Naufrage

Un sous-marin disparaît, on mobilise ciel et terre pour le retrouver. Ailleurs, il y a des naufrages et des guerres, et ça n’émeut personne.

Peut-être y a-t-il des accidents qui frappent les esprits, et d’autres pas ? Empathie ? On peut s’imaginer facilement dans un sous-marin bloqué au fond des mers ?

(Si l’on en croit wikipedia, ce fut aussi le naufrage du libéralisme. Le fondateur de la société de tourisme sous-marin était une sorte de caricature de l’entrepreneuriat américain, un Elon Musk des mers. Il avait identifié une défaillance du marché : on croyait la plongée sous-marine excessivement dangereuse, et les normes de sécurité gênaient l’innovation.)

La solitude tue

Aux USA, on constate que la solitude est aussi dangereuse que la cigarette. (Vidéo.)

(US surgeon general Vivek Murthy told the BBC that America faces an ‘epidemic of loneliness’ that is as treacherous to physical health as smoking 15 cigarettes a day. He says lack of social connection should be treated as gravely as obesity or tobacco usage.)

Maladie du libéralisme ?

Ce qui a, surtout, attiré mon attention est que l’on dit que la caractéristique du dirigeant français est la solitude. Patron : profession à risque pour la santé ?

Hollywood en grève

Les scénaristes d’Hollywood sont en grève. Alors qu’ils sont la cheville ouvrière d’une société de milliardaires, ils ne parviennent pas à joindre les deux bouts.

Toute l’Amérique ? Une incapacité « quasi génétique » au partage ? Une culture qui produit naturellement la « lutte des classes » et la violence ? Le contre-coup du « libéralisme » ? La justice n’est pas compatible avec le laissez-faire ?

(Et encore une profession qui craint chatGPT.)

Mauvaise graine

« Quant à croire que la concurrence assurera par la voie naturelle la sélection des meilleurs c’est faire (…) comme un jardinier qui dans son jardin laisserait pousser tout, pensant que les bonnes espèces sauront bien prendre le dessus. Qu’arriverait-il ? il aurait son jardin rempli de ronces et de chiendent. » dit Charles Gide, au Collège de France.

J’ai repensé récemment à cette phrase. Le gouvernement se lamente : pourquoi nos entreprises sont-elles si en retard ? Pourquoi ne se numérisent-elle pas ? Pourquoi ne se quatre point zéro isent-elles pas ?…

J’ai l’impression qu’elles ont bien entendu le message, seulement, leurs tentatives sont des échecs. Car il n’y a quasiment aucun prestataire de service fiable.

Le durable laisser-faire gouvernemental aurait-il laissé le champ libre aux mauvaises herbes ? Le bon gouvernant est un jardinier ?

Liberté

De la liberté selon Hegel… Discussion de In our time, de BBC 4.

Liberté. Question d’actualité. Ne vivons-nous pas au temps du « libéralisme » ? Le libéral dit : la liberté, c’est ne pas avoir de contraintes. Il se trouve qu’un autre interviewé de la BBC expliquait que le Brexit avait été un bonheur pour la City, et qu’il y avait encore beaucoup trop de réglementation.

Cela paraît tomber sous le sens. Jusqu’à ce que l’on examine ce qui empêche sa liberté. Eh bien, c’est celle de l’autre. Les « droits de l’homme ». La liberté du libéral, c’est avoir des droits, mais pas de devoirs.

Le devoir n’est qu’une contrainte pour l’esprit limité ? L’humanité a voulu se protéger de la mort infantile, des épidémies, du froid, de la faim, des accidents de la route… Tout cela a créé des contraintes. Et, surtout, elle a des désirs. Un enfant qui ne peut pas faire les études dont est digne son intellect, pour la seule raison qu’il n’habite pas le 6ème arrondissement de Paris, est-il véritablement libre ? Et que peut-on faire, seul ? Le chef d’orchestre est il libre, sans musiciens ? Et un informaticien, sans ordinateur ? Et Einstein est-il libre d’exprimer son génie, sans maçon et cuisinier ?

