JO : le Chinois ne fait pas de vagues

Je lis sur le blog de Patricia Rique (BEIJING 2008) :

Les plongeuses chinoises ont un poids inférieur de 20 Kg à celui de leurs concurrentes afin de permettre lors du plongeon de déplacer moins d’eau et par conséquent de faire moins d’éclaboussures.Elles sont donc affamées au nom du sport. (…) Selon la devise de Monsieur de Courbertin, « l’important est de participer ». Cela ne semble pas être le cas des autorités chinoises.Dès lors je me demande où est l’esprit olympique et pour quelle raison le comité olympique ne s’exprime pas sur de telles pratiques incompatibles avec les valeurs olympiques qui à l’origine étaient étrangères à la puissance de l’argent.

Hypothèse : pour la Chine, les Jeux Olympiques sont une occasion de souder une nation qui en a bien besoin (cf. problèmes tibétains) et de montrer au monde son succès : elle s’est « éveillée », elle maîtrise mieux les règles du jeu de l’Occident que l’Occident lui-même.

  • Ce qu’elle nous renvoie serait donc une image de notre comportement tel que perçu par elle : la seule chose qui compte, c’est de gagner, la fin justifie les moyens ; suivons apparemment les règles du jeu, mais trahissons en l’esprit : de toute manière il n’intéresse personne.
  • Il y a quelques temps, les étudiants chinois ont manifesté à Paris en appui de la politique tibétaine de leur pays. Interprétation : le gouvernement chinois a compris que ce type de manifestation était une des règles du jeu occidentales. Les mouvements des droits de l’homme servent des intérêts nationaux à courte vue. Grossière hypocrisie.
  • Le psychologue Kurt Lewin avait une théorie sur le sujet. Pour lui une personne qui est à la frontière d’un groupe ne voit de ses règles que ce qui est extrême, pas leur subtilité. C’est ainsi que l’adolescent qui entre dans le monde des adultes est souvent un révolutionnaire. C’est aussi pourquoi les étrangers qui arrivent en France ont un comportement caricatural.
  • La Chine a, peut-être, de nous une image tout aussi caricaturale. Je ne serais pas surpris qu’elle voie le comportement occidental comme agressif, préoccupé d’intérêts matériels myopes (la théorie d’Adam Smith). Par exemple, elle semble avoir vécu le traitement de la crise asiatique de 1997 par le FMI comme une sorte de guerre atomique qui a ramené les économies locales à l’âge des cavernes. D’ailleurs le comportement des colons occidentaux qui occupaient son territoire il y a encore peu n’a-t-il pas été une leçon marquante quant aux vertus civilisatrices du « marché » ? La Guerre de l’opium n’en a-t-elle pas été un grand moment ? (Au milieu de beaucoup d’autres guerres, occasions de rançonner le pays).

Ce que la Chine n’a pas compris, c’est que si nous sommes hypocrites, c’est faute de savoir comment appliquer nos beaux principes. Il ne faut pas s’en tenir à quelques désastres non intentionnels infligés au monde non occidental (voir, par exemple : Consensus de Washington). C’était involontaire. Nous sommes des idéalistes désireux de bien faire. Mais courage, un jour nous y arriverons !

Bibliographie :

  • L’histoire chinoise : GERNET, Jacques, Le monde chinois, Armand Colin, 4ème édition, 1999.
  • Le traitement de la crise de 1997 vue des Chinois : QUIAO Liang, WANG Xiangsui, La Guerre hors limites, Rivages poche Petite Bibliothèque, 2006 et vue des USA : KRUGMAN, Paul, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.
  • LEWIN, Kurt, Resolving Social Conflicts And Field Theory in Social Science, American Psychological Association, 1997.
  • Sur les bénéfices de l’hypocrisie : Malheureux présidents.

Pourquoi suis-je mal chaussé ?

La note précédente ne donne pas l’impression du changement nettement mené que l’on peut trouver dans mes livres. Ne serais-je pas cohérent ? Non. Il existe 2 types de changements.

