Le choix de Sophie

M.Trump est un grand manipulateur. Il a proposé aux démocrates « le choix de Sophie ». Vous votez le budget de ma grande muraille mexicaine, et je légalise vos enfants d’immigrés.

Les démocrates se sont indignés. Malheureusement, c’est eux qui avaient commencé ces tractations douteuses : vous légalisez mes enfants d’immigrés, ou je vous coupe la lumière. Quand on dîne avec le Diable…

Framing

A l’occasion de sa première année au pouvoir, M.Trump a accusé la presse d’être « à 90% hostile ». France Culture s’en faisait l’écho. En gros, elle disait qu’il était impossible de mesurer ces 90%.

France Culture a été victime d’une manipulation grossière, qui s’appelle « framing ». L’affirmation de M.Trump, qui pourrait être volontairement fausse, a orienté sa réponse. Non seulement elle l’a amenée à répercuter la déclaration de M.Trump, mais elle l’a placée sur la défensive : mais non, la presse ne dit pas un mal excessif de M.Trump.

Comment répondre à un framing ? En refusant les hypothèses sous jacentes. Par exemple : la presse juge par elle même, elle ne joue pas pour tel et tel camp. S’il se trouve qu’à 90% elle désapprouve une mesure de M.Trump, c’est que cette mesure est mauvaise.

Droits de l'homme

Lorsque M.Macron a rendu visite à la Chine, on lui a reproché de ne pas avoir parlé de « droits de l’homme ». Soudainement, quelque chose m’a frappé que je n’avais pas compris jusque-là. La définition de « droits de l’homme ». Il s’agissait de défendre trois opposants au régime, qui sont en prison. Des intellectuels.

Mais, sur une population qui compte plus d’un milliard de personnes, n’y a-t-il que trois personnes qui souffrent ? Des mineurs de fond ? Des paysans déplacés par millions ?… Cela m’a rappelé l’époque soviétique : on ne parlait au mieux que de Sakharov et de quelques autres ; on se fichait des conditions atroces dans lesquelles on vivait au Goulag. Quant à Mao, non seulement personne ne s’est préoccupé des résultats de ses révolutions culturelles, mais ceux qui auraient pu le faire étaient de son côté !

J’ai compris alors le bonheur d’être un intellectuel. Vous gagnez le paradis en échange de quelques manifestations bruyantes.

(Une illustration de mon billet traitant de « moral licensing ».)

L'art de la provocation

J’écoutais un journaliste espagnol, ayant vécu aux USA, expliquer que M.Trump vivait de la polémique. Il a passé un moment dans l’industrie du catch, où l’insulte est spectacle. Il n’est heureux que dans un tel milieu.

La provocation semble le principe de vie de beaucoup de gens. Est-ce durable ? Vu l’âge de M.Trump, la réponse est probablement oui. Explication ? A chaque fois qu’il dit une bêtise, ses adversaires pensent qu’il est fini ? Ce qui les empêche de trouver un moyen efficace de le liquider ? Aussi, le danger l’excite, ce qui le force à être sur ses gardes ?

Plus subtil, peut-être. En dépit de médias hostiles, il est le centre de l’attention mondiale. (Kim Jong Un et Nicolas Sarkozy doivent baver d’admiration.) Il y parvient par ses provocations. Mais c’est justement parce que les médias sont hostiles, que M.Trump dispose d’une extraordinaire caisse de résonance. C’est l’art de la guerre, à son meilleur ! (Sun Zu serait admiratif.)

Plus étrange, peut-être. Je soupçonne un phénomène bizarre : avoir une énorme notoriété, quelle qu’en soit la raison, est bon.

Moral licensing

Les psychologues ont un nom pour tout. « Moral licensing », c’est l’autorisation implicite que se donne celui qui fait le bien à transgresser ses principes. Apparemment des études scientifiques auraient montré ce phénomène à l’oeuvre chez les écologistes.

Je me demande si on ne le retrouve pas chez Mme de Sévigné. Elle vient d’écouter un prêche édifiant, et elle regarde d’un oeil indifférent le massacre, dans des conditions atroces, d’une révolte de miséreux bretons. (Et toutes ces affaires de harcèlement sexuel dans les milieux de gauche ?) Le « moral licensing » me concerne, d’ailleurs. Le régime alimentaire que m’inflige la Faculté me semblant excessif, je m’autorise un nombre d’entorses qui l’est peut-être aussi.

Les principes absolus aboliraient-ils le sens des responsabilités ? Et cela parce qu’ils nous font tellement souffrir qu’ils nous poussent à chercher des compensations ?

