Séduction d’Al-Qaïda

Il semblerait que ce soit le cas pour des jeunes fort ignorants de la religion musulmane, et fort mal intégrés dans la société, qui y verraient le moyen d’y trouver une équipe et de l’excitation. (Phénomène identique au hooliganisme ?)
Conclusion : pour combattre Al-Qaïda, il faut montrer que c’est démodé, et inventer des exutoires moins dangereux pour la jeunesse.
Dommage que l’on n’y ait pas pensé plus tôt…

Jihad et Arabie Saoudite

Le Jihadisme saoudien semble avoir une curieuse histoire :
Naissance : conjonction d’intérêts favorables à l’Ouest et d’une volonté de quelques-uns d’accomplir des actions glorieuses au nom de l’Islam. Puis erreurs du pouvoir qui conduisent au conflit, et aussi révolte au spectacle des souffrances du monde musulman. Devenu plus adroit, le gouvernement saoudien ferait entrer la situation dans l’ordre.
Enseignement ? Dans la lutte contre Al Qaeda « il est plus urgent de se préoccuper des symboles de la souffrance musulmane, que de réformer économiquement et politiquement les pays arabes ».

Colonialisme paisible

Émission entendue hier matin sur RFI, dont je n’ai pas réussi à trouver la trace sur son site web, d’où le flou du propos :

Il était question d’un docteur de l’Islam africain, me semble-t-il, qui avait joué une sorte de rôle de préfet à l’époque coloniale. Une période qu’il aurait vécue avec bonheur : il pensait que l’Islam devait se nourrir du progrès occidental. Qu’il semblait voir comme une bénédiction.

Il se trouve qu’au même moment, je lisais la vie de Cicéron, et l’opinion que le Romain avait de la conquête : le conquis était le protégé du conquérant, des liens de dépendance se tissaient ainsi.

Je m’interroge de plus en plus : des deux lequel est le plus condamnable : le colonialisme occidental ou la décolonisation ?

Voile et loi

Faut-il interdire le voile intégral par la loi ? J’ai entendu hier, sur France Culture, un reportage qui m’a plu :

On y suivait le travail de la commission parlementaire qui examine le sujet. Pour une fois, j’ai entendu des gens qui semblaient avoir des convictions. On sentait de l’émotion. J’avais fini pas croire que les politiques n’étaient que de froids calculateurs, qui obéissent, au mieux, à des idéaux théoriques. Surtout, le groupe semblait réellement chercher une solution à une question qui le préoccupait, et non vouloir imposer je ne sais quelle idée préconçue. Les experts n’étaient pas là pour dire la loi, mais pour proposer des outils et signaler des contraintes. De la différence ne surgissait pas l’affrontement mais l’idée. Enfin un débat digne de ce nom ?

Je me suis demandé si ce n’était pas une leçon donnée à ceux qui, comme M.Peillon, refusent la discussion quand ils croient y voir une manipulation : toutes les manipulations peuvent être retournées contre leurs intentions ; et, si l’on ne parle pas, on ne peut pas être entendu. Mais encore faut-il avoir quelque chose à dire.

Qu’en tirer sur le fond ? Ce voile me semble poser des difficultés quotidiennes au fonctionnement de la société : à l’Éducation nationale, aux hôpitaux, à l’état civil, etc. Et peut-être aussi à l’assistance sociale : dans certains cas, il semble pris sous la contrainte – c’est une atteinte à la liberté de l’individu.

Il y a alors conflits. Ne serait-ce pas ces conflits qu’il faudrait apprendre à traiter avec tolérance, mais aussi dans le respect des règles qui organisent la société ?

Au fond, n’est-ce pas le problème que révèle le voile : une désagrégation du lien social, qui laisse se former des communautés hostiles ?

Compléments :

Tristes Tropiques, Claude Lévi-Strauss

Livre de Claude Lévi-Strauss que j’ai retrouvé après un oubli de 9 ans. Je n’avais pas été convaincu par ses réflexions sur la vie et le monde, qui ne me semblaient pas étayées. Ses tentatives de prospective me paraissaient malheureuses. Des idées qui lui avaient traversé la tête ? Je n’ai pas changé d’avis.

