La pensée décoloniale

La pensée « décoloniale », curieux mot. Qu’est-ce ?

le colonialisme et donc le racisme sont une essence occidentale, ils sont consubstantiels à l’Occident et au capitalisme avec lequel il se confond, et ils ne disparaîtront qu’avec eux. (L’obsession identitaire et la question des discriminations)

Autrement dit, il faut liquider l’Occident ?

On entend beaucoup parler nos élites intellectuelles et politiques de « colonialisme », serait-ce ce qu’elles ont en tête ?

Le féminicide est-il un génocide ?

Le concept de féminicide cacherait des enjeux invisibles. Une analyse de la question par des juristes.

Le féminicide, pour certains militants, serait une manifestation du rapport de « domination » de l’homme sur la femme, inhérent à notre société. Cela ressemblerait au génocide. Le Français aurait décidé de faire disparaître la Française.

En faisant entrer un terme, apparemment innocent, dans la loi, on reconnaît implicitement la réalité de ce diagnostic. Et si, au lieu de faire passer le changement en force, on avançait à visage découvert ?

(Et si l’on faisait une étude anthropologique des motivations de nos classes dirigeantes ?)

L'Education nationale encourage-t-elle la paresse intellectuelle ?

J’ai fait mon service militaire de manière légèrement décalée, si bien que je ne suis pas tombé au milieu de la France diplômée, mais de la France ordinaire.

Il y a une grande différence entre elles. La première est incapable de démonter et de remonter un fusil, ou de le nettoyer. C’est facile pour l’autre. L’explication tient à ce que la première a besoin de règles simples, d’un mode d’emploi, alors que, dans la nature, il n’y en a pas. Tout est intuition. Il n’est pas possible de définir « le travail bien fait ». C’est une question, en quelque-sorte, pour esthète.

Pour autant, l’esprit simplifié du diplômé est peut-être utile, à condition qu’il ne veuille pas dicter sa loi à la nature. En effet, lorsqu’il parvient à modéliser ce qu’est en train de faire l’intuition, il est capable de voir si elle ne s’égare pas, et, éventuellement, de l’accélérer, en mobilisant, par une parole facile à comprendre, la société.

Domination

Les hautes sphères de notre société ont un vocabulaire qui leur est propre. Par exemple, un cri de ralliement est « care » (en anglais, ou « soin », en français). Un autre mot important est « domination », ou « rapport de domination ».

Qui composent ces hautes sphères ? L’élite ? Les intellectuels ? Les diplômés ? La gauche socialiste ?… Leur maître à penser est Flaubert, leur manifeste sont Les fleurs du mal. Au 19ème siècle, on les appelait les « bohèmes ». La plupart des artistes de l’époque avaient le baccalauréat, ce qui était extrêmement rare. Ils étaient fils de famille. Cela leur permettait de ne pas vivre de leur art.

Curieusement, les Bohèmes ne se comportent pas en héros pendant les guerres. Ce sont des combattants de la paix. Leur ennemi, c’est le bourgeois. (« Epater le bourgeois », disait-on au temps de Flaubert.) Le « rapport de domination » de la « bourgeoisie » a remplacé celui de l’aristocratie. La société est oppression, il faut la renverser. Voilà ce qu’ils pensent.

Aujourd’hui, le Bohème a poursuivi ses études et est haut fonctionnaire, mais il a conservé un tempérament d’artiste. Il « domine » une société faite exclusivement de bourgeois, que, logiquement, il combat.

Cela pourrait expliquer les changements en cours. Il est possible que le peuple cherche à se donner des dirigeants qui lui ressemblent, ou que le Bohème devienne bourgeois, ou retourne aux marges de la société.

(Mise en ordre d’une série de billets.)

Le philosophe est-il encore une autorité ?

Ce qu’il y a de curieux chez des Edgar Morin et des Bernard Stiegler, c’est qu’ils font appel à des théories scientifiques éculées.

Il y a eu un grand moment de foi aveugle en la science, après guerre. Le scientifique était, alors, « autorité ». On l’écoutait religieusement. Et il disait l’avenir. Emmené par les philosophes, 68 a abattu l’autorité. On s’est mis à douter, avec une certaine raison, des théories dont on était si fiers.

