Retour en 29

J’ai longtemps lu ce qui s’écrivait aux USA. J’ai été surpris par la « nouvelle économie ». A la chute de l’URSS, de grands esprits ont dit que le capitalisme avait gagné, que le marché produisait l’optimum humain. Pour moi ce qui avait fait le succès des USA était son rouleau compresseur logistique, la science, la raison, l’oeuvre de Roosevelt. Il était ridicule que l’on puisse dire que c’était « le marché ». Et que l’on exhume des théories remontant aux Lumières (françaises !), stupides. Erreur ! ce qui compte n’est pas la raison, mais ce que le peuple croit. Vox populi !

Voici ce que j’ai appris sur l’histoire des USA, et que l’on retrouve de ci de là dans ce blog :

Le propre des USA, c’est une volonté folle de s’enrichir qui produit la spéculation. Et la spéculation se termine en crise ultra violente. Au siècle dernier, économistes et magnas parlent de « destruction créatrice » dont l’antidote est le monopole, seul capable d’encaisser les crises, non le marché. La crise de 29 produit une crise et une guerre mondiales. Devant l’échec de l’idéologie libérale, Roosevelt, pragmatique – autre trait américain, adopte la planification socialiste ou fasciste qui semble efficace. La guerre sauve le pays. Il connaît la prospérité. Peut-être que le tempérament individualiste de l’Américain lui fait donner de la tête contre les règles d’une société de la raison ? Il n’est pas fait pour un monde borné ? La situation se retourne. L’Amérique doute d’elle-même. Comme toujours dans ce cas, elle élit un président populiste et borné, qui lui dit qu’elle doit revenir aux sources. Il se lance dans une course à l’armement avec l’URSS. Elle s’effondre. Voir premier paragraphe. Retour en 29 ?

Jeux artificiels

Nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Voici un emploi de l’intelligence artificielle, pour réseaux sociaux.

Le plus simple. Réinventer un processus industriel, faire croire qu’il existe. Plus subtil : jouer sur la crainte de l’intelligence artificielle, en lui prêtant des pouvoirs maléfiques. Nouveau jeu : détecter la main invisible de l’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle, virus qui profiterait de la disparition du système immunitaire d’une société libérale ?

O tempora

Durant mon enfance, j’ai eu le sentiment de vivre sous le régime de la raison. Puis j’ai découvert que, de Hayek à Foucault en passant par Churchill, on estimait que les démocraties étaient des totalitarismes, qui ne valaient pas mieux que l’URSS. Le libéralisme a gagné.

Intéressante expérience. On a découvert ce que l’on avait oublié. Par exemple que certains croient toujours que leur peuple est supérieur aux autres, qui méritent d’être écrasés. Ou que l’entrepreneur américain pense toujours qu’il livre un combat contre l’humanité. Mieux ? C’est le règne du mensonge. Car, le prochain est un ennemi, et tous les coups sont permis pour lui faire rendre gorge. Quant à la science, qui est une « intelligence collective », éclatée en individus, elle disparaît. En tous cas, elle n’a plus de conscience.

Inconstant

Je découvre des lettres de Benjamin Constant.

Il écrivait mieux à 12 ans que plus tard. Phénomène My fair lady ? C’est lorsque l’on aborde une langue, que l’on soit enfant ou étranger, qu’on en tire le meilleur ?

On le présente comme le chantre du libéralisme. Ce dont je ne peux juger. Il me semble surtout avoir été une girouette. Il était le jouet de Mme de Staël, entre autres, et, selon ses lettres, fut, tour à tour, voire au cours de la même journée ? d’un côté et de l’autre, de la révolution, de Napoléon, de la monarchie… Serait-ce cela le libéralisme ?

(Trop intelligent ? Un neurobiologiste m’a dit qu’un être d’intellect pur serait incapable de décider…)

Déficit critique

Que penser de mon précédent billet concernant le déficit américain ? J’ai toujours tort est ma devise.

