’en voyait que le coût.
Et que dire de ses réformes scolaires, fatales au pilier du modèle républicain ?
Tout aussi curieusement, lui et ceux qui l’ont suivi, auraient appris de 68, qu’en France, il fallait arroser l’émeute de fonds publics. D’où le paradoxe d’une politique libérale et « redistributive ». Un cocktail que l’euro, qui interdit les dévaluations, a rendu mortel.
Ce qui conduit à pas mal de questions inattendues. Contrairement aux apparences, n’aurait-il pas été l’annonciateur de ce que nous observons aujourd’hui ? Notamment, la question devenue dominante de « l’élite », n’en est-il pas le précurseur ? Et, ne fut-il pas une bien plus grande menace pour les valeurs traditionnelles du pays que François Mitterrand, qui, pourtant, était pire que l’Antéchrist pour les conservateurs ? (Alors, qu’au fond, il voulait être de Gaulle à la place de de Gaulle ?)
Tout cela est mystérieux et mériterait une étude. Mais montre surtout que rien n’est jamais vraiment ce qu’il semble.