Fake news

Depuis quelques temps, j’entends que Theresa May se plaint des manoeuvres de l’Europe, qui se coalise pour faire échouer son élection. Ce qui surprend les dirigeants européens, qui la préfèrent à ses concurrents. En fait, ils savent que c’est une tactique qui sert à Mme May à assurer sa victoire. (Une victoire qui pourrait bien être fatale aux travaillistes.) Alors ils sourient en silence. D’ailleurs, s’ils disaient que Mme May est leur candidate, cela ne serait pas bon pour elle. Et peut-être même qu’ils s’ont d’accord : une forte Mme May pourra faire des concessions impopulaires ?
Ce type de comportement n’est pas une nouveauté. Mais, dans ces conditions, qui a le droit de critiquer M.Trump et ses « fake news » ? N’y a-t-il pas des façons de se faire élire sans utiliser le mensonge ? En parlant à l’intelligence des gens ? 

Vendeur

Beethoven, Chopin et quelques autres génies de la musique ont vécu des cours qu’ils donnaient, ou de postes qu’ils devaient à des gens qui étaient, infiniment, moins compétents qu’eux. C’est le paradoxe de la relation client / fournisseur ! C’est le client qui choisit, mais c’est le fournisseur qui sait. 
Cela explique peut-être quelque chose de surprenant. J’ai noté que beaucoup d’artisans semblent avoir été formés aux travaux des psychologues de l’influence. Erreur. C’est le contraire. Je me suis souvenu que ces travaux ont été tirés de l’observation des commerciaux. Morale : il est probable que le manipulateur est plus convaincant que la personne compétente !
(Si nos génies de la musique ont réussi à survivre, c’est, probablement, parce que leurs clients pouvaient reconnaître leur talent. Chez les nobles, la culture était enseignée tôt, en particulier au futur roi. Cela explique peut-être pourquoi les parvenus ne transmettaient pas leur métier à leurs enfants, mais voulaient qu’ils aient la meilleure éducation. Cela a été vrai aux USA. Le riche donnait un mari européen à sa fille. L’inculture n’y est une vertu que depuis peu.)

Science

M.Trump, sauveur de la science ? 
Après la crise de 2007, les économistes se sont demandé : pourquoi avons-nous pu utiliser des théories erronées, et plonger le monde dans le chaos ? Une réponse fut : parce que la science est financée par ceux qui ont de l’argent, pour répondre à leurs besoins. 
Mais il y a eu M.Trump et ses « fake news ». Il a réussi là où même le djihadiste des réseaux sociaux a échoué : on se met à vérifier ce qui se dit. Or, c’est le principe même de la science, selon Karl Popper. Une société de nouveau rigoureuse va-t-elle être innovante ? Louons M.Trump ?

Rodin

Maison de retraite. On découvre un plâtre signé de Rodin. De croûte, le dit plâtre passe au statut d’oeuvre d’art valant au moins sept cent mille euros. Voilà ce que disait France Info, hier matin. 
A quoi tient la valeur ? Pas à ce que clament les prix Nobel d’économie. La valeur d’un bien ne correspond pas à sa valeur pour l’humanité. La valeur est un fait social. Nous subissons un lavage de cerveau qui nous dit Rodin = cher, eau = gratuit. Bien sûr, le mécanisme de valorisation n’est pas totalement manipulé. Mais il l’est de plus en plus. C’est le rôle de la publicité. Mais, c’est aussi celui de toute communication, si possible subliminale, qui vise à influencer notre inconscient. Une série télé raconte bien plus qu’une histoire, elle nous transmet la vision du monde, du bien et du mal, qu’a son réalisateur. 

Miroir aux alouettes

Que ne faut-il pas demander à une transformation numérique… qui pourrait ou devrait être assumé par le management sous d’autres bannières ? me demande-t-on.
Je viens de rencontrer quelqu’un, de très compétent dans son métier et de très estimable, qui veut simplifier l’accès au droit français que nos députés compliquent à loisir. Il pensait que l’intelligence de l’ordinateur allait se repérer dans les textes confus et changeants. Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ? Ses confrères étaient trop rétrogrades pour cela ? Etre « disrupteur » est une question d’état d’esprit, pas de compétence ?
Les vendeurs laissent croire que leur logiciel va gérer votre entreprise sans vous. Pour cela ils jouent sur des termes tels qu’intelligence artificielle ou machine learning. En fait, si le dirigeant ne définit pas bien le problème qu’il veut résoudre, et ne fait pas un travail sérieux pour comprendre un minimum du métier des informaticiens ou des mathématiciens dont il a besoin, il n’obtiendra rien. Voilà, en substance, ma réponse.
(L’anecdote ci-dessus explique peut-être beaucoup de choses. Notamment la façon dont nous sommes gouvernés. Le haut personnage, lorsqu’il rencontre un charlatan, se croit le seul à pouvoir le comprendre. C’est parce qu’il ne sait rien de la question, qu’il peut se laisser berner. Et c’est parce que nous nous y connaissons que nous nous indignons, ce qui le convainc que nous sommes des attardés. Mieux : et si beaucoup de gens pensaient que gouverner, c’était une question de miracles, pas de travail ?)