La politique de Trump aurait sa logique. Le Républicain n’aime pas l’impôt, du coup il ne peut financer l’Etat. Alors Trump fait appel au droit de douane. Ensuite, il veut relancer son industrie, alors, il la protège. Ce que tout le monde fait depuis toujours. Finalement, il constate que les pays exportateurs suppriment leur demande intérieure. Il veut les faire acheter américain. Ce qui n’est qu’évidence : le marché est un échange. Si le vendeur tue son client, il meurt ! Or, cette politique mercantiliste est celle des Chinois et des Allemands. Elle est dénoncée depuis bien longtemps par les économistes les plus respectables et les moins proches de Trump.

Concernant l’industrie, les propos de l’économiste du podcast précédent me semblent paradoxaux. D’abord, il ne se pose aucune question sur le « choc chinois ». Ce serait une espèce de phénomène naturel. Mais pourquoi pas un contre-choc américain ? Ensuite, il considère que l’industrie ne créera plus d’emploi, pour cause de gain de productivité. Or, l’espèce humaine est en face de masses de questions à résoudre, et leurs solutions sont industrielles. Je soupçonne que nous sommes à la veille d’une révolution industrielle. Et la productivité est un faux problème, car les machines doivent elles-mêmes être fabriquées, faire l’objet de publicité, vendues, réparées… J’ai déjà rencontré cette opinion, qui m’a surpris, chez d’autres économistes, j’en arrive maintenant à soupçonner quelque biais idéologique…

Seulement, le problème n’est peut-être pas là. Il pourrait bien y avoir quelque-chose de pourri en Amérique.

Si je comprends bien (c’est un grand si) le podcast, le mal américain serait dû à la santé insolente de sa place financière, qui draine la finance mondiale. Or, elle même est le résultat d’une succession de bulles spéculatives. Bulles alimentées, peut-être créées, par les deux partis politiques qui croient aux mêmes théories économiques libertaires. Cela signifie que le pays pourrait bien avoir oublié la « valeur travail », nécessaire à la création de l’activité économique qui lui fait défaut.

Conclusion provisoire ? Il semble que la sortie de la crise mondiale demande un arrêt de la politique mercantiliste suicidaire de pays tels que la Chine et l’Allemagne. Ils doivent relancer leur demande intérieure. Pour cela, il faut qu’ils aient envie d’acheter des choses produites par leurs pays clients. Or, cette offre n’existe pas. Lesdits pays clients doivent donc renoncer aux mirages de la vertu miraculeuse du laisser-faire et de l’économie de marché, qui les ont transformés en nations de paresseux, et se mettre au travail. Ce qui est la partie réellement complexe du changement.

A suivre.

Acier

L’acier anglais pourrait être exempté de droits de douane américains. Cela va donner un avantage à l’Angleterre sur ses concurrents ? demandait la BBC à un industriel. Certes, mais la production étrangère va se rabattre sur l’Angleterre. Nous devons adopter des mesures protectionnistes !

A n’en pas douter, hier, ce grand industriel aurait dénoncé l’emprise de l’Etat et défendu la saine vigueur de l’économie de marché. Comme les choses changent ! Et comme le sens du ridicule est rare !

British industry exempted from Trump’s doubling of steel tariffs
But UK bosses are pressing Sir Keir Starmer for a rapid implementation of the trade deal agreed with the president

Financial Times, 3 juin

Politique chinoise

L’autre jour une émission de la BBC disait que les gouvernements européens « had been sleeping at the wheel ». Effectivement, ils n’ont rien compris aux changements du monde. Ils n’ont même rien compris aux conséquences des politiques dont ils se faisaient les champions.

Je découvre que les Chinois ont mené une impeccable politique industrielle, dont je ne soupçonnais pas la complexité. Ils sont non seulement parvenus à dominer toute la chaîne de la valeur de « l’énergie propre », de la voiture électrique à la mine, en passant par les batteries, les éoliennes et les panneaux solaires, mais surtout ils ont acquis une avance technique qui semble massive aussi bien, par exemple, dans les techniques de traitement des terres rares que dans celles de fabrication des batteries.

Pourquoi les constructeurs automobiles occidentaux ne se sont-ils pas adaptés ? me demandait-on. N’auraient-ils pas été victimes d’un phénomène dont parlent les livres de management : sans pression externe, l’entreprise n’innove pas ? Plus exactement elle tend à la concentration pour tuer la concurrence, dormir tranquillement et payer grassement l’actionnaire ? Les entreprises occidentales n’ont-elles pas eu pour toute politique la « domination par les coûts », à l’image de Stellantis ?