  1. Mise en œuvre d’une mesure bien définie. On ne sait pas comment faire, mais au moins la direction est claire. Par exemple on veut redresser la rentabilité de son entreprise. Voilà le changement dont parle mes livres.
  2. On sent qu’il faut changer, mais on ne sait pas où aller.
Application :
  • J’ai cru que je voulais écrire un livre. Mais des obstacles inattendus ont surgi, dont j’ai pris conscience après les avoir niés, et qui m’ont forcé à un apprentissage ingrat. Je ne sais pas réellement ce que je veux écrire : écrire me permet de « comprendre » mon expérience, d’y voir ce que je n’y avais pas aperçu, d’en tirer quelques règles utiles. Quand j’achève mes livres j’y trouve une idée fondamentale qui aurait dû le guider depuis le début. Réécriture. Tirer des enseignements de mon expérience me force à les comparer aux résultats scientifiques. Or, les comprendre n’est pas facile, d’autant que je n’avais pas été préparé à prendre au sérieux les sciences humaines et l’économie.
  • J’ai aussi découvert que je devais apprendre à écrire, à construire un livre que l’on ait envie de lire, d’où essai et erreur.
  • Le monde de l’édition française était inattendu. Il est toujours mystérieux.
  • J’ai d’ailleurs compris que j’étais une sorte de « vilain petit canard ». Ma carrière et une partie de mes études m’ont rapproché de la culture des hommes d’affaires internationaux, qui n’est pas celle de la France. Au fond, je pense que le changement que doit subir la France est d’absorber cette culture pour ne pas être victime d’un monde dont elle n’a pas compris les règles du jeu. C’est ainsi qu’elle défendra ses valeurs, qui méritent autant de respect que celles d’autres nations. Par conséquent, j’essaie de faire que mes livres et mon action construisent un pont entre deux mondes.
  • Plus j’avance et plus je dois remettre en cause de certitudes qui me semblaient (inconsciemment) des lois de la nature. Il n’y a pas que la planète qui subisse un réchauffement non désiré !

Compléments :

  • Ce processus de changement est celui qu’a décrit le psycho-sociologue Kurt Lewin : c’est le modèle du « dégel ». Quand un groupe humain est inefficace, il tend à nier cette inefficacité. Mais, progressivement, le doute s’installe. Si quelque solution à ses difficultés surnage et prouve son utilité, il va l’adopter. Et elle va rejoindre les autres règles qui guident son comportement dans l’inconscient collectif. Il y a « congélation ». LEWIN, Kurt, Resolving Social Conflicts And Field Theory in Social Science, American Psychological Association, 1997.

Définition universitaire de changement

Les idées sur le changement de quelques sciences et scientifiques :
  • Herbert Simon explique que la société est « organisée » pour que nous soyons « rationnels », c’est-à-dire que nous obtenions ce que nous désirons (c’est ainsi qu’il définit rationalité). Bien entendu nous avons en partie adapté nos désirs à nos possibilités. Mais de temps en temps il y a des choses que la société ne nous permet pas de faire, parce qu’elle ne l’a pas prévu. Alors nous devons la « changer », ou réduire nos ambitions.
  • La complexité de la question tient à ce qu’en général nous n’avons pas une vision claire de ce que nous devons faire, nous ne comprenons pas que nous devons changer : notre vie semble déréglée, plus rien ne réussit, c’est le mécanisme de la dépression (cf. travaux de Martin Seligman).
  • Soyons plus précis : ce qui rend la société « organisée », ce sont des règles explicites (code de la route), ou implicites (comment se comporter, se vêtir…). Ces règles sont ce que l’ethnologie appelle la « culture ». Quand elles nous donnent des recommandations efficaces nous sommes « heureux » (c’est ainsi que le sociologue américain Edgar Schein définit « culture »). Lorsque ce n’est pas le cas, c’est la déprime, donc. Le changement c’est faire évoluer ce « code de lois » de façon à le rendre efficace, quand il ne l’est pas.
  • C’est pourquoi on parle « d’effet de levier » (cf. Jay Forrester, un des premiers à modéliser les organisations – Dynamique des systèmes) : le changement demande très peu d’efforts, juste de modifier quelques règles. Par contre il requiert du talent et de l’expérience. C’est là qu’intervient mon travail.
  • Les théories sur le deuil, sur l’apprentissage des sociétés (Kurt Lewin) et de l’homme (Jean Piaget) peuvent aussi être évoquées pour décrire ces phénomènes.

Références: