Un an

Un travail archéologique me fait croire que ce blog est né le samedi 7 juin 2008. Je n’ai pas une idée totalement précise de la raison pour laquelle je l’ai créé. En partie c’était pour aider les commerciaux d’une société de formation qui voulait commercialiser des cours de conduite du changement.

Si certains messages sont antérieurs au 7 juin, c’est parce que ce blog a initialement suivi une logique qui n’était pas totalement celle d’un blog : je l’avais conçu comme un support de vente d’accès facile. J’ai produit une cinquantaine de messages en un week-end, en reprenant d’anciens textes ou en en écrivant de nouveaux. J’ai aussi créé un second blog qui avait pour objet de recenser des ouvrages importants pour les sciences du changement. Lui aussi a atteint une cinquantaine de billets en un week-end. Mais la formule n’était pas satisfaisante. D’une part, j’ai intégré les critiques de livres au blog principal, et, d’autre part, j’ai commencé à faire de véritables analyses, qui puissent être utiles à ma réflexion. J’ai d’ailleurs fini par comprendre que pour tirer quelque chose d’un livre il fallait, quasiment, le lire deux fois. Pas étonnant que les auteurs soient frustrés par le peu que l’on comprend de leur travail, et que les écrivains de best sellers techniques américains aient développé leur merveilleuse technique d’écriture qui dit si simplement si peu.

Ce blog illustre ma façon de construire des partenariats. Je ne mesure pas mon effort, et donne sans compter, et sans rien demander. Cela a l’effet de révéler les faiblesses du partenaire en un temps record. Le 9 juin, les dysfonctionnements de l’équipe commerciale étaient patents. Suite à quoi mon blog commençait une existence sans but lucratif, à la recherche d’une raison d’être et d’une cohérence qu’il n’a pas encore trouvées.

Où en était-on il y a un an ? Barak Obama n’était encore qu’une curiosité, qui avait mis KO Mme Clinton, parce qu’il avait séduit quelques venture capitalists (Clinton, Obama, changement), et la crise que l’on voyait poindre depuis le début de 2007, au moins, ne semblait pas bien sérieuse (Jacques Mistral: comment éviter subprime 2). Il n’était pas prévu, alors, qu’elle serait le thème principal de mes billets.

Pour quelqu’un qui s’intéresse au changement, la crise est une chance, c’est l’exemple même de la phase critique du changement, celle du dégel (Kurt Lewin), où la société pioche de plus en plus profond dans son inconscient pour y chercher ce qui est la cause de ses malheurs. Rien ne va plus.

Changement d’état

Wikipedia consacre un article indigent à changement.

Sa définition de changement : passer d’un état à un autre. Que signifie « état ». La même chose que les états de la matière, solide, liquide, gazeux ? Le changement est une transition de phase ?

Rappel de ma définition. Tout groupe d’hommes est dirigé par des règles, qui « l’organisent ». Le changement modifie ces règles. On passe d’une organisation à une autre.

Il y aurait une sorte d’équivalence entre le groupe humain et le groupe de molécules : une organisation qui régule leurs mouvements. C’est cette organisation qui définirait leur « état ». Ce qui irait dans le sens de Kurt Lewin, pour qui le changement est un « dégel ».

Compléments :

Moutons de Panurge, et fiers de l’être

Dans Moutons de Panurge, je semblais en vouloir à l’humanité pour son conformisme.

Ce serait une erreur. Les mécanismes qui font du groupe un groupe ramènent l’individu dans le rang. Imaginez que vous soyez un financier au milieu d’une bulle financière et que vous dénonciez les pratiques de vos collègues : vous allez perdre votre emploi. Si vous êtes assez intelligent pour repérer la folie collective, autant en profiter pour vous enrichir, non ? D’ailleurs qui vous dit que vous pensiez mieux que le groupe ? Qu’arriverait-il si tous ceux qui croient être plus intelligents que la société avaient le dernier mot ? Le chaos.

Je dis parfois que « l’erreur est humaine, persévérer est diabolique » : ce que nous croyons juste, à un instant donné, n’est qu’une approximation de la réalité dangereuse à l’usage, et qui doit être remplacée par une nouvelle erreur. Dans ces conditions les crises sont inévitables, ainsi que les périodes déboussolées qui les suivent.

Le mieux que l’on puisse faire est probablement d’accélérer l’explosion des bulles, de rendre le tissu social résistant aux chocs, et d’améliorer les processus de recherche d’une issue de secours. C’est sans doute les objectifs que devrait avoir une science du changement.

