Drôle de mine

Il n’y a pas que le numérique ! Au Canada, les mines peuvent aussi faire des bulles.

A-t-on l’équivalent chez nous ? On trouve dans les programmes de la BBC des enquêtes passionnantes. Un journaliste de l’Empire a consacré 25 ans de sa vie à étudier tel ou tel scandale ou crime crapuleux. Et il présente ses travaux sous la forme d’un feuilleton, dont les effets sont soigneusement calculés. Riveting, comme on dit en anglais.

Dernier en date : The $6 Billion Gold scam. A la fin des années 90, des prospecteurs disent avoir découvert la mine d’or du siècle aux Philippines. Un géologue hollandais, au bout du rouleau, et une compagnie canadienne famélique leur emboîtent la pas. On trouve de plus en plus d’or. Le cours de l’action de ladite société s’envole. En fait, c’était, très probablement, un coup monté par des géologues philippins. Une révolte de l’exploité ? L’organisateur s’est évanoui dans la nature, en faisant croire à sa mort. Personne n’a été condamné. Le petit porteur qui se pensait millionnaire s’est retrouvé gros Jean comme devant.

Eternelle recette de l’escroquerie ? Un des sous-produits du capitalisme ?

Le coupable et l’escroc

Une des découvertes de ce blog aura été l’escroquerie.

On croit que l’escroquerie est un délit un rien ridicule, alors qu’elle est un phénomène de haute psychologie. Elle ressortit aux « techniques d’influence ». Les études que j’ai lues expliquent que l’escroc ne dit à sa victime que ce qu’elle a envie d’entendre. D’où le succès des discours parlant de la « fin du travail ». Peut être aussi de celui de Pétain. L’escroquerie est probablement une des techniques de conduite du changement les plus pratiquées. Particulièrement entre amis.

D’où, surtout, la difficulté qu’il y a à redresser la situation : le danger est de révéler à la personne qu’elle est à la fois victime et coupable. J’ai deux mauvaises nouvelles à vous dire, par laquelle voulez-vous que je commence ?

Météo déréglée

Il fait froid et il pleut. Mais quand, donc, va commencer le printemps ? Je n’en peux plus. Un ami me disait que c’était un temps pour climatosceptique.

D’où ma surprise : vendredi, en cherchant une raison d’espérer sur un site de prévision météo, je lis que nous en serions au 28ème mois record. La température moyenne aurait connu une hausse de 0,1° par rapport au précédent mai le plus chaud.

Cela tiendrait à ce qu’il y a eu une pointe de température au début du mois.

Voilà qui fait comprendre pourquoi tant de monde vote Trump ?

Puissance de l’intellect

La République de Platon fut une révélation.

L’intellectuel, qui se nomme philosophe, veut être le roi de la cité. (Car il n’y a que la royauté qui vaille, la démocratie étant l’antichambre de la tyrannie, dit Platon.)

Son arme ? Il invente la morale. Il définit le « bien », et comment on y parvient. Et cela contredit les usages ancestraux de la cité. Elle est donc, totalement, en tort. Elle est le mal.

Lorsque Tocqueville décrit le mécanisme qui a mis la France et l’Europe à feu et à sang, lors de la révolution, il parle exactement du même phénomène, quasiment dans ces termes.

« Le gouvernement central ne se bornait pas à venir au secours des paysans dans leurs misères ; il prétendait leur enseigner l’art de s’enrichir, les y aider et les y forcer au besoin. »

« le gouvernement était déjà passé du rôle de souverain au rôle de tuteur »

 « tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps »

« dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel ».

« la même ignorance leur livrait l’oreille et le cœur de la foule ».

Une des découvertes de ce blog a été que les techniques de changement vont au delà de celles que l’on trouve dans les livre de cours. « L’influence », la manipulation des esprits, est l’outil de « conduite du changement » le plus utilisé de nos jours. Et il est utilisé par un autre phénomène de société qui est apparu aussi progressivement dans ce blog : « l’intellectuel ».

New space

J’ai toujours une guerre de retard. J’ai découvert le « new space », il y a un ou deux ans, alors qu’il aurait été inventé par M.Bush, en 2004, et stimulé par M.Obama.

Son principe est qu’il y a des affaires à faire sur la Lune, en particulier, et que c’est à l’initiative privée de l’exploiter. Ce qui demande que le droit de propriété s’applique à la Lune. Ce qui va à l’encontre des traités qui la régissent. Mais ce n’est pas un traité international qui peut arrêter les USA. En fait, surtout, il faudra fort longtemps pour pouvoir y gagner de l’argent. Alors, la NASA finance et financera encore pendant des décennies « l’initiative » privée des milliardaires américains.

(On va s’installer sur la Lune, La science CQFD, France culture.)

