Au secours Winston ?

How will the UK government pay for much-needed infrastructure upgrades?
High energy bills and a troubled water sector trigger debate about which private finance schemes provide value for taxpayers

Financial Times du 13 octobre

L’Angleterre est dans le même état que la France. Elle se réveille avec la gueule de bois d’années de gloire. Plus rien n’y fonctionne et pourtant elle est criblée de dettes. Elle n’a pas les moyens des réparations dont a besoin en urgence le pays.

Mais qu’est-ce qui a bien pu lui arriver ? Pourtant la rhétorique de ses dirigeants fut magnifique. Comment, avec d’aussi indiscutables raisonnements, en arriver à une si pitoyable situation ?

Et si l’on se penchait sur notre passé ? Un peuple qui ignore son passé se condamne à le revivre, nous répète-t-on ces derniers temps. Décidément Winston Churchill avait le sens de la formule ! Faisons ce que nous disons ?

(Citation en VO : “Those that fail to learn from history are doomed to repeat it.” Winston Churchill.)

Jeux interdits

L’Australie voudrait interdire l’accès des réseaux sociaux aux enfants ? Quel âge ? On parle de 13 ans, 16 ans…

Les informations du matin BBC4, le 12 septembre évoquaient la question et interrogeaient une personne favorable à cette mesure. Elle disait que les réseaux sociaux « volaient » notre enfance. Que les enfants avaient droit à une véritable enfance. C’était une question de droits de l’homme.

Formulation frappante. Cela mériterait débat public et réflexion sur l’enfance et ses droits.

Mais, aussi, inévitable retour de pendule ? Nous avons vécu un grand moment de libéralisme, il fut interdit d’interdire, et Internet était la victoire du libertaire. Tout cela devait conduire au meilleur des mondes. Mais la loi du marché est la loi de la jungle. Et ce n’est peut-être pas la contrainte qui est le problème, après tout ?

Science sans conscience

Mining for clean energy transition threatens birds and fish
Our increasing demand for metals and minerals is putting more than 4,000 vertebrate species at risk. The biggest threat to species comes from mining the materials needed for our transition to clean energy, such as lithium and cobalt – both essential components of solar panels, wind turbines and electric cars.

Lettre d’information de l’Université de Cambridge

Ce qu’il y a de curieux dans la pensée dominante, c’est qu’elle ne parle que des conséquences de ce qu’elle nomme « l’anthropocène », mais qu’elle ne se préoccupe pas des conséquences de ce qu’elle recommande.

Propre de l’individualisme libéral ? L’individu ne peut que hurler à la mort, que croire à une forme de « pensée magique » ? Il ne peut pas bâtir les structures sociales nécessaires à un changement durable ?

Thames Water

Un des feuilletons des informations de la BBC est Thames Water. Thames Water est une des grandes entreprises de traitement de l’eau britanniques. Elle est extrêmement ancienne. Elle a été privatisée en 1989. Mais, contrairement à ce que l’on croyait à l’époque, ses services ne se sont pas améliorés. Non seulement elle n’a pas investi dans ses infrastructures, ce qui pose désormais de très sérieux soucis de santé publique, mais elle a versé de très généreux dividendes et a empilé les dettes (pour payer les dits dividendes ?), si bien qu’elle est en quasi faillite ! C’est l’exact envers de ce qu’espérait Mme Thatcher ! L’économie de marché ne fut pas le meilleur des mondes, mais l’ère du parasitisme ?

Comme je le disais dans de précédents billets, peut-être serait-il temps de se demander ce qui a cloché dans la politique de Mme Thatcher, qui a été adoptée un peu partout en Europe.

En fait, une des caractéristiques de l’ère du laisser-faire et de l’économie de marché que nous vivons est d’avoir liquidé les dispositifs d’étude de la société. Comment les refaire sortir de terre, alors que les services publics ont été, comme Thames Water, laissés pour morts ?

Thames Water

Immobilier et immigration

En Angleterre, la population croît si vite qu’il n’y a plus de quoi la loger (les informations de la BBC).

L’immigration ajoute, chaque année, 1% de plus à la population. Difficile de tenir le rythme, me dis-je. D’autant que cela doit produire un cercle vicieux : la pénurie de logements fait augmenter leurs prix, alors que ceux qui cherchent à se loger, immigrés ou autochtones, son pauvres.

Voilà une conséquence imprévue de l’immigration. On se dit qu’elle fournit une main d’oeuvre à bon marché, alors qu’elle a aussi un coût. Le laisser-faire a des limites.

(La pression doit être identique, d’ailleurs, sur le secteur public : NHS, écoles, etc.)