Compléments :

Sémiotique de la crise

Le professeur Jean-François Marcotorchino m’envoie une analyse sémiotique du discours actuel sur la crise. Par Jean Maxence Granier. Question : où se situe le mien ?

Une modélisation en 4 cases

  1. A Crise = accident. Issue : on revient à la situation antérieure à la crise (2007).
  2. B Crise = folie passagère. Issue : retour à un capitalisme sain.
  3. C Crise = mutation. Issue : un capitalisme repensé.
  4. D Crise = rupture. Issue : autre chose que le capitalisme, voire le chaos.

Maintenant, à moi de parler.

Les mécanismes du changement

Pas tout à fait d’accord avec les 4 cases. Mon opinion s’est construite sur mon expérience des transformations d’entreprise à laquelle j’ai essayé de donner une portée un peu plus universelle, en cherchant à y raccorder ce que la science avait dit sur le sujet. J’ai trouvé un assez grand accord entre science et expérience.

Pour moi l’évolution est irréversible. Certes, je dis souvent que l’entreprise tend à l’homéostasie (A), mais s’il est vrai que les changements de l’entreprise échouent la plupart du temps, il en reste toujours des traces. Une sorte de handicap rémanent qu’il a fallu compenser par un gain de productivité.  Le changement qui réussit me semble assez bien modélisé par l’ethnologie (cf. Schein, Lewin…) : il joue sur la culture de l’entreprise, en mettant plus ou moins en avant certaines de ses valeurs préexistantes (hypothèses fondamentales). Ce qui est cohérent avec B. Cependant, il me semble qu’il s’agit d’une réinterprétation du code de loi de l’entreprise, avec ajout de codicilles (C). Le passage en force peut conduire à une destruction du système (D). Exemple : gains de productivité de l’entreprise qui la privent de son savoir faire, des réformes post 68 qui ont détruit l’ascenseur social ou les syndicats… Mais le système garde toujours un lien avec le précédent. La pensée moderne se reconnaît dans la pensée grecque ou dans la pensée chinoise des origines. La révolution française n’a pas touché aux structures fondamentales de la société française (cf. Tocqueville).

L’effet de serre illustre différemment ces idées. Pendant des siècles l’humanité a accumulé des cochonneries dans son écosystème, sans conséquence apparente. Les mécanismes d’autorégulation avaient le dessus. Jusqu’à franchissement d’un seuil. On entre, après une transition, dans un autre mode de régulation. Cependant, si elle survit, l’humanité continuera à s’appuyer sur certaines des recettes qui ont fait son succès.

Ma lecture de la crise

  • Nous sommes passés d’une phase de capitalisme dirigiste (après guerre), à une phase ultralibérale (80 – 2000). La première était caractérisée par un contrôle du marché quasi-total par une technostructure qui dirigeait des états keynésiens puissants et de grandes entreprises planificatrices. La seconde a vu la dislocation de l’état et des entreprises au profit d’une classe de managers financiers apatrides, dirigeants d’entreprise ou d’organismes financiers, qui s’appuyaient sur la doctrine de la liberté totale des marchés.  
  • À cela s’est ajoutée la « mondialisation ». Dorénavant l’ensemble de la planète semble obéir aux mêmes règles du jeu capitaliste. Les nouveaux joueurs ont-ils contribués à l’achèvement des phases précédentes ? En favorisant la déstabilisation de l’édifice planifié (offensive japonaise, crise pétrolière des années 70 / 80), ou en accélérant la débâcle de l’ultralibéralisme (en encourageant sa tendance naturelle à la spéculation) ?
  • Globalement le monde me semble chercher un équilibre entre la liberté qui est due à l’homme (libéralisme) et la nécessaire solidarité humaine, le fait que l’homme est un animal social. L’histoire récente de l’humanité oscillerait entre le Charybde d’un individu qui nierait son appartenance sociale, et le Scylla du refus de l’individualité. La prochaine étape de la sinusoïde est probablement un accroissement de la dimension sociale. L’amplitude de la sinusoïde pourrait s’affaiblir ? C’est ce que j’espère.
  • Par définition, la vie épuise les ressources qui lui sont nécessaires. Elle est obligée périodiquement de s’adapter (Darwin). Mais le capitalisme a vraisemblablement poussé ce mouvement à l’extrême. Son principe fondamental (Adam Smith) est la croissance de la production d’une année sur l’autre. Une croissance exponentielle, qui explique peut-être la fréquence des crises que nous subissons. Peut-on éviter d’être brutalisés aussi souvent et aussi méchamment ? N’y a-t-il pas un risque que le capitalisme amène, en marche accélérée, l’individu aux limites de sa capacité d’adaptation ? Il me semble qu’en passant du matériel (le modèle de Smith) à l’immatériel (la valorisation du service que la société nous rend depuis la nuit des temps), le capitalisme pourrait, sans apparemment se renier, trouver une voie plus durable, réinventer le passé.