C’est étonnant à quel point nous, Européens, sommes innocents. Soudainement nous croyons qu’une vague d’innovations crée un nouveau Far West de l’entreprenariat, alors qu’il y a derrière cette mode, totalement artificielle, les manoeuvres d’un Etat (et que la technique en matière spatiale a énormément régressé). Et nous sommes persuadés que seul le marché libre peut créer l’innovation, alors que tous les autres peuples font assaut de protectionnisme ! A qui profite le crime ? se demanderaient les zélateurs de la théorie du complot.

Appel au secours

AI could kill call centres, says Tata Consultancy Services boss
Chatbots will soon take over much of the work of human agents, forecasts chief of Indian IT group

Financial Times du 25 avril

Depuis qu’il existe des centres d’appel, il se trouve toujours quelqu’un pour nous expliquer qu’ils vont disparaître, tués par la machine.

Le plus surprenant est que, dans notre société, il n’y ait plus que le marketing qui ait la parole. Si la démocratie n’est qu’une histoire de contre-pouvoirs, M.Montesquieu, il y a encore du boulot à faire pour en réussir une.

Du biais

Un économiste disait que le succès de Keynes venait de ce qu’il avait dit aux politiques ce qu’ils avaient envie d’entendre : pour relance l’économie, il suffisait de dépenser.

On peut imaginer qu’il en a été de même du libéralisme : il enjoint le législateur de démanteler toute législation.

Et maintenant, on en est à la « valeur travail ». On pourrait penser que c’est le contre-pied des deux précédents paragraphes. Que nenni. Ce n’est qu’un slogan. Ceux qui l’agitent n’ont apparemment pas compris qu’ils devaient balayer devant leur porte.

Le phénomène semble général. Nous tendons à suivre la pente de moindre effort. Et c’est pour cela que nous sommes facilement manipulables.

Ce qui semble nous redresser est la crise. La paresse intellectuelle n’est plus permise. Peut-être aussi que de slogan en slogan, on finit par déboucher sur une idée utile, que quelqu’un est capable d’utiliser ? En tous cas, il pourrait être utile de faire des exercices de critique de sa pensée (ce que les anciens semblent avoir appelé « dialectique »). Et peut-être aussi ferait-on bien de se demander si la paresse intellectuelle est innée ou acquise…

(Et si la « société », pour nous gouverner aisément, donc ne pas avoir à gérer notre « complexité », avait intérêt à nous rendre manipulables ?)

Protection de l’enfance

L’Angleterre s’indigne, ai-je entendu à la BBC il y a quelques jours. WhatsApp veut abaisser l’âge d’utilisation de son application à 13 ans. Or l’enfant y est soumis aux pires horreurs.

Tant qu’on y est, ne ferions-nous pas bien de nous demander à quoi l’enfant est soumis par la société ? Toute ce qui se déverse d’injonctions sur lui est-il bon pour sa santé mentale ?

Travail gratuit

Je lisais quelque part que le travail de la femme représentait des milliards d’impayés.

Etant célibataire, et m’occupant des tâches ménagères, cela m’a fait penser que j’étais aussi un exploité. Mais, en observant ce qui se passe autour de moi, je constate qu’hommes et femmes travaillent tout autant l’un que l’autre « gratuitement » : je n’en vois jamais un se reposer, pendant que l’autre s’occupe de l’intérêt général. Seulement, il y a division des tâches.

Vous qui faites l’opinion, serait-il temps que vous preniez conscience que la société a changé ?

(Et, d’ailleurs, pourquoi vouloir donner à tout une valeur marchande ? Ce qui a le plus de prix, n’a pas de prix.)

Conflit de générations

Un entrepreneur mûr me parlait d’incommunicabilité. Il ne parvient pas à parler aux entrepreneurs jeunes. Pourtant, son métier est le développement durable.

Il donne une explication à laquelle je n’avais pas pensé : le jeune est convaincu que le vieux est coupable de l’état de la planète, et qu’en conséquence, ce dernier est un dangereux incompétent. Et, surtout, qu’il, le jeune, doit suivre ce qu’il a dans la tête. Tout ce qu’on peut lui dire ne compte pas, il est faux.

L’intérêt que je vois dans cette hypothèse est qu’elle donne un nouvel exemple d’une situation dans laquelle un homme peut se couper du reste de la société et, surtout, inventer une « vérité alternative », qui vient de nulle part. Au fond, c’est ce que l’on a appelé le « phénomène communautaire ». C’est peut-être, tout simplement, l’explication du fanatisme.

Quels en sont les ingrédients ? Personne coupée de la réalité ? Résultat à la fois du « libéralisme » qui rompt le lien social, par principe, et d’un bombardement de l’individu, isolé, de slogans idéologiques, quels qu’ils soient ?