Mais que signifie « libre » ? Comme pour la « justice », on est tous certains que c’est évident, mais il n’y a aucun accord sur sa signification ? Apparemment, Hegel pensait qu’elle évoluait avec le temps et les circonstances…

Réforme de l’Etat

L’Etat « post libéral » est dans une situation dramatique. Comment le remettre en marche ? Comment, aussi, éviter que ce ne soit par une simple réparation, qui consolide les avantages acquis ? Un Etat à la « Mad Max » ?

Problème insoluble ? Car, ne risque-t-on pas d’être victime de « l’idéalisme » qui a produit ce désastre ?

Depuis quelques-temps, j’observe la question de l’entreprise « à mission ».

Au début, le sujet m’a déplu. En effet, c’est une réinvention de l’eau froide. Tout cours de stratégie parle de la mission de l’entreprise. Et vous dit comment l’identifier. Seulement, c’est bien de le dire, encore faut-il le faire. Et, cette fois, il y a peut-être un espoir que l’exercice soit bien fait.

Tout commence par une interrogation sur sa responsabilité et ce qu’attendent de l’organisation ses « parties prenantes », qui peuvent être la nature, ou les générations futures. Si l’exercice est réussi, on « dilue » les lobbys qui ont pris le pouvoir sur l’appareil, et l’ont orienté dans le sens de leur intérêt mal compris. Cela produit une sorte de « nuit du 4 aout ». Tout l’art, ensuite, est de transformer ces tables de la loi en actions qui les respectent. Si on a la rigueur intellectuelle nécessaire, on découvre alors que le génie résulte de la contrainte.

Et si l’on faisait de l’Education nationale, de la SNCF, du secteur de la santé… des « entreprises à mission » ?

Irrésistible tentation libérale

Keynes était un pousse au crime. Pensez-donc, inciter les politiques à dépenser l’argent public ! Voilà ce que disait un prix Nobel d’économie cité quelque-part dans ce blog.

Je me demande s’il n’en a pas été de même du libéralisme. Car le libéralisme affirme que tout irait mieux s’il n’y avait plus de contrainte. Plus besoin de créer, il faut démonter ! Quel soulagement pour l’intelligence. Et, en plus, démonter est une question de « courage », nous dit-on. Le bon M.Schröder fut courageux.

Aristote remarquerait probablement que le politique doit trouver le juste milieu entre le keynésianisme et le libéralisme. Et que cela s’appelle la « vertu ». Question, cher élu : qu’est-ce que cela peut-il bien signifier ?

Post libéralisme

Que reste-t-il de la France après 50 ans de « libéralisme » ?

Le terme, lui-même, n’a pas de définition claire. On se le jette à la figure sans savoir ce qu’il signifie. Pour ma part, je pense qu’il faut le ramener à son origine, révolutionnaire : l’homme libre, non contraint par un autre homme. Cette idée débouche sur ce que les philosophes allemands ont appelé « la société d’individus ». Ou sur « la société n’existe pas » de Mme Thatcher.

Si le libéralisme tend à être économique, c’est que, avec certains philosophes des Lumières, on tend à croire, sans l’avoir jamais vérifié, que le marché peut s’organiser sans intervention humaine, et, contrairement à l’emprise de la nature, créer le meilleur des mondes.

Cette théorie a été une prédiction autoréalisatrice. Les systèmes « jacobins » d’aide à l’entreprise ont disparu. D’où la fameuse « solitude » du dirigeant.

Si l’anarchiste a compris que tant que la libération de l’individu se fera par une « main visible », l’homme ne pourra pas être libre, ce n’est pas le cas de l’Etat et du politique. Constatant l’évidence du besoin d’aide de l’entreprise, ils veulent la lui apporter. Mais ils le font conformément à leur nature, clientéliste. L’aide ne profite donc pas à ceux qui en ont besoin, et à l’intérêt général de la nation.