Compléments :

La vie est belle !

Bertrand Duperrin a raison. La presse est dans l’incertain, dans l’inquiétude : ça contribue à la déprime actuelle. Si elle regardait vers l’avenir elle verrait de quoi se réjouir. Quelles raisons d’espérer ? Je me jette à l’eau.

  • Crise veut dire baisse de consommation, de pollution, d’effet de serre… Point de départ idéal pour une « nouvelle économie » plus durable ? Un nouveau type de croissance moins destructeur ? N’est-ce pas plus facile de nous transformer lorsque nous jeûnons que lorsque nous sommes pris dans le traintrain d’une économie qui pollue à plein régime ?
  • Autre raison de se réjouir ? Les gouvernants chinois vont devoir stimuler leur consommation interne : ne vont-ils pas être poussés à donner à leur peuple une sécurité sociale, un système de retraite, d’assurance maladie… dont le manque le forçait à épargner ? Une Chine plus amicale ?
  • Mais, crise veut surtout dire « dégel » au sens de Kurt Lewin. Les règles du monde sont devenues malléables. Une occasion unique ! Or, justement, les gouvernants sont prêts à en discuter. C’est sans précédent.
  • Et ils sont plutôt de bonne volonté. Pour le moment, les petits égoïsmes qui ont fait les grands malheurs de l’humanité ne se sont pas manifestés. D’ailleurs on se préoccupe du résultat de la crise pour les pays pauvres. Dans le passé, on cherchait surtout à remettre le système financier d’aplomb.

Tout étant malléable, le monde peut aller n’importe où. Nos gouvernants ont besoin de nos idées. Ils en ont certainement à eux, mais ils veulent avant tout un consensus : c’est dans ces moments que nous avons le plus de pouvoir. Nous devons donc réfléchir. Que voulons-nous faire du monde ?

  1. Je crois que son mal est l’individualisme, au sens égoïsme, qui ne voit la société et la nature comme objets et non comme potentiels amis. Un sujet à étudier.
  2. Toutes les idées sont bonnes, les vôtres autant que les miennes. Risque d’anxiété d’apprentissage ? Une piste pour chercher de nouvelles idées, si vous n’en avez pas déjà : la montagne d’erreurs que nous avons commises. Essayer de ne pas les répéter doit être un programme efficace.

Sur Kurt Lewin : Renouveau du PS.

À la découverte de la philosophie allemande

Aventures d’un explorateur.

Il y a quelques années (Biographie orientée changement) j’ai écrit mon expérience pratique des transformations de l’entreprise. Et découvert que ce que je disais avait été dit avant moi. Pour commencer par la dynamique des systèmes de Jay Forrester (mon premier contact : travaux de Peter Senge). Poursuite avec des ouvrages fondateurs de sociologie, psychologie, ethnologie et économie. Bizarrement ce que j’avais entendu en MBA n’avait pas grand intérêt. Plus idéologique que scientifique ?

J’ai fini par voir une parenté entre les œuvres dans lesquelles mon expérience se reconnaissait. La plupart provenait des scientifiques d’Europe centrale du 19 et du début du 20ème siècle. Les Max Weber, Joseph Schumpeter, Kurt Lewin, Friedrich List, Norbert Elias, Karl Polanyi, parmi d’autres.
Leur particularité ? Avoir fait entrer la dimension sociale dans la science.

La science dominante est une science de l’individu, pas de la société. Une science qui reflète le tropisme anglo-saxon. La science de langue allemande me semble avoir été une réaction contre ce biais. Au fond, sa découverte a été la sociologie, la science de la société. Découverte qui s’est étendue aux autres disciplines scientifiques.
Tous ces travaux ont beaucoup en commun. Karl Marx, par exemple, a-t-il l’originalité qu’on lui prête aujourd’hui ? Ou partageait-il des idées communes ?

Progressivement, j’en suis arrivé à penser qu’Hegel et Kant n’étaient pas que des philosophes au sens où je l’entendais jusque-là. C’est-à-dire des discoureurs confus, détachés de la réalité. Mais, qu’au contraire, ils avaient joué un rôle capital dans la description de la découverte que faisait tout un peuple. Leur travail était aussi scientifique, aussi concret, que celui des chimistes, biologistes, physiciens et autres ethnologues.

