Éloge de l’irrationalité

Si je rédige un billet à cette heure, c’est parce que j’ai trouvé la porte de ma piscine close. Elle devait être vidangée le 12. Il faudra quatre jours de plus. Inefficacité française me suis-je dis.

Mais une pensée optimiste m’a traversé la tête. Imaginons que le monde soit bien organisé, suive des lois claires, que plus personne ne prenne à l’envers les sens interdits de mon quartier… Nous serions en grand danger, car ce petit nombre de règles nous rendrait prévisibles, donc susceptibles d’être liquidés massivement par toute agression extérieure (virus…). Le stratège chinois ne fait-il pas de la force de l’ennemi la cause de sa perte ?

Compléments :

  • Une chronique passionnante de la Chine éternelle, et des stratégies de ses généraux : LOUO, Kouan-Tchong, Les Trois Royaumes, Flammarion, 1992.
  • Autre éloge de l’irrationalité : Selective enforcement

Urgences, entreprise, changement

Urgences d’un hôpital de banlieue. On y entend beaucoup crier. Mère bohémienne qui ne veut pas être séparée de son fils ; accidenté qui a peur pour sa vie ; parents qui s’impatientent de voir que l’on ne s’occupe pas de leur enfant ; paumés qui prennent les urgences pour un asile de nuit et réclament leur repas.

Dans l’entreprise, le changement révèle des tentions de même nature, mais plus complexes à déchiffrer, plus insidieuses, et plus redoutables. On ne craint pas pour sa vie, ou pour celle des siens, mais, bien plus souvent pour son confort. On s’est trop souvent enfoncé dans une sorte de paresse intellectuelle, et on a, inconsciemment, peur de ne pas être capable de faire face aux responsabilités de sa position, dont on se fait une idée erronée. Pour ne pas révéler ces « déchets toxiques » (une expression de psychologue), on est prêt à toutes les bassesses, et on peut compter sur l’appui implicite de ses pairs, tous dans la même situation.

Comment naviguer dans cette irrationalité ? Le spécialiste de conduite du changement ne sauve pas des vies, il « sauve des faces ».