La réinvention du capitalisme

Lorsque j’étais à l’Insead, il y a plus de 20 ans, on m’a enseigné qu’il fallait optimiser la « valeur actionnaire ». Pourquoi ? Parce que le « marché savait ». Et voilà comment on a réinventé le capitalisme, me semble-t-il… 
Dans cette vision anglo-saxonne, celui qui possède le capital possède l’entreprise. L’anthropologue s’étrangle. Une entreprise est une société humaine, avec sa « culture », par exemple. Et tout le monde participe à une société, elle n’appartient à personne en particulier. L’employé invente, parfait, transforme, il contribue à l’identité de l’entreprise, à sa force. Pour couper l’herbe sous le pied à cet argument, les capitalistes ont réinventé le taylorisme. L’employé non actionnaire applique des procédures. On ne lui demande plus que sa force de travail, sa partie animale. On le paie pour ce qu’il fait. Il n’a pas d’autres droits. Et on le met en concurrence pour qu’il coûte le moins possible. Pour le faire travailler, il faut des gardes chiourmes. Ceux-là reçoivent des actions. (C’est la théorie de l’Agence : intérêts communs entre actionnaire et management.) Voilà pourquoi les entreprises sont redevenues des bureaucraties. 
Le capitalisme est une maladie du système monétaire. La monnaie a pour seul usage de faciliter les échanges. Le capitaliste a parasité ce système. Il accumule la monnaie pour en priver le système. Pour cela, il est devenu un génie du « jeu de la valeur ». Un jeu de manipulation par lequel on convainc l’autre qu’il vaut moins que soi.
Peut-être qu’à une époque l’accumulation de moyens en quelques mains a permis la révolution industrielle. Mais, aujourd’hui, il semble qu’elle n’ait plus pour seul usage que de constituer une société de classes. Un monde à la Mad Max. 

Apprenons la manipulation avec les Anglo-saxons ?

La caractéristique de la perfide Albion, c’est diviser pour régner. Une technique qui semble idéale pour exploiter des colonies. A commencer par l’Angleterre initiale, colonie d’une poignée de Nordiques alliée à quelques collabos locaux ? Le principe de la société anglaise serait-il là ? 
Quant aux USA, je me demande si leur principe n’est pas le marché. Comme je le disais ailleurs, ils ont développé une technique qui permet d’orienter le marché, plus généralement une société, où bon leur semble. Technique qui utilise les mêmes principes que la spéculation. 
Modélisation à laquelle j’aboutis, pour le moment. Il semblerait qu’une société ait deux équilibres. L’un qui est peut être « l’intérêt général ». Et l’autre, une sorte de minimum absolu. Ce second s’atteint en jouant sur les vices ou les failles de l’individu. Une forme de diviser pour régner crée un marché (i.e. des individus sans lien social). Un tel assemblage d’hommes conserve un comportement collectif (« la main invisible »?). Mais qui est beaucoup plus facile à manipuler que s’il émanait d’une société réelle.

Manipulation et conduite du changement

Dans mon précédent billet je disais que l’homme semble avoir la capacité de créer une sorte d’opinion publique artificielle, et de calquer son comportement sur elle. Cela est généralement utile. Exemples :

  • Expérience de Thomas Schelling : si vous donnez une carte à des membres d’un groupe dispersé et leur demandez où sont susceptibles d’aller les autres, un grand nombre va indiquer un même endroit (une fourche d’une rivière, par exemple). Ils peuvent ainsi se retrouver sans avoir besoin de communiquer. (Cf. « les grands esprits se rencontrent ».)
  • Le langage. On n’écrit pas ce que l’on pense, mais ce qui est susceptible d’être compris. (C’est pourquoi, j’essaie de simplifier mon vocabulaire. Et de réduire la longueur de mes phrases.)
Mais cela paraît aussi avoir des effets indésirables. Une forme de résistance au changement. Ainsi, mes missions de conduite du changement amènent souvent les membres d’un groupe à découvrir 1) qu’ils ne pensent pas ce qu’ils croient « qu’il faut penser » ; 2) mais que ce qu’ils pensent réellement est aussi ce que pensent les autres. 
Il est donc possible que « l’ancrage » puisse prêter à la manipulation. L’exemple de Bernard Madoff. Il aurait laissé entendre que son activité légale lui donnait accès à une information illégale. Voilà pourquoi il gagnait beaucoup. On lui donnait donc de l’argent, pour profiter de son illégalité. Mais, aussi, on avait tout intérêt à ce qu’aucune enquête ne soit faite sur la question. Une minorité, habile, pourrait ainsi exploiter une majorité.