Je pars de très loin. Je n’ai jamais étudié la philosophie. J’ai très tôt décidé qu’il s’agissait d’un outil de manipulation qu’utilisait ce qu’on appelait de mon temps le « gauchiste ». (Que j’aie réussi à passer le bac en dépit de mon ignorance montre qu’il était déjà fort bien engagé dans la chute qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. D’une certaine manière je dois en rendre grâce au dit « gauchiste ».) J’ai donc cherché des textes d’introduction.

J’ai vite compris que je ne les trouverais pas en Français. Même les Que sais-je ? se destinent aux initiés, à l’étroit cénacle des intellectuels. Ces textes sont d’autant plus difficiles à comprendre que leur style prétentieux m’exaspère. C’est probablement leur fonction.

Le monde anglo-saxon m’a sauvé. Contrairement à la France, l’Amérique ne fait pas de la connaissance un bien que l’on n’acquiert qu’après de terribles épreuves, et une perte de temps colossale, le moyen de sélection d’une élite. Elle en voit l’utilité intrinsèque, et elle cherche à la rendre la plus accessible possible.

Je ne suis pas très loin dans mes études. D’ailleurs je soupçonne que le temps nous a fait perdre une partie du sens de ces textes. Je crois qu’ils tentaient de rationaliser une expérience pratique. Ce discours théorique est difficile à comprendre sans le contexte qui l’a fait. Aujourd’hui on le rattache à des traditions qui ne lui étaient pas toujours liées.

Premier résultat : il me semble que ce qui me plaisait dans la pensée allemande vient de très loin, de très profond, du cœur de la culture allemande. Et je crois y reconnaître (biais ?) des questions que je me pose.
(à suivre)

La crise est un dégel

Ce qu’il y a de désagréable dans une crise : elle nous force à réfléchir.

Le plan Paulson passe. Après une accalmie les marchés se réveillent inquiets. Nous sommes tous inquiets.

Nous traversons probablement ce que Kurt Lewin appelle une « période de dégel ». Ordinairement l’homme suit des règles inconscientes. Parfois ces règles ne marchent plus. Il doit faire travailler son intellect.

L’anxiété actuelle montre que l’exercice est désagréable. L’homme est un roseau qui pense avec réticence. Il se rigidifie dès qu’il peut. Beaucoup de tentations de ce faire : mettre la crise sur le dos de criminels, y voir une justification de ses convictions les plus solidement figées…
Les dégels sont favorables à toutes les faiblesses, à toutes les sectes, à toutes les dictatures.

Le mieux que l’on puisse faire, c’est rester sur le qui-vive : le monde cherche de nouvelles règles du jeu, et elles ne pourront s’établir que si le terrain est favorable. « Dégelé ».

Compléments :

Aidons les partis politiques

La note précédente interpelle ma conscience. Mon métier n’est pas ce type de changement : celui qui m’intéresse a une direction bien définie (augmenter la rentabilité d’une société, fusionner des entreprises…). Que peut-on faire pour une organisation qui souffre ? Supposons qu’on y trouve une personne qui soit plus intéressée par le groupe que par sa situation personnelle. (Ce que Chester Barnard appelait un « executive ».) Kurt Lewin lui dirait qu’elle doit :

  • Entretenir l’inquiétude du groupe. Elle facilite le dégel (anxiété de survie).
  • Favoriser l’émergence de nouvelles idées, en les protégeant de l’orthodoxie. Et en leur permettant l’expérimentation : seul moyen de tester leur efficacité.
  • Obtenir la confidence : en période de changement, les gens ont besoin de se décharger de leur stress.
  • Les aider à trouver des solutions aux problèmes auxquels conduisent les confidences. C’est surtout une question d’encouragement : quand on persévère, on trouve. Les psychologues parlent de « deuil » : on doit évacuer ses anciennes idées pour pouvoir en avoir de nouvelles. On retrouve, pour l’homme, les étapes du dégel de Kurt Lewin.

Compléments :

  • Sur le changement comme deuil : JICK, Todd, The Recipient of Change, note, Harvard Business School, 1990.
  • BARNARD, Chester, The Functions of the Executive, Harvard University Press, 2005. Chester Barnard faisait de l’executive la colonne vertébrale de l’entreprise (le reste étant égoïste).
  • Sur la question des anxiétés dans le changement : Serge Delwasse et résistance au changement.

Renouveau du PS

The Economist observe que tous les partis socialistes européens traversent une mauvaise passe. Il y a dix ans c’était la droite qui allait mal.

