Spéculation quantique

Les hasards d’Internet me font trouver un chercheur qui doute que l’on puisse mettre un jour au point un ordinateur quantique. Ce serait du fait d’une question de « bruit ». L’article étant ancien, j’ai cherché si son point de vue n’avait pas changé. Apparemment non.

Il cite d’ailleurs un autre article qui se conclut par le constat qu’à chaque fois qu’un ordinateur quantique semble réussir un exploit, un ordinateur classique fait de même.

a common misconception is that the many-body dynamics of a quantum computer is necessarily exponentially difficult to calculate on classical hardware. In reality, it is at most exponentially hard. There are almost always hidden structures that scientists learn to exploit to speed up the calculations. The number of problems that were apparently exponentially difficult and that were solved in polynomial time with numerical techniques is quickly growing.

Mais, curieusement, il ne le fait pas n’importe comment. Il a trouvé le moyen de rendre classiques les techniques quantiques. Les techniques de l’ordinateur quantique sont retournées contre lui !

Ce type d’argument passe largement au dessus de la tête de l’investisseur (et de la mienne). Il croit, à tort, que, ce type de recherche fondamentale obéit aux règles du capital risque ordinaire.

Ce que j’observe de l’histoire des grandes innovations, c’est qu’elles demandent généralement plusieurs générations pour être mises au point. Les entrepreneurs qui les attaquent en premier finissent souvent sur la paille. C’est pour cela que la recherche fondamentale est généralement publique. Il semble que cette vérité ait été oubliée.

Tout ceci pose une question. Le « défi » lancé par l’ordinateur quantique, comme tout défi du même ordre, est extrêmement stimulant pour le génie humain, seulement, les moyens qui y sont investis n’auraient-ils pas plus d’effets ailleurs ?

« Low tech » et innovation

Je me souviens d’avoir rencontré un professeur d’entrepreneuriat du MIT, qui disait que seulement 3% des entreprises créées autour du MIT l’étaient pour exploiter de grandes découvertes techniques ou scientifiques. Tout le reste ressortissait au « conventionnel ».

Je me demande s’il ne faudrait pas réhabiliter le « low tech ». Tous les coups de génie que j’ai rencontrés dans ma vie étaient de cet ordre. Ils correspondaient à ce que Paul Watzlawick appelle « changement d’ordre 2 ». Le changement d’ordre 1 consiste à mieux jouer, le changement d’ordre 2 à changer les règles du jeu.

Comme le dit, en substance, une chanson de Boris Vian, ce qui compte dans une bombe n’est pas sa puissance, mais là où elle tombe…

(Au fond, l’innovation ne serait-elle pas un synonyme de « changement » ?)

Monde quantique

La découverte de la mécanique quantique aurait produit une transformation du monde bien supérieure à la révolution industrielle. Car nous sommes quantiques : il n’y aurait pas de laser, d’électronique, donc de smartphone, d’ordinateur, d’Internet et de numérique, sans mécanique quantique.

Je n’en avais pas conscience.

D’ailleurs, c’est un paradoxe. Car la mécanique quantique nous reste toujours en travers de la gorge. L’émission qui m’a fait écrire ces phrases (la science cqfd, de France culture) faisait entendre Louis Leprince-Ringuet qui disait, d’ailleurs, que ses élèves polytechniciens avaient beaucoup de difficultés avec la mécanique quantique, alors qu’ils n’en avaient pas avec la relativité.

Autre paradoxe : les découvertes ont immédiatement conduit à des applications. Ce qui montre peut-être que nous sommes avant tout pragmatiques.

C’est Einstein qui semble personnifier le mieux le trouble que suscite le quantique. Planck a eu l’idée de proposer une modélisation quantique pour résoudre une énigme. Einstein a pensé qu’il y avait une réalité derrière cette modélisation. Ce qui lui a permis d’expliquer le phénomène photo-électrique. Du coup, il a montré la voie à la physique. (Ce qui ferait de lui le véritable père de la physique quantique. Avec, de surcroit, la découverte de la dualité corpuscule – onde.) Mais, au même moment, il s’est dit que ce qu’il avait trouvé était impossible, sans quoi le monde serait absurde.

Colle

Des bénéfices de la colle. Une émission de la BBC. (Glued up : the sticky story of humanity.)

Effectivement, on ne se rend pas compte du rôle de la colle. Et de son ancienneté : les hommes préhistoriques collaient. Et parce qu’ils mâchaient la colle, il s’y est piégé leur ADN, et même celui de leur diète alimentaire. (Apparemment, les mâcheurs d’Europe étaient noirs aux yeux bleus et ils mangeaient des canards et des noisettes.) Aujourd’hui la colle permet de faire des composites, auparavant du contre-plaqué, le tout essentiel pour l’aviation, entre-autres.