Entraide entre ennemis

J’entendais dire que M.Poutine mettait ses moyens d’influence au service de Mme Le Pen. Mais Mme Le Pen, comme M.Trump, est nationaliste. Elle rejette la globalisation qui masquerait les dissensions entre peuples, qui ont conduit à bien des guerres. 
Il en est de même avec le gouvernement turc. Il est bon pour lui, apparemment, de susciter l’hostilité européenne. En conséquence, il menace d’agiter ses ressortissants immigrés, de façon à ce que les nationalistes européens s’en émeuvent et que les gouvernements européens soient contraints de préserver l’ordre publique par quelque mesure que l’on puisse interpréter comme hostile…
Il y a alliance entre opposés. Probablement pour défendre une valeur commune : la guerre. Montesquieu disait que le principe de la démocratie était « la vertu ». Tant que l’on n’a pas un peu observé la société, cela peut sembler bien théorique…

Fact checking

Après « fake news », il y a « fact checking ». Le populisme se nourrit de nouvelles fausses, on va lui couper l’herbe sous le pied. 
Problème : Il paraîtrait qu’aux USA 89% des Républicains estiment que les journaux ne sont pas honnêtes (France Culture, lundi matin). Quelle efficacité pour le fact checking si l’on ne croit pas les « fact checkers » ?
Et pourquoi ? Peut-être parce que l’électeur du populiste a fait son propre « fact checking ». Il constate qu’il y a eu un écart entre ce qu’on lui a dit et ce qui lui est arrivé. 

La résistance au changement

La résistance au changement est un cas de « framing ». Selon que l’on présente un fait d’une façon ou d’une autre, nous en tirons des conclusions différentes. On vous dit « résistance au changement », vous pensez volonté de nuire, arriération, refus du progrès, etc. Mais si l’on dit que les organisations, les entreprises en particulier, sont faites pour faire très bien toujours la même chose, donc résister au changement, cela vous paraîtra évident.
La résistance au changement est une propriété normale des organisations. Si on le comprend, on verra que c’est aussi un moyen de les faire changer. En effet, faire bouger une organisation est une question de motivation. Or, la résistance au changement est une motivation négative. Il suffit d’en comprendre la nature, pour la renverser. 

Tversky et Kahneman

Le plus vite vous découvrez que Tversky est plus intelligent que vous, le plus intelligent vous êtes. Voilà le test d’intelligence que l’on trouve à la page Tversky de wikipedia en anglais.
Les psychologues Amos Tversky et Daniel Kahneman ont conçu une série d’expériences qui montrent que l’homme est irrationnel. Exemple ? La décision que je prends dépend de la formulation du problème que l’on me pose. (A quoi tient la peine de mort…) Ce faisant ils ont réalisé le Graal de la science : une théorie dont on peut tester les prévisions. C’est ce que les économistes, leurs ordinateurs et leurs mathématiques ne parviennent pas à faire. Et c’est pour cela que Daniel Kahneman a reçu le Nobel d’économie en 2002. (Tversky est mort en 96.) 
Mais leurs travaux n’ont pas eu les résultats escomptés. L’économie classique, celle qui guide les décisions de nos gouvernants, repose sur l’hypothèse que l’individu est rationnel. Elle aurait dû s’effondrer. Or, elle ne s’est jamais aussi bien portée. En revanche, une nouvelle branche de l’économie est née : l’économie comportementale. Grâce à elle il est possible d’influencer les populations (effet « nudge », par exemple) pour que leurs comportements satisfassent l’économie classique. Un peu de manipulation, cela vous rend une population rationnelle. Dans le test d’intelligence, remplacez « Tversky » par « gouvernant ». 

Désinformation

La désinformation fait-elle élire un président ? Particulièrement quand elle touche Internet, et est le fait d’espions russes ? Certains l’ont dit, pour l’élection de M.Trump. Mais cela ne semble pas prouvé. Ce qui pourrait avoir fait du mal à Mme Clinton, c’était ses emails cachés. Idem pour M.Fillon : ce qui l’endommage, c’est l’interprétation qui est faite de vraies informations.
Autrement dit, si vous êtes un espion russe qui veut couler un adversaire, le mieux n’est pas la désinformation, mais de trouver une information honteuse, que vous ne diffuserez pas sur Internet, mais que vous enverrez aux médias traditionnels, qui la vérifieront soigneusement, ce qui la rendra crédible. Méthode Snowden.
Et si c’était cela qui faisait peur à nos hommes politiques ?
(A noter que même l’information honteuse n’est pas fatale : tout dépend ce que l’on en fait. M.Trump l’a montré. En outre, beaucoup de candidats aimeraient que l’espion russe s’intéresse à eux : cela signifierait qu’ils comptent pour quelque-chose.)