Le libéralisme, la déréglementation, l’économie de marché… n’auraient-ils pas les vertus que l’on nous a serinées ?

Et l’avenir ? Peut-on rattraper l’avance chinoise ? Ne faudrait-il pas plutôt s’intéresser à la prochaine révolution ?

Exit Margaret

Comment traduit-on « free market economy » ? me suis-je demandé. Simplement par « économie de marché  » ? Seulement, « free market » avait quelque-chose d’anarchiste, ce que n’est pas nécessairement l’économie de marché.

Free-market economy fut le rêve de Thatcher, Trump l’a enterré. Que s’est-il passé ? Thatcher rêvait d’un capitalisme populaire. Seulement, le peuple a vendu ses actions et les financiers internationaux les ont acquises. Et ils ont vidé les entreprises nationales de leur substance. Si bien que, pour avoir de nouveau de l’eau potable, l’Etat anglais est contraint de nationaliser les dénationalisées.

Mais, ce n’est pas la fin de l’histoire. Le « free market » ne veut pas mourir. Et il fait comprendre à Trump qui est le maître.

Qu’est-ce que cela va donner ? La « free market economy » est le résultat de plusieurs décennies d’un travail de sape. Quelque-chose d’équivalent est-il en marche et va-t-il imposer un nouvel ordre mondial ?

Voici ce que disait, en substance, une émission de la BBC que je citais précédemment. (Invisible Hands.)

Dialectique de Trump

La BBC consacre une série d’émissions aux forces qui ont fait Trump. (Invisible Hands.)

Un aviateur de la seconde guerre, qui élève des poulets, est rendu fou par la réglementation de l’époque. Il rencontre Hayek, qui lui conseille de créer un Think tank. Il fait un converti. Un homme politique conservateur à haut potentiel. Mais sa croisade échoue. Mme Thatcher, sa fille spirituelle, s’empare de sa cause et est élue. Elle aurait dû disparaître sans laisser de trace, la guerre des Malouines la sauve. Un fanatique lui propose de vendre les entreprises publiques. Mais où trouver l’argent nécessaire ? Appel au peuple. Coup de génie.

Fin 90, alors que le succès est complet (les travaillistes de Tony Blair sont devenus des militants enthousiastes), se produit un coup de théâtre. James Goldsmith, milliardaire du libéralisme, comprend que ce dernier détruit le pays et son modèle de société. Il vend la corde pour être pendu. L’hémorragie doit cesser. Il faut fermer les frontières. Il fait campagne. Le mouvement qui va aboutir au Brexit a commencé. Trump va suivre.

Cela répond à une question que je me posais : mais pourquoi donc les partis nationalistes, comme le FN, prônent-ils un repli sur le territoire national, alors que leurs ancêtres croyaient au rayonnement de leur culture ? Eh bien, il semblerait que, dans la logique de la dialectique hégélienne, le libéralisme économique ait produit son opposé : l’autarcie.

Notre société est dénuée de raison ?

(On notera aussi que la France est un élève docile des idées de l’étranger. Eternelle question : comment peut-on s’appeler « élite », lorsque l’on est incapable de penser ? Le ridicule ne tue pas ?)

(Curieusement, l’émission est produite par un journaliste de 86 ans, qui parle de ce qu’il a vu, et qui semble aussi alerte intellectuellement qu’à vingt ans. Voilà qui promet à Trump des lendemains qui chantent ?)

Amnésie

Trump me rappelle ce que l’on a oublié.

On ne se souvient plus aujourd’hui ce que l’on pensait après guerre. En fait, on croyait au triomphe de la raison. Le succès des USA était, en particulier, celui de l’organisation et de la science. C’était probablement l’aboutissement de la pensée des Lumières.

Ce système était bureaucratique, par nature, comme l’explique Max Weber.

Il a été attaqué à la fois par le capitalisme de droite et l’intellectuel de gauche comme un totalitarisme. Discours haineux, celui de Hayek, Thatcher, de la French philosophy… Les intentions initiales ne le méritaient certainement pas. Mais il est devenu notre vérité.