Flagship

Flagship, bateau amiral. On appelle désormais comme cela certains bâtiments commerciaux.

C’est curieux de voir comment les mots se diffusent. L’idée à dû venir de quelque-part aux USA. Puis elle a été reprise en France, sans aucune adaptation, voire traduction. Comme si le cerveau de ceux qui nous dirigent était sous-traité ailleurs.

Je crois que cela rejoint ce que dit Marc Bloch de la noblesse. Elle était issue d’un mélange entre les Francs et l’élite dirigeante gallo-romaine. Les idées du haut sont renouvelées par celles de l’extérieur, alors que celles du bas ne changent pas ? Dans les deux cas, on ne pense pas ?

Psychologie de l'escroquerie

L’escroc est honnête. Il croit à ce qu’il dit. Du moins, si l’on suit les observations des psychologues. Explication : on est plus convaincant quand on croit que lorsque l’on ne croit pas.

Plus paradoxal. Les victimes de l’escroc pensent très souvent, correctement, qu’elles participent à une escroquerie. Mais, elles n’ont pas saisi qui était escroqué.

Où s’arrête l’escroquerie ? La plupart du temps, elle ne promet pas le Pérou. Une personne de talent ne demande qu’à l’exercer. Pour cela, elle ne réclame qu’un modeste salaire. Mais elle est incapable de trouver un employeur. L’escroc va lui faire croire qu’il peut l’aider. Cet escroc, d’ailleurs, ne va peut-être pas lui soutirer de l’argent. Il peut le faire travailler pour rien. Sans aller très loin, on trouve facilement des exemples de ce comportement : c’est ainsi que procèdent beaucoup de « donneurs d’ordres ».

Durkheim aurait-il appelé l’escroquerie « fait social » ?

Crions vengeance

« La satisfaction qu’on tire de la vengeance ne dure qu’un moment : celle que nous donne la clémence est éternelle. » (Henri IV de Shakespeare traduit par J.J. Auffret)

Exemple de phrase creuse qui donne à peu de frais, pour le pisseur de lignes et pour l’intellect assoupi, l’impression de sagesse.

La vengeance est un style littéraire majeur, en particulier chez Shakespeare. Faut-il le renier ? Ne dit-on pas, aussi, que « la vengeance est un plat qui se mange froid » ? Et la Bible ? Et votre vie ? Qu’est-ce qui vous a donné le plus de satisfaction : clémence ou vengeance ?

Et si tout était dans le discernement ? Dans le jugement ? Et pas dans des phrases à l’emporte-pièce ?

Le ressort de la destinée

« C’est en chacun, dans son for intérieur, dans sa conscience et dans sa volonté que se trouve le ressort de la destinée. » (Elisée Reclus.)

Voilà qui va à l’encontre de ce que nous disent les sciences modernes du comportement : les conditions dans lesquelles nous nous trouvons orientent nos décisions ; nous surestimons la force de notre volonté.

C’est peut-être vrai à court terme, mais pas forcément à long terme. Même si l’homme est massivement influencé par son éducation, et par son milieu, il y a, au fond de lui, quelque-chose qui l’amène à douter. Et de là, avec beaucoup de difficultés, et de douleurs, peut émerger, après des années, le changement.

C’est mon opinion du moment.

Le philosophe moraliste

Ce qu’écrit Schopenhauer des femmes est très mal, disait un philosophe.

Je me suis demandé s’il ne commettait pas une faute professionnelle. Il avait été invité pour parler en spécialiste de l’oeuvre de Schopenhauer. Ce qu’il pense de Schopenhauer et des femmes est de l’ordre de son opinion personnelle. Utiliser son prestige académique pour nous persuader de ses idées n’est-il pas de l’ordre de la manipulation ?

(Comme si être une vedette de la chanson autorisait, par exemple, à s’affirmer comme un arbitre de la vie politique.)