Or, ces mêmes philosophes les ont reprises. Et, derrière un discours abscons, qui les masquent, ils en font la justification de leur autorité. Ce qu’ils n’ont pas compris, probablement, est ce qui faisait la source de l’autorité. Après guerre, il y avait peu de gens éduqués. Maintenant, ce n’est plus le cas. Beaucoup maitrisent mieux ce dont parlent nos philosophes qu’eux mêmes.

On ne naît pas autorité, on le devient ?

Marx, l'aristocrate ?

Nos « intellectuels » modernes donnent l’impression de préférer l’aristocrate, par exemple Sade, au révolutionnaire. Voici ce que me répond un éminent universitaire :

« je crois que le paradoxe vient de Marx lui-même, qui reprochait à la classe bourgeoise d’avoir sous prétexte de révolution libératrice usurpé le pouvoir auparavant détenu par la royauté et l’aristocratie, tout en prétendant avoir établi l’égalité. Au moins sous l’Ancien Régime la conscience de classe existait et tout le monde savait à quel rang de la société il appartenait. La bourgeoisie ayant pris le pouvoir, mystifie les prolétaires en leur faisant croire qu’il n’y a plus de classes. C’est pourquoi les marxistes se chargent, par une pédagogie lourdement insistante, à inculquer la conscience de classe à ceux qui ne l’ont pas. Il flotte chez Marx une certaine nostalgie de l’aristocratie, dont la nomenclatura soviétique constituait une caricature.« 

Et si l’a priori d’une société de classes nous montait tous les uns contre les autres ?

L'espèce humaine peut-elle disparaître ?

Bernard Stiegler, avec beaucoup d’intellectuels, estime que l’espèce humaine peut disparaître d’ici un ou deux siècles.

Ce qui me semble extraordinairement crétin. Et ce au moins pour deux raisons.

D’abord, l’espèce humaine est faite de milliards de personnes. N’est-il pas hautement vraisemblable que même la pire des catastrophes en laisse quelques-unes en vie ? Et que celles-ci, équipées de tout le matériel de l’humanité, s’adaptent ? Dans l’histoire de l’humanité, entre les guerres et les épidémies, la catastrophe n’est pas l’exception, mais la règle.

Ensuite, la notion « d’espèce » n’a aucun sens. Il n’y a pas de lien de continuité fort entre les hommes, ils changent et se transforment. Pour nos descendants, nous serons des extraterrestres.

Question : qu’est-ce qui pousse ces « autorités de la pensée » à dire des choses aussi ridicules ? (Et même contre-productives, si l’on estime qu’ils ont à coeur le bonheur de l’humanité. )

La formation déforme

Le « diplômé » est à la mode. Il a tout le pouvoir, et on n’est pas content de ce qu’il en a fait. La cause du « populisme », c’est lui. Du coup on l’analyse sous toutes ses coutures.

Exemple inattendu d’énantiodromie, sa caractéristique la plus frappante est qu’il ne comprend rien. Il est totalement fermé au reste du monde. En fait, il semble ne pas pouvoir concevoir que l’on pense différemment de lui. Se croirait-il possesseur du savoir absolu ?

Y aurait-il là un effet pervers de notre enseignement ? Au lieu d’armer des hommes pour tirer parti de la complexité du monde, elle en fait des autistes ?

Il y a quelques années, j’ai lu une étude faite aux USA et concernant des diplômés d’économie. Ceux qui s’étaient arrêtés au « Master » n’étaient que certitudes, ceux qui avaient poursuivi en thèse (généralement les plus brillants) n’étaient que doutes.

Voix du peuple, voix de Dieu ?

Un de mes billets parlait de nanoparticules. Depuis j’ai approfondi le sujet. La nanoparticule a été à la mode à une époque, maintenant, elle fait peur. Pour autant, sa nocivité n’est pas démontrée. (Et on ne cherche que bien mollement à la démontrer.)

Dorénavant l’opinion, bonne ou mauvaise, est toute puissante ? La science est en déroute ?

Le scientifique est le premier coupable du discrédit qui le frappe. Car, il est le premier à vouloir manipuler l’opinion pour en arriver à ses fins. Il suffit de voir comment il essaie de nous convaincre qu’il faut agir contre l’effet de serre.

Quand un savant veut faire de la politique, il perd son âme. Le savant doit revenir à son laboratoire. Et l’opinion doit acquérir l’esprit scientifique ?