La Bourse ou la vie

Le Financial Times (31 octobre) : « Samsung falls short of expectations as chipmaker fails to reap AI benefits ».

Lorsque j’ai commencé à lire la presse américaine, j’ai découvert le terme « mode de management ». En fait je pensais que c’était un effet Panurge. C’est plus fort que cela : lorsqu’un mot est à la mode toute la société fait pression sur l’entreprise, par le biais de la bourse, pour qu’elle le mette à son catalogue.

l’individualisme forcené produit d’étranges effets de masse.

Sens des mots

Sophisme, cynisme, scepticisme, utilitarisme, critique… Il est curieux comme certains mots changent de sens en leur inverse. Il en est de même « d’élite », qui est devenu un terme de mépris.

D’autres, comme stoïcisme ou épicurisme, s’en tirent un peu mieux. Dans leur cas, le sens a été affadi, en quelque-sorte neutralisé.

Phénomène d’ensemble : « sinistrisme », notre vocabulaire tend à être déformé de façon à nous encourager à la dépression ?

Quel enseignement en tirer ? Peut-être, comme le dit Thucydide, que les mots servent à nous manipuler. Et que l’on finit par s’en rendre compte. Ce qui leur fait perdre leur sens ? C’est comme cela que notre société devient « chiante » ?

Antidote ? Sous les pavés la plage, en revenir aux intentions initiales ?

Nobel de la mode

La lettre d’information de l’Université de Cambridge annonce que trois anciens élèves viennent de recevoir le prix Nobel. Un en physique et deux en chimie, et tous pour des travaux liés à l’intelligence artificielle.

Au fait de leur gloire, Camus et Sartre ont reçu le prix Nobel. Obama a reçu le Nobel anti-Bush… ce qui me frappe à chaque fois que je regarde la raison d’un Nobel, c’est son « actualité ». Il semble que le Nobel récompense un engouement social. Hype ?

Hype

Le mot « hype » est entré, depuis quelques décennies, dans notre vocabulaire. Du moins dans celui d’un petit groupe de gens qui s’occupent de finance et de start-up. Je ne m’étais pas demandé d’où il venait. Eh bien ce serait de « hyperbole ».

Une émission de la BBC (Peak Hype, 2019) faisait remonter le phénomène à la guerre de 14 et à un neveu américain de Freud. Celui-ci avait été employé par le président Wilson pour convaincre les Américains qu’ils devaient entrer en guerre. Puis, après guerre, il prit conscience qu’il pourrait utiliser cette technique à des fins en quelque-sorte pacifiques. Un de ses premiers exploits aurait été d’amener les femmes à fumer. C’était un acte de libération.

Wikipedia dit : « Hype (derived from hyperbole) is promotion, especially promotion consisting of exaggerated claims. » Serait-ce ce qu’un temps on a appelé « propagande » ? Mais, du moins dans l’acception moderne, la technique consiste surtout à créer une « mode ». C’est l’usage de la communication pour créer chez l’homme un phénomène collectif d’enthousiasme irrationnel. Une technique de manipulation des esprits.

Si l’on en parle autant cela tient probablement à ce que c’est un art américain et que la culture américaine est actuellement dominante.

Grand froid

On nous annonce un hiver froid. (Cela a bien commencé.) Ce serait une conséquence de El Nino.

Comme les paquets de cigarette, l’information était assortie d’un avertissement : n’oublions pas le réchauffement climatique !

Peut-être serait-il temps de comprendre que prendre les gens pour des imbéciles peut nuire gravement à la cause que l’on défend ?

Fluctuante immigration

L’autre jour, un « petit bateau » de plus avait fait naufrage, dans la Manche. Le gouvernement travailliste anglais s’en prenait aux trafiquants d’êtres humains.

Il serait intéressant d’étudier l’évolution de ce qui est dit de l’immigration, au moins par la radio. Jadis, il était mal de condamner l’immigration, maintenant il est bien de condamner ce qui lui permet d’exister…

Ce n’est pas la girouette qui change… ?

Fuel poverty

« Fuel poverty » disait la BBC, hier matin. Beaucoup d’Anglais ne parviennent plus à payer le prix de leur chauffage.

Un autre billet disait que, à Roubaix, 50% de la population était sous le seuil de la pauvreté. La pauvreté serait-elle redevenue le mal de l’Occident ? Pourquoi ne semble-elle pas avoir préoccupé nos gouvernements ? Pourquoi n’en parle-t-on pas plus ?

Aurait-on cru qu’il était suffisant de s’occuper de « discriminations » ? Un mal de riche ?

Bataille du passé

« Who controls the past controls the future » aurait dit George Orwell.

En écoutant les chaînes musicales, je me dis que ce pourrait être la devise de notre époque. Elles découvrent sans cesse des compositrices que seul le complot masculin a maintenu dans l’ombre.

Pourquoi ne pas dire, simplement, que l’on n’a plus envie de vivre dans la société de nos parents ? Pourquoi vouloir faire reposer l’ordre social sur une sorte de loi naturelle ?

Et si l’on prenait conscience que c’est un procédé totalitaire ? Peut être en arriverait-on à penser que la démocratie a des ressources tout aussi efficaces de conduite du changement ?

Candidat artificiel

Jobhunters flood recruiters with AI-generated CVs
About half of applicants are using tools such as ChatGPT to help write cover letters but without editing the language is ‘clunky’

Financial Times du 13 août

Je devrais ouvrir une agence de presse. Le FT reprend avec des mois de retard ce que l’on trouve sur ce site.

Et encore, le FT fait preuve d’une remarquable indépendance d’esprit.

Et si l’on enseignait au journaliste l’art de la critique ?

Le biais du bon élève

J’ai hérité de mon père le biais du bon élève.

Il consiste à penser juste un raisonnement parce qu’on le comprend.

Or, ce n’est pas le raisonnement seul qui fait la vérité, mais ce sur quoi il est basé.

S’interroger sur ses présupposés s’appelle la « critique », ai-je appris (cf. les « critiques » de Kant). Je manque d’esprit critique.

En fait, c’est ma conscience qui joue le rôle de critique. Elle me réveille la nuit. Et je comprends soudain qu’il y a quelque-chose qui ne va pas. Heureux ceux dont la conscience n’a pas été liquidée par l’éducation ! Ce sont probablement eux que Bergson appelle de ses voeux.

Et cela explique probablement pourquoi les bons élèves qui nous gouvernent sont si faciles à manipuler et font autant d’erreurs fatales ?

(Posséder ce biais est un très gros avantage concurrentiel lorsque l’on fait des études, et dans la vie, en général : on raisonne à la vitesse de l’éclair ?)