  • Mon interprétation de ce va et vient : chaque parti est adapté à une situation, ou que ce dont a besoin un pays est un mix de politique de droite et de gauche. D’où alternance.
  • The Economist répond : le parti politique ne ressemble pas à une pendule arrêtée qui donnerait l’heure deux fois par jour ; lorsqu’il est dans les coulisses il se réinvente. Il « change ».
  • Est-il alors sujet au « dégel » de Kurt Lewin ? Le doute grandit, mais il y a le plus souvent déni : il faut coller aux valeurs du groupe ; il y a des tentatives de renouvellement de ces valeurs ; elles sont testées ; si le groupe se porte mieux, elles sont adoptées ; recongélation.

Compléments :

JO : le Chinois ne fait pas de vagues

Je lis sur le blog de Patricia Rique (BEIJING 2008) :

Les plongeuses chinoises ont un poids inférieur de 20 Kg à celui de leurs concurrentes afin de permettre lors du plongeon de déplacer moins d’eau et par conséquent de faire moins d’éclaboussures.Elles sont donc affamées au nom du sport. (…) Selon la devise de Monsieur de Courbertin, « l’important est de participer ». Cela ne semble pas être le cas des autorités chinoises.Dès lors je me demande où est l’esprit olympique et pour quelle raison le comité olympique ne s’exprime pas sur de telles pratiques incompatibles avec les valeurs olympiques qui à l’origine étaient étrangères à la puissance de l’argent.

Hypothèse : pour la Chine, les Jeux Olympiques sont une occasion de souder une nation qui en a bien besoin (cf. problèmes tibétains) et de montrer au monde son succès : elle s’est « éveillée », elle maîtrise mieux les règles du jeu de l’Occident que l’Occident lui-même.

  • Ce qu’elle nous renvoie serait donc une image de notre comportement tel que perçu par elle : la seule chose qui compte, c’est de gagner, la fin justifie les moyens ; suivons apparemment les règles du jeu, mais trahissons en l’esprit : de toute manière il n’intéresse personne.
  • Il y a quelques temps, les étudiants chinois ont manifesté à Paris en appui de la politique tibétaine de leur pays. Interprétation : le gouvernement chinois a compris que ce type de manifestation était une des règles du jeu occidentales. Les mouvements des droits de l’homme servent des intérêts nationaux à courte vue. Grossière hypocrisie.
  • Le psychologue Kurt Lewin avait une théorie sur le sujet. Pour lui une personne qui est à la frontière d’un groupe ne voit de ses règles que ce qui est extrême, pas leur subtilité. C’est ainsi que l’adolescent qui entre dans le monde des adultes est souvent un révolutionnaire. C’est aussi pourquoi les étrangers qui arrivent en France ont un comportement caricatural.
  • La Chine a, peut-être, de nous une image tout aussi caricaturale. Je ne serais pas surpris qu’elle voie le comportement occidental comme agressif, préoccupé d’intérêts matériels myopes (la théorie d’Adam Smith). Par exemple, elle semble avoir vécu le traitement de la crise asiatique de 1997 par le FMI comme une sorte de guerre atomique qui a ramené les économies locales à l’âge des cavernes. D’ailleurs le comportement des colons occidentaux qui occupaient son territoire il y a encore peu n’a-t-il pas été une leçon marquante quant aux vertus civilisatrices du « marché » ? La Guerre de l’opium n’en a-t-elle pas été un grand moment ? (Au milieu de beaucoup d’autres guerres, occasions de rançonner le pays).

Ce que la Chine n’a pas compris, c’est que si nous sommes hypocrites, c’est faute de savoir comment appliquer nos beaux principes. Il ne faut pas s’en tenir à quelques désastres non intentionnels infligés au monde non occidental (voir, par exemple : Consensus de Washington). C’était involontaire. Nous sommes des idéalistes désireux de bien faire. Mais courage, un jour nous y arriverons !

Bibliographie :

  • L’histoire chinoise : GERNET, Jacques, Le monde chinois, Armand Colin, 4ème édition, 1999.
  • Le traitement de la crise de 1997 vue des Chinois : QUIAO Liang, WANG Xiangsui, La Guerre hors limites, Rivages poche Petite Bibliothèque, 2006 et vue des USA : KRUGMAN, Paul, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.
  • LEWIN, Kurt, Resolving Social Conflicts And Field Theory in Social Science, American Psychological Association, 1997.
  • Sur les bénéfices de l’hypocrisie : Malheureux présidents.