Sens des mots

Sophisme, cynisme, scepticisme, utilitarisme, critique… Il est curieux comme certains mots changent de sens en leur inverse. Il en est de même « d’élite », qui est devenu un terme de mépris.

D’autres, comme stoïcisme ou épicurisme, s’en tirent un peu mieux. Dans leur cas, le sens a été affadi, en quelque-sorte neutralisé.

Phénomène d’ensemble : « sinistrisme », notre vocabulaire tend à être déformé de façon à nous encourager à la dépression ?

Quel enseignement en tirer ? Peut-être, comme le dit Thucydide, que les mots servent à nous manipuler. Et que l’on finit par s’en rendre compte. Ce qui leur fait perdre leur sens ? C’est comme cela que notre société devient « chiante » ?

Antidote ? Sous les pavés la plage, en revenir aux intentions initiales ?

Label

Je pensais que « label » était un emprunt récent à l’anglais. Eh bien, c’est faux. C’est bien un emprunt, mais il est entré dans le dictionnaire il y a déjà longtemps. (1906, d’après le Robert.)

Il se trouve qu’il est lui-même un emprunt au mot français qui serait à l’origine de « lambeau ».

Adoptons-nous d’autant mieux les anglicismes, qu’ils ont leur origine chez nous ?

Addiction

Addiction, anglicisme.

Comme beaucoup d’anglicismes qui entrent dans notre vocabulaire, il a une racine latine.

La traduction française est intéressante. Elle parle de « s’adonner », « se livrer », « s’abandonner », « d’attachement », « d’inclination », de « penchant ». Elle révèle aussi « qu’addict » ne concerne pas uniquement la drogue : on peut être « addicted to Muses » ou « to study », c’est-à-dire s’adonner à l’étude.

L’anglicisme est-il une paresse de l’esprit ?

Taxonomie bis

Taxonomie et sa définition ont été l’objet d’un précédent article.

Ce mot est lié à un curieux incident. La découverte que, implicitement, beaucoup de gens pensaient que la « taxonomie » était une taxe ! Ce qui tuait dans l’oeuf les propos de mon interlocuteur qui expliquaient que c’était tout le contraire, puisque c’est le moyen qu’a trouvé l’UE pour orienter les flux financiers vers ce qui doit changer ! (Taxonomie signifiant « classification » des activités qui doivent évoluer.)

Ce type de méprise est probablement fréquent, et effrayant.

Je me demande s’il n’est pas lié à la « massification de l’enseignement supérieur ». La population a beaucoup de diplômes mais peu de culture. Du coup, on s’attend à ce qu’elle comprenne ce qu’on lui dit, alors que ce n’est pas le cas. En revanche, elle croit avoir compris, alors que ce n’est pas le cas.

Analyse juste ?

Qualitatif

Qualitatif est une de mes allergies.

Aujourd’hui il est employé comme signifiant d’une grande qualité. « Nos services sont très qualitatifs ». Or, la qualité a un autre sens, qui est celui de « qualitatif » : non mesurable.

qualitatif, ive adj. adjectif 

Qui se rapporte à la qualité. Une analyse qualitative. ANTONYME quantitatif.

(Au fond, un homme de marketing est peut être fondé à parler de l’aspect « qualitatif » de son offre : sa qualité est rarement mesurable…)

Aménités

De plus en plus souvent, j’entends parler « d’aménités ». Mais qu’est-ce que cela veut dire ?

aménité n. f. nom féminin 

1 Amabilité, affabilité. Elle répondit avec aménité à sa question. « Je regardais avec appréhension madame Jouve la regarder sans aménité » (Gabrielle Roy, La Détresse et l’Enchantement). SYNONYME courtoisie. 

au pluriel plaisanterie Paroles désagréables, blessantes. Ils se sont échangé des aménités.

Rien à voir avec ce dont il est question. A moins d’un emprunt à l’anglais, qui signifie « équipements » ?

amenity | BrE əˈmiːnɪti, əˈmɛnɪti, AmE əˈmɛnədi | 

A nounformal (pleasantness) agrément m 

B amenities plural noun 

1 (facilities) (of hotel, locality) équipements mpl; (of house, sports club) installations fpl; (public amenities) équipements mpl collectifs; (recreational amenities) équipements mpl de loisir 

2 dated (courtesies) civilités fpl

Ou mieux : la confusion entre les deux sens en produit un troisième façon « commodités de la conversation » ?

Des mécanismes du changement ? Je suis, essentiellement, influencé par ce que l’on dit autour de moi ? Donc facilement manipulable ?

Souffrance et effacement

« Il y a deux catégories de langues : les langues malades et les langues mortes » aurait dit Alain Rey.

Toute langue vivante souffre, sans doute. Mais elle ne le fait pas de la même façon.

Par exemple, je n’arrive plus à trouver mes mots en Français, et ces mots ne signifient plus rien. Souvent, les mots qui frappent sont anglais, alors que je ne parle pas cette langue.

L’autre jour, j’assistais à un cours de poésie, et j’observais que les mots employés n’étaient pas poétiques : ils ne créent pas d’images agréables.

Le français a l’air d’une langue qui s’efface.

(Quant à l’américain, comme ma voiture, un temps, son état naturel est d’être cabossé, on ne peut rien lui faire qui le dénature.)

L’accent d’EDF

Agression. Un représentant d’EDF parle à la BBC. La France est probablement la seule nation à ne pas avoir compris que le plus important en anglais est l’accent. Non seulement, il révèle le niveau d’éducation du locuteur, mais aussi son intention. Celle du Français évoque le sans-culotte.

Bien sûr, ce n’est pas vrai pour tout le monde. Il y a quelques Français ayant des responsabilités internationales, qui parlent sans agressivité. Et la voix d’Hercule Poirot peut-être, selon l’interprête, pleine de séduction enfantine.

Et cela ne fait que rehausser les mérites d’EDF qui s’est imposée comme une puissance en Angleterre. En quelque-sorte elle a réussi là où l’Etat chinois a échoué : le bras armé d’un pays totalitaire a pris le contrôle d’une partie de l’économie anglaise. Et la BBC n’en parle qu’avec stupeur et tremblements.

BBC

Cette année fut l’année BBC. J’ai changé de téléphone. Le nouveau me permet maintenant d’écouter la radio sur Internet. (L’autre n’en avait plus la capacité.)

J’aime bien les émissions intello. Mais, mon fournisseur usuel, France Culture, manque de souffle. Qui trop embrasse mal étreint ? La BBC ne le remplace pas, mais m’a fait faire la découverte d’une drogue : ses feuilletons radiophoniques.

J’ai un penchant particulier pour les histoires criminelles. Et aussi pour les classiques anglais, que, bien souvent j’avais mal lus.

Vais-je comprendre ? Me suis-je demandé. Je n’ai jamais fait aucun effort pour apprendre l’anglais. Et ce en dépit d’un an en Angleterre, et d’une carrière passablement internationale. Eh bien, le phénomène est curieux. Je comprends, quand le sujet m’intéresse. En fait, je ne peux pas m’empêcher de comprendre… Ce qui m’a amené à une constatation inquiétante : il n’est pas loin d’en être de même pour le français.