Mauvaise santé

‘I don’t have a choice’: UK patients turn to medical loans for treatment costs
Boom in healthcare borrowing prompts warnings from doctors and campaigners

Financial Times, 4 mai

L’article commence ainsi :

Faced with a daunting NHS wait-list for her first hip replacement, Helen Walters travelled to Turkey for a private operation that drained her entire pension.

On peut se réjouir des malheurs de nos voisins, mais cette situation ne nous pend-elle pas au nez ?

J’ai dans ma bibliothèque un livre qui se nomme « Market driven healthcare ». Eh bien, j’ai l’impression qu’en ayant voulu construire notre système de santé sur le modèle du marché (avec des hordes de bureaucrates pour en faire respecter les règles, ce qui en a fait une bureaucratie soviétique), on l’a démoli. Et que ceux qui en sont responsables vont maintenant nous lancer à la figure : regardez, on vous l’avait bien dit, ça ne marche pas ! Finie la sécurité sociale. Et, pour éviter une révolte populaire, il y a l’hospice.

Mauvais esprit ?

Lois du marché

Depuis quelques-temps on entend parler de la « naïveté » de l’Europe. Elle a cru, du moins son élite, aux théories de l’économie de marché, du libre échange. Elle s’est voulue « ouverte ». Elle découvre qu’elle est le dindon de la farce.

Elle ? L’Allemagne semble continuer à y croire.

Une Europe moins naïve et moins ouverte, ce n’est pas forcément bon pour les exportations du made in Deutschland, pense-t-on outre-Rhin

L’oeil de l’écho de la Tribune, 28 avril

Et ce, peut-être bien, parce que c’est son avantage. D’une part elle a construit son économie comme le rouage essentiel des impérialismes russes et chinois (c’est peu poli de le dire, mais n’est-ce pas juste ?). D’autre part parce qu’elle a un formidable avantage. Elle a construit une marque nationale. Et elle a imposé Allemagne = qualité. Et elle l’a imposé, en particulier, à sa zone d’influence, l’Europe de l’Est. A l’envers, l’hostilité qui est le propre de notre culture dit France = méfiance. (Un témoignage.)

Un autre exemple de « complexité » au sens d’Edgar Morin ? Notre bon sens nous fait croire que le marché et le libre échange sont une question d’individus, alors que c’est une affaire de société, de « chasse en meute ».

Grand nettoyage

Discussion avec un militant de la propreté des littoraux. Aujourd’hui, ils sont nettoyés par des bénévoles. Le travail est jugé beaucoup trop dur par ceux qui sont payés pour le faire !

Faut-il voir dans cette histoire une parabole ? De la transformation de notre société ? Etre salarié, c’est être une victime ? Donc ne rien faire ? Caractéristique naturelle d’une société devenue férocement individualiste ?

Paisible Anglais

Qui parle encore de Sartre, Foucault ou Derrida ? Les universitaires anglais. Ils ont le respect des idées.

D’ailleurs, ils l’ont aussi de nous, les Français. Ce qui peut surprendre, vues nos rivalités. Mais, en les écoutant, je pense que nous faisons partie de leur histoire. Si nous n’existions pas, il faudrait nous inventer.

En comparaison, nous paraissons des fous-furieux. Chez nous tout est bruit et fureur, autodafé et excommunication.

Comment un peuple aussi paisible que l’anglais peut-il avoir eu une telle histoire ? Peut-être le propre des démocraties, ou du libéralisme ? On y opère une division des tâches. Il y a la conscience d’un côté et la fin qui justifie le moyen, de l’autre. Le second nourrit la première, qui, à son tour, attire les proies pour le premier ? Mais sans que le connivence soit officielle, car « la société n’existe pas », comme le disait Mme Thatcher ?

Les effets imprévus du changement

Discussion avec un dirigeant de pôle de compétivité. Il constate que la réforme des régions (universellement critiquée !) a produit le chacun pour soi. Chaque région est repliée sur elle-même. Elle voit l’autre comme une ennemie. Or la France est petite, elle a besoin de joindre ses forces !

Il constate aussi que, depuis quelques années, tout est devenu extraordinairement compliqué avec l’administration, qui semble se nourrir de ses dysfonctionnements. Elle n’est plus que paperasses et discussions sans fin.

Inquiétant. Effet imprévu des réformes libérales ? Ont-elles commis l’erreur signalée par Tocqueville : elles ont ouvert la boîte de Pandore de nos vices culturels ? La France éternelle est décrite comme une multitude de petites chapelles tenues ensemble par un pouvoir central fort. Tuer ce pouvoir produit un repli communautaire ?

Quant au comportement de l’administration, je me suis rappelé une histoire racontée par un anthropologue qui avait étudié une usine : elle était si robotisée que ses personnels n’avaient presque rien à faire. Si bien qu’ils prenaient des risques stupides pour prouver leur utilité. Et si le fonctionnaire, qui, lui aussi, n’a rien à faire, voulait justifier son poste ?