Complot

Un nombre surprenant de Français croit à la « théorie du complot ». France Culture le déplorait. Mais, en même temps, cette radio s’inquiète des scandales sanitaires qui se succèdent. Nous cacherait-on quelque-chose ?

J’entendais, au sujet du voyage de M.Macron en Chine, que l’Europe s’était faite tondre comme un mouton par ce pays. Voilà un propos qui aurait été impensable il y a seulement un an. De même la radioactivité de Tchernobyl s’était arrêtée aux frontières de la France. Et le « consensus de Washington » ? Quelques Américains puissants se mettent d’accord pour réformer le monde. Il en résulte une série de crises effroyables, notamment en Asie et en Russie. Elles ont dû démolir la vie de centaines de millions de personnes. Dans ces conditions, pourquoi ne pas penser que les USA soient aussi derrière les malheurs du Moyen Orient ? D’ailleurs, Ben Laden n’a-t-il pas commencé comme un agent américain ?…

Nos gouvernants cultivent le secret. Ils ne reconnaissent jamais leurs fautes. Ils font preuve d’un complexe de supériorité surprenant, et d’un mépris sans limites pour ceux qu’ils gouvernent. Voilà une hypothèse vraisemblable que l’on peut faire. Maintenant, qui est le plus ridicule ? Celui qui croit au complot ? Ou celui qui ne comprend pas pourquoi on croit au complot ?

Ridicule Trump

Pourquoi nous critique-t-il, il est des nôtres ? Voici ce que je lisais dans la presse américaine, démocrate, avant l’élection de M.Trump. M.Trump est un membre de l’élite intellectuelle, qui critique l’élite intellectuelle ! (On disait la même chose, à l’époque, de M.Macron.) M.Trump a en effet fait des études prestigieuses. Et il a été un moment démocrate.

De l’art du ridicule
Si on le dépeint maintenant comme un imbécile, c’est, probablement, l’effet d’un trait culturel américain. L’Amérique ne semble pas croire à la vérité. Ce qui est vrai est ce que le peuple croit. Voix du peuple, voix de Dieu. Et le peuple est influençable. Il y a une expression qui dit plus où moins « jeter quelque-chose contre le mur pour voir s’il tient » (wikipedia, pour une variante). C’est un art subtil. Une ancienne journaliste (française : cela marche aussi chez nous) m’a expliqué qu’elle avait trouvé un surnom à une personne : « le robot ». Effectivement, perdu dans ses pensées, il marchait comme un robot. Elle estimait que cela serait suffisant pour causer sa perte.

Fake book

Le livre qui vient d’être consacré à M.Trump est une illustration du phénomène « fake news ». Voilà ce que j’ai retenu d’une émission de France Culture. A savoir qu’il est écrit par un journaliste qui n’en est pas un, et qui prend l’information avec beaucoup de légèreté. Et qu’il joue sur un biais humain : rechercher les nouvelles qui confirment ce que l’on croit déjà.

Si nous nous flattons de notre perspicacité en entendant une nouvelle, c’est que quelqu’un est en train de nous manipuler, avec succès ?

La barbe

La mode de la barbe dure. J’ai été surpris de voir à quelle vitesse elle s’emparait de mes étudiants, il y a quelques années. Une année imberbe, l’année suivante barbue.

La mode aurait été lancée en Australie, il y a une décennie. Curieusement cela aurait été lié à un mouvement d’information sur le cancer de la prostate ! D’ailleurs, lors d’une mission à l’OCDE, fin 2013, on m’y avait parlé de quelque-chose de similaire : les jeunes employés s’y laissaient pousser la moustache, je crois, pour je ne sais plus qu’elle bonne cause.

Peut-être que tout mouvement grégaire commence par la volonté d’appartenir à une communauté d’élus ? L’aspiration étant commune nous finissons tous par faire la même chose ?

Individualisme et bien public

Intérêt de l’humanité ou connaissance : ils étaient probablement la motivation de Pasteur ou Fleming. Il y a encore peu, la recherche était un bien public.

Je pensais à cela en écoutant parler d’entreprises californiennes et israéliennes. Elles manipulent le vivant à titre lucratif. Et je trouvais ce qu’elles faisaient peu enthousiasmant et vaguement inquiétant. Quelle est leur motivation ? D’où, ceux qui les dirigent tirent-ils leur légitimité à décider, sans contrôle, et peut-être sans même réfléchir, de l’avenir de l’humanité ?

Changement systémique ? Il suffit de convaincre l’individu qu’il doit maximiser son intérêt pour que le fonctionnaire devienne un oligarque ? Du coup, il ne peut plus y avoir de « service public » ?