Résistance au changement

Le jugement que l’on porte sur une question change en fonction de la façon dont on la présente.

Que faut-il faire pour parvenir au pouvoir ? Auriez-vous une chance de réussir ? D’ailleurs, cela vous semble-t-il digne de votre vie de s’engager sur ce chemin ? Si le candidat au pouvoir n’est pas un homme comme vous, à quoi peut-il ressembler ? Ses aspirations et le parcours qu’il doit suivre sont-ils compatibles avec compétence et souci de l’intérêt général ?…

Ainsi formulée la question du pouvoir, il est possible que l’on trouve quelque vertu à la résistance au changement.

Qui croire ?

L’affaire Arkadi Babtchenko (billet précédent) me rappelle un souvenir personnel. Il y a une bonne décennie, un grand patron à la retraite, fort polytechnicien, austère et respectable par ailleurs, avait envoyé à ses connaissances (dont moi) un mail nous informant d’une attaque de virus. Il fallait aller chercher un fichier, dans son ordinateur, qui avait pour icône un ourson, et le détruire. Cet homme respectable avait été victime de fake news. Mais qui aurait pu mettre en doute la parole d’une telle autorité ?

Il s’est passé quelque chose de curieux, il y a quelques années. J’ai commencé à prendre conscience de ce que ce qui semblait marcher jusque-là ne marchait plus. Beaucoup de gens ne se comportaient plus comme ceux à qui je les assimilais l’avaient fait. Le phénomène semble s’amplifier exponentiellement.

Difficile d’expliquer ce phénomène. Et, de toute manière, inutile de regretter le passé, il ne reviendra pas. La question est : comment s’adapter ?

Espion retourné

La Chine retourne nos espions, paraît-il. Je me suis demandé si la loi sur la protection des données était applicable, dans ce cas, et si l’Etat allait subir une amende fonction de son chiffre d’affaires.

J’ai surtout était étonné que l’on ait quelque-chose à nous voler. Elégante politesse chinoise : elle veut nous faire croire que nous sommes intéressants ?

D’ailleurs, est-ce les espions qu’il faut retourner ? Ne serait-il pas mieux, de manipuler les gouvernants d’un Etat, en ayant accès sur une base régulière et rigoureuse aux informations qu’obtient parfois le Canard Enchaîné ?

Gramsci

J’entendais beaucoup parler de Gramsci dans ma jeunesse. Un penseur marxiste mort en martyr, ça change du totalitarisme communiste. Si j’ai bien compris, sa théorie était que si nous acceptions le capitalisme, c’était dû à un lavage de cerveau. Le marxisme était une solution aussi durable que le capitalisme. En conséquence de quoi, il suffisait de nous laver le cerveau pour nous faire devenir communistes, et en être heureux.

La théorie du « lavage de cerveau » est aussi associée au postmodernisme. L’intellectuel, par sa parole, change le monde. Mais elle n’a pas abouti au communisme. L’intellectuel à remplacé De Gaulle par Gainsbourg. Une figure d’autorité par une autre. Il a changé le monde qui ne lui allait pas, par celui qui lui convenait. Puisqu’il représente le bien, il n’avait pas besoin de lire Gramsci, pour faire du Gramsci ?

Pouvoir de la femme

Le caprice est-il une arme ? Les femmes de jadis étaient dites capricieuses. Ce que l’on traduit par tête de linotte. Mais n’est-ce pas les sous-estimer ? Car le capricieux est imprévisible. Il demande une attention de tous les instants. Il ôte toute liberté à celui qui croit l’asservir. Et si le caprice était une technique d’emprise ? C’est ce que l’on voit dans les romans classiques : le caprice conduit à l’aliénation.

L’homme n’aurait-il pas beaucoup gagné avec le féminisme ?

(Sacha Guitry aurait dit :  » Si le plus grand plaisir des hommes est de se payer les corps des femmes, le plus grand plaisir des femmes est de se payer la tête des hommes. »)