C’est un grand et agréable écrivain, lorsqu’il compte ses aventures. Ce n’est pas un ethnologue mais un homme dont la vie est réflexion, et qui utilise la vie pour stimuler cette réflexion. Tocqueville était parti en Amérique pour analyser sa démocratie afin de comprendre l’avenir de la France, de même Claude Lévi-Strauss part à la recherche du rêve de Rousseau, qu’il admire immensément. Il cherche un idéal humain, présent en partie chez tous les peuples, particulièrement chez les peuplades néolithiques, et fort peu chez nous. Un « âge d’or » qu’il ne tient qu’à nous d’approcher.
L’écriture, l’effacement du mythe au profit de la raison (autrement dit la victoire des Lumières) nous auraient éloignés de cet âge d’or, pas loin duquel serait arrivé le Bouddhisme, « religion du non savoir ».
Les religions suivantes, Christianisme et Islam seraient allées de mal en pis. Particulièrement l’Islam, « où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse », qui aurait dressé un mur entre Orient et Occident empêchant une jonction, salutaire pour le second, entre Bouddhisme et Christianisme. 
Vision crépusculaire de l’histoire humaine, et particulièrement de notre civilisation, machine infernale à produire de l’entropie, du désordre (qu’il appelle « inertie »), et entre-temps à passer avec obstination à côté de ce qui fait le beau de la vie.
La seule activité digne de l’humanité, si je le comprends bien, consiste « à saisir l’essence de ce qu’elle fut et continue d’être, en deçà de la pensée et au-delà de la société ». Inspiration proche de celle des intellectuels de l’époque, gens de néant et d’absurde, Heidegger, Sartre ou Camus ? (La philosophie n’est pas un acte individuel mais une mode collective ?)
Et le structuralisme là dedans ? Une démonstration qui m’a laissé perplexe. Une tentative d’interprétation de l’art de la décoration d’un groupe d’indiens en fonction des règles organisant sa vie. Le fait qu’une fois peints ils ressemblent à des « cartes à jouer » semble avoir été l’intuition qui lui a permis sa découverte. Tout cela me semble fort peu scientifique car bien peu « falsifiable », comme disent les Anglo-saxons. Sans compter que je doute de la représentativité des « sauvages » qu’il a étudiés, et qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes.
Mais pourquoi donc s’est-il engagé dans ces théories compliquées et ne s’est-il pas contenté, lui qui semblait béni des Dieux, de profiter de la vie, sans explication ? N’était-ce pas le plus sûr moyen d’atteindre son idéal ?

Voile intégral

Une ethnologue (Dounia Bouzar) parle du voile intégral dans une émission de France Culture, ce matin.

On serait en face d’un mouvement sectaire : des jeunes sans attaches, sans appartenance, issus du système d’éducation français et qui ne connaissent rien à l’Islam. Le mouvement viendrait d’une variante du Salafisme des années 30, ravivée par la CIA, qui l’avait utilisée pour combattre l’URSS. Curieusement c’est avant tout une réaction contre l’Islam. Les membres de ces sectes seraient des sortes d’élus auquel le Paradis serait promis, exclusivement.

Compléments :

  • De l’instrumentalisation de l’Islam par l’Occident dans sa lutte contre les slaves : ELSÄSSER, Jürgen, Comment le Djihad est arrivé en Europe, Xenia, 2006.

Minaret suisse

Vote suisse interdisant les minarets des mosquées.

J’entends une émission de radio qui s’en étonne. Mais elle me semble donner la solution de l’énigme : ce que le Suisse entend de l’Islam, c’est la burqa, l’oppression de la femme, les attentats terroristes, l’intolérance et le jihad. Qui voudrait voter pour le symbole de tels maux ?

Problème de conduite du changement que l’on oublie souvent : un groupe d’hommes décide en fonction de ce qu’il sait. Si ce qu’il sait ne présente pas toute la réalité, il prendra une décision incorrecte (et inattendue).

Les médias font face à un dilemme : l’information qu’ils nous transmettent nous amène à faire des choix qui vont à l’encontre des principes qu’ils défendent. Comment se tirer de ce mauvais pas ? En laissant passer toute l’information. C’est à nous de faire un choix, pas aux journalistes.