Utiliser la stupidité de la foule n’a cependant pas que des avantages. En effet, quand elle découvre qu’elle a été bernée, la dite foule est prête à écouter le premier démagogue venu. Serait-ce ce qui fait le succès des partis extrémistes un peu partout en Occident ? 

Corruption : et si la Chine se purgeait de l’Occident ?

Que sommes-nous allés faire en Libye ? Pourquoi laissons-nous le chaos s’y installer ? Même chose qu’en Iraq ? Et si c’était une question de pétrole ? Au moment où un fonds d’investissement peut mettre l’Argentine en faillite, et s’il était temps de s’interroger sur les forces qui sont au pouvoir en Occident ?
Et si son moteur était une sorte de « soif du mal », comme le disent franchement la Silicon Valley et MIT ? Et si elle manipulait nos élites ? En menaçant de révéler qu’elles nous exploitent ? Et si c’était pour cela que la corruption a gangréné le monde ? En particulier, les pays les plus fragiles, c’est-à-dire non occidentaux ? Et si la campagne anti-corruption chinoise était une campagne anti-Occident ?
Et si le monde se réveillait et rejetait, violemment, l’Occident et toutes ses valeurs ? Les bonnes comme les mauvaises ? Que faire ?
Nuit du 4 août. Il faut changer le comportement occidental. Il faut remettre le marché et ses fonds vautours à leur place. C’est-à-dire au service de l’homme. Il faut reconnaître publiquement nos torts collectifs. Il faut montrer que nous ne sommes pas que cela. Quant à notre élite, nous en avons besoin, elle a un rôle social que personne d’autre ne peut assurer. La pression de l’opinion publique doit l’amener à changer de comportement. Et, surtout, à renoncer au lavage de cerveau comme mode de gouvernement. C’est du moins ce qu’il me semble.

Hamas, Ukraine, drones, marché et individu

La mesure de rétorsion a connu une révolution ! Guerre des drones de M.Obama, Ukraine, Israël contre Hamas, c’est partout pareil. Les USA et Israël visent des individus. La rétorsion n’est pas collective.
Ce qu’il y a de curieux est que lorsque ces mêmes personnes nous parlent de marché, il s’agit d’une force aveugle et mystérieuse. Mais, pourquoi le marché ne serait-il pas comme Al Qaeda, la Russie ou le Hamas, le fait d’un petit nombre de meneurs, qu’il suffirait d’intimider ? N’est-ce pas, d’ailleurs, ce que réussit le pouvoir Chinois vis-à-vis d’Internet et, plus généralement, des aspirations à la démocratie ?
Nous traiterait-on comme des imbéciles ?

Le totalitarisme est le propre de l'Occident

Le précédent billet conjecture que la philosophie est le propre de l’Occident. Mais, alors, comment expliquer que certains de nos philosophes patentés, tels Sartre et Beauvoir, sont allés jusqu’à nier, par principe, tout ce qu’on leur disait de Staline ? Et qu’aujourd’hui certains les vénèrent comme des saints ? 

Parce que la philosophie a été transformée, en France, en opium du peuple. Ce qui pourrait se modéliser ainsi :

Une tendance naturelle de l’individualisme est la recherche de son intérêt personnel. Donc la négation de l’autre. Lorsqu’un individu acquiert un avantage quelconque (il s’enrichit, réussit des concours, etc.), son succès le renforce dans ses certitudes. Alors, il s’auto proclame « élite ». Et cherche à convaincre la population d’accepter un statu quo qui l’avantage, en lui expliquant qu’il a un talent hors du commun. D’où la vogue du darwinisme. Ce travail de conviction est une manipulation de l’inconscient collectif : « l’influence ». Un art dont les Anglo-saxons sont des maîtres, et dont l’outil premier est l’éducation. Totalitarisme. 

L’Occident a son Yin et son Yang ? Oscillation entre totalitarisme et révolte de l’individu contre la pseudo « tradition » qui veut lui imposer le totalitarisme pour le soumettre. 
(Dans le même ordre d’idées, et expliquant mieux la question de l’influence : un autre billet. Et une autre forme de Yin et Yang occidental : l’organisation pirate.)