Pour une raison qui m’a échappé, le caoutchouc était aussi de la partie. C’est à Goodyear que l’on doit son usage généralisé. C’est un hasard qui lui a fait découvrir la vulcanisation, qui a permis cet usage. Grande leçon d’innovation : Goodyear a procédé sans aucune méthode, tentant toutes les idées possibles. Et il a fini ruiné. Curieusement : des civilisations sud américaines avaient découvert ce procédé des millénaires plus tôt.

Les bénéfices de l’intelligence artificielle

AI heralds the next generation of financial scams
Voice cloning is just one of the new tools in the tricksters’ armoury

UK banks prepare for deepfake fraud wave
Experts warn that rapidly developing technology threatens to ‘put financial crime on steroids’

Financial Times, hier

On a enfin trouvé une utilité indubitable à l’intelligence artificielle ?

Une société qui a pour valeur l’innovation devrait faire du malfrat un héros ?

Sociologie du skateboard

Vive le réchauffement climatique ?

Vague de chaleur en Californie. Plus d’eau pour les piscines. On découvre qu’elles donnent des ailes au skateboard. Des innovations techniques qui transforment la qualité des roues, la culture surf et l’esprit des affaires locaux, et c’est parti. Une nouvelle industrie est née, et ses milliards de dollars.

Le secret de l’innovation ? Une masse critique sociologique, et une étincelle de hasard ?

“When you look a bit deeper, it confirms our thinking that climate and environmental factors deeply influence society. These developments are not random – in the case of skateboarding, you needed each one of the ingredients to exist in the same place and time. It couldn’t have happened ten years earlier, ten years later, or a few hundred miles away.”

Une recherche de l’Université de Cambridge

Fraude scientifique

There is a scientific fraud epidemic — and we are ignoring the cure
Rooting out manipulation should not depend on dedicated amateurs who take personal legal risks for the greater good

Financial Times, mercredi dernier

Nous avons vécu un grand moment libéral. Le marché était le bien, et il fallait qu’il gouverne toutes nos activités. Et ce à commencer par la science. M.Sarkozy, chez nous, a affirmé haut et fort que son mal était qu’elle n’était pas assez évaluée, par exemple. Publish or perish.

Un jeune docteur du MIT m’a dit que devant la charge de travail qu’était une carrière universitaire, il avait préféré se faire employer par Amazon. Pour survivre dans cet univers impitoyable, certains, qui en outre n’avaient peut-être pas ses capacités scientifiques !, ont peut-être choisi la solution du sociologue Merton, l’innovation, c’est à dire tricher.

Il reste maintenant à retrouver un esprit scientifique. Une chose semble avoir été démontrée, c’est que ce n’est pas celui du marché.

ADN et société

Ce que dit l’article précédent des rôles du bruit et de l’ADN se retrouve dans la vie quotidienne.

Prenons le cas d’une découverte, par exemple celle de l’appareil photo. Au début, il y a une idée simple. La chambre obscure. Mais ça ne marche pas très bien, alors on cherche des idées nouvelles. Et l’innovation ne se met au point qu’à coups de hasards. A posteriori l’histoire semblait écrite et, pourtant, elle n’est que chaos.

Quand on y réfléchit un peu, il est possible qu’il en soit de même de notre vie. Peut-être est-elle comme un voilier ? Elle ne peut rien faire sans vent, seulement celui-ci vient de tous les côtés, avec toutes les forces. Mais, ce qui compte est « qu’il vienne » ? Ensuite, « la chance sourit à l’esprit éclairé » ?

Grand théorème de Fermat

En anglais, le grand théorème de Fermat serait appelé son « dernier théorème ». Apparemment, parce qu’il aurait été le dernier à être démontré.

In our time, de la BBC, lui consacrait une émission. J’ai appris, en particulier, qu’il y avait une formule qui permettait de savoir si un exposant vérifiait ou non le théorème.

J’ai aussi appris que ce théorème n’avait aucun intérêt. Ce qui en a eu, c’est tout l’effort qui a été nécessaire pour le résoudre.

Fermat dit avoir trouvé une solution. Elle n’était pas dans ses papiers. Mais, si elle existe, cela a certainement été un bien qu’on l’est perdue.

Exemple, aussi, qu’il n’y a pas de « conquête de l’inutile ». C’est le défi, souvent risible, qu’il se lance, qui est le moteur du génie de l’homme !

Perte de mémoire

La particularité de l’intelligence artificielle, c’est d’utiliser le travail de l’homme, pour se passer de lui.

C’est croire, implicitement, que l’on n’aura plus jamais besoin de sa capacité de création !

C’est une tendance, que j’ai détectée depuis longtemps : une grande partie de « l’innovation » moderne n’est, en fait, que travail d’illusionnisme. Avec, en particulier, un jeu sur les mots : la mort est une maladie, pourquoi n’investit-on pas plus pour la soigner (investissez dans ma start-up) ?…

La question : comment en prendre le contre-pied, avant que les dommages ne soient irréversibles ?