L’expérimentation libérale a eu deux intérêts :

  • Elle a montré que, partout ailleurs, il existait des dispositifs d’aide locale, quasi organique, à l’entreprise, et que, sans celle-ci, on ne peut espérer avoir une économie efficace.
  • Elle a montré que le modèle jacobin n’était pas sans qualité. Il avait l’intérêt de l’exhaustivité et de la neutralité. Il était beaucoup plus efficace que le système « politique » actuel.

La question qui se pose maintenant est : quelle création après la destruction ?

Libéralisme

L’autre jour, j’ai rencontré un élu, qui confondait mon association avec une chambre de commerce. Car, il y a besoin de chambres de commerce. Les entreprises qui sont un peu loin des métropoles sont laissées à elles-mêmes.

Or, un peu d’aide peut faire beaucoup de bien. J’ai rencontré un consultant qui aide les TPE à se familiariser avec le numérique. Il faut très peu de temps pour faire marcher ce qui n’allait pas. Une heure, généralement. C’est aussi ce que constate mon association : les difficultés de l’entreprise tiennent à très peu de choses. Elle sont du ressort du conseil entre pairs. Seulement, pas prises à temps, elles peuvent être fatales.

Ne faut-il pas voir ici une conséquence, toute bête, du « libéralisme » ? Que les entreprises s’occupent des entreprises nous a-t-on dit. On a donc liquidé la main visible de l’Etat : les corps intermédiaires.

Le paradoxe est qu’on n’a jamais eu autant d’administration, et autant d’aide administrative à l’entreprise. Seulement elle est totalement désorganisée, et inefficace.

Président Giscard d’Estaing

La redécouverte de l’intérêt de l’industrie, cette année, a amené celle du président Giscard d’Estaing.

Je me souvenais que l’on disait qu’il avait été élu de relativement peu, grâce à l’apport de voix du micro parti de Jean-Jacques Servan-Schreiber. Ses premières années au pouvoir avaient été plutôt heureuses. Puis il s’est mis à susciter une haine sans précédent dans des milieux modérés. On disait qu’il se croyait descendant de Louis XV. Et qu’il rendait mal à l’aise Elisabeth II. (Ce que confirmait récemment une émission de la BBC.) Et il était l’objet d’histoires amusantes dans lesquelles il se qualifiait « d’homme le plus intelligent du monde ».

Il fut « libéral ». De manière surprenante, compte-tenu de son affection pour Louis XV, et de son aspect coincé, j’ai lu qu’il se croyait le Kennedy français. A l’image de son modèle, il comptait décrisper le pays. Mais, dans sa hâte de se débarrasser de l’héritage gaulliste, a-t-il sous-estimé les crises qui arrivaient ? Il aurait mis fin à la politique industrielle du pays, parce qu’il n’en voyait que le coût.

Et que dire de ses réformes scolaires, fatales au pilier du modèle républicain ?

Tout aussi curieusement, lui et ceux qui l’ont suivi, auraient appris de 68, qu’en France, il fallait arroser l’émeute de fonds publics. D’où le paradoxe d’une politique libérale et « redistributive ». Un cocktail que l’euro, qui interdit les dévaluations, a rendu mortel.

Ce qui conduit à pas mal de questions inattendues. Contrairement aux apparences, n’aurait-il pas été l’annonciateur de ce que nous observons aujourd’hui ? Notamment, la question devenue dominante de « l’élite », n’en est-il pas le précurseur ? Et, ne fut-il pas une bien plus grande menace pour les valeurs traditionnelles du pays que François Mitterrand, qui, pourtant, était pire que l’Antéchrist pour les conservateurs ? (Alors, qu’au fond, il voulait être de Gaulle à la place de de Gaulle ?)

Tout cela est mystérieux et mériterait une étude. Mais montre surtout que rien n’est jamais vraiment ce qu’il semble.