Après (20)14, les années folles ?

Il y a 100 ans, l’attentat de Sarajevo donnait le coup d’envoi de la guerre de 14. Nous entrons dans une période de souvenirs et d’interrogation sur nous-mêmes. En particulier, j’en suis venu à me demander si nous ne pourrions pas connaître des années folles. Voici pourquoi :

Le travail que je fais pour ce blog m’amène à constater que notre cerveau a été lavé. Pour simplifier :

  • La gauche nous dit que nous sommes l’incarnation du mal. Racistes, colonialistes… Repentons-nous. 
  • La droite nous dit que nous refusons le changement. C’est-à-dire le marché et ses créations, le numérique en premier lieu. Si nous ne sommes pas de bons collabos de l’entreprise, c’est le chômage.

Nous n’avons plus le droit de parler, et notre inconscient a fait sien cette interdiction. Nous nous croyons coupables. Ce procédé est sûrement aussi vieux que le monde. C’est ainsi qu’une classe maintient ses privilèges. Mais pourquoi continuer ? Et si le bonheur était au coin de la rue ?

(Sur l’invention de l’enfer par Platon, et sa réutilisation par l’Eglise : ici.)

Besoin d'honnêteté

Je retrouve le message d’Humble Inquiry dans Talk lean (billet précédent). Phénomène de société ?

Nous ne savons plus qui croire. Tout est manipulation. Le seul moyen de revenir à du solide est d’essayer de retrouver des fondations fermes :

  • La première de ces fondations, c’est soi. Ne parlons pas de grandes lois morales ou de la nature, mais de ce que nous sentons, ce que nous voulons. Là, nous sommes légitimes. 
  • Ensuite, il faut stabiliser l’autre. Il faut le comprendre suffisamment bien pour connaître celles de ses caractéristiques qui sont inamovibles. Pour cela, il faut procéder à une enquête. Cette enquête passe par le décodage de nos émotions. Elles nous disent justement que quelque chose nous échappe chez l’autre. Ce qui se fait en l’interrogeant. Mais surtout en travaillant ensemble à un projet qui est dans l’intérêt de chacun. 
  • Enfin, tout passe par le langage. L’implicite, dans la mesure du possible, doit être combattu. 

La Poste et la conduite du changement

La Poste chercherait une directrice de la communication qui s’entende en conduite du changement. Voici ce que me dit une interlocutrice. Elle voit dans cette annonce une discrimination.

Pour ma part, j’y vois un signal inquiétant. Que cela signifie-t-il de vouloir conduire le changement par la communication ? Lavage de cerveau ? La Poste vient de changer de dirigeant, serait-ce la nouvelle ligne du Parti ? Mais je me trompe certainement. Je suis déformé par mon expérience.

Le succès est le fruit du hasard

On fait faire à des personnes, divisées en groupes, l’exercice suivant. Choisir le morceau de musique qui leur plaît. Et ce en étant relié par des réseaux sociaux. Résultat ? Effet boule de neige. Plus un morceau est populaire, plus il le devient. Mais chaque groupe choisit un morceau différent.

Le succès serait-il aléatoire ? Pas totalement. Certains morceaux n’auront jamais de succès. Et si l’on veut faire croire à la popularité de « mauvais » morceaux, c’est l’intérêt pour la musique qui s’effondre. (Le mécanisme de recommandation est vu comme n’étant plus fiable ?)

Qu’un tel hasard existe doit logiquement pousser chaque producteur, en toute bonne fois, à essayer d’influencer le mécanisme de recommandation. Celui qui gagne est alors le plus puissant. Y a-t-il corrélation entre ce que produit la puissance et ce que veut le peuple ? Si ce n’est pas le cas, il se peut alors que le peuple n’aime plus ce qu’on lui propose. Ou que ses goûts soient recodés ? L’article conclut que nous devons prendre des décisions par nous-mêmes, en nous méfiant de l’influence extérieure. Mais le monde n’est-il pas trop complexe pour que nous puissions nous passer de l’avis des autres ? Ces travaux ne sont-ils pas, avant tout, un encouragement à reconstruire des réseaux d’influence fiables ?