Changement de changement ?

Le glyphosate est-ce dangereux ou non ? On n’en sait rien, concluait La méthode scientifique de France Culture.

Comme d’habitude, il faut attendre qu’il y ait des morts pour que l’on ait quelques certitudes ? (Une autre émission parlait des « radium girls », qui peignaient des cadrans phosphorescents avec un composé de radium, et s’empoisonnaient en humectant leurs pinceaux avec leurs lèvres.)

Dans ma jeunesse, on était persuadé que la science démêlerait le vrai du faux. Le changement, le progrès, avait pour moteur la raison et la science. Ce n’est pas ce qui est arrivé. Aujourd’hui, les changements sociaux ressemblent à la mode. Ils résultent d’un affrontement entre idéologies, employant tous les moyens possibles pour manipuler l’opinion.

Entre la science qui fait la loi et les luttes idéologiques, n’y aurait-il pas une troisième voie ?

Dissonance cognitive

Dans ma série de billets traitant des sciences de l’influence, je n’ai pas parlé de la « dissonance cognitive ». Un tort ?

La dissonance cognitive, est une différence entre ce que l’on dit et ce que l’on pense. Ce qui fait l’intérêt de ce phénomène est que c’est un moyen de manipulation puissant.

Une bande dessinée montre comment procéder. Un consultant met un employé en état de dissonance cognitive. Pourquoi acceptez-vous un travail si idiot ? L’employé supprime la dissonance en se convainquant qu’il adore son travail.

Je me demande si la dissonance cognitive n’est pas plus que cela. Tartuffe est convaincu de tartufferie. Il ne renonce pas à ce que j’interprète comme une dissonance. Il fuit, et il se venge. Je me demande si, dans la plupart des cas, l’homme dissonant sait, quasi consciemment, que ce qu’il fait n’est pas bien. Mais, il n’a pas la force morale de changer. Il ressemble à l’homme aux prises avec une drogue. Alors, son moyen d’éviter un malaise est de supprimer ceux qui lui en parlent.

Questions complémentaires :

  1. Qu’arrive-t-il si c’est impossible ? Il change, ou il se détruit ? 
  2. Souffrons-nous tous de dissonance cognitive ? 

Respect et société

Un importun sonne à votre porte. Il vous propose des services dont vous ne voulez pas. Vous faites une triste mine, mais vous le traitez avec urbanité. Vous le remerciez même. Lois de la politesse obligent. Vous êtes gêné, et lui vexé, car il sent que vous le considérez en sous-homme. Il en profite pour vous faire entrer dans une discussion compliquée, dont vous ne pouvez pas vous tirer, sans être impoli. Cercle vicieux.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Vous ne le traitez pas comme il le mérite, comme un être humain, avec respect. La politesse, c’est mécanique, cela ne fait pas fonctionner le libre arbitre. Considérer quelqu’un avec respect, demande de l’écouter et de lui expliquer pourquoi vous ne retenez pas sa proposition. Et que vous n’allez pas lui prendre plus de temps.

Il y a deux intérêts à rencontrer quelqu’un. Cela nous force à réfléchir à ce que nous devons lui dire, et à ses raisons. Cela nous permet de nous découvrir. Aussi, cela permet de le découvrir, et peut-être de réaliser quelque chose que l’on ne pouvait faire seul.

Curieusement, la société fait de nous des robots. Elle nous donne des règles de comportement. Elle nous rend paresseux du cerveau. Le psychologue Robert Cialdini en fait le principe de toute manipulation. On est toujours puni par là où on a pêché ?

Meurtrier et fier de l'être

Dostoievsky et Sommerset Maugham décrivent des meurtriers heureux. Choquant ?

Avons-nous une vision fausse des choses ? Notre société actuelle semble croire que nous sommes tous des criminels en puissance, ce que nous devons aux circonstances de notre enfance. Le criminel est une victime, donc, mais cela peut se soigner. A y bien réfléchir, c’est inquiétant : notre société ne nous prend-elle pas pour des fous, et elle pour un hôpital psychiatrique ? Le Stalinisme aurait-il vaincu ?

Et si, au contraire, nous étions, tous, contents de nous ? Aucune envie de, ou même capacité à, changer. Et si nos éventuels malaises venaient d’une société qui ne nous laisse pas satisfaire ce qu’elle considère comme des vices ? Pervers narcissique et fier de l’être ?

Faudrait-il revoir notre conception de la nature humaine ? L’homme est peut-être le fruit des circonstances, mais nous ne pouvons pas guider son développement. Même s’il « devient » (s’il change continûment), il « est » aussi : en permanence fini, complet. Il n’est ni bien, ni mal, mais lui. Cependant, comme dans les histoires de Dostoievsky, ses impulsions peuvent avoir un effet nocif sur la société. Dans ce modèle, le rôle de celle-ci est de lui faire signe à temps, mais surtout de l’aider à trouver, dans sa gamme de comportements possibles, celui qui peut le mieux, à la fois, le satisfaire et profiter à la communauté.

Psychologie de l'escroquerie

Si j’analyse correctement ce que l’on dit de l’escroc, sa force principale serait d’exploiter notre intérêt. C’est en suivant notre intérêt que nous faisons le sien. Ce qui est inquiétant.

Chester Barnard, théoricien des organisations, ne disait peut être pas autre chose. Pour lui, on nous avait inculqué l’amour de l’argent pour nous rendre gouvernables.

Comment échapper au piège ? Christian Kozar parle du « vol de la bécasse ». Le vol de la bécasse est prévisible « a posteriori », mais pas « a priori ». Si bien qu’elle est difficile à tirer par le chasseur.

Comment s’y prend-elle ? Peut-être qu’elle ne sait pas où elle va. Ce qui compte d’abord, c’est de prendre l’air. Dans n’importe quelle direction. C’est en hauteur que l’on peut prendre de bonnes décisions, pas au ras du sol.

Peut-être qu’en voulant être trop rationnel, on se coupe les ailes ? La bonne décision émerge d’un processus complexe, qui laisse beaucoup de place au hasard ? Et c’est peut-être en cherchant l’intérêt général qu’on a la plus grande chance de faire son intérêt particulier ?

Suivez votre intérêt, vous ferez le mien

Comment se fait-il que l’on se fasse aussi facilement manipuler ? se demandait un ami.

Le sujet est étudié par l’économie comportementale. Si quelqu’un en appelle à votre raison, c’est qu’il veut vous arnaquer. L’homme est « irrationnel ». Pour en faire ce que vous voulez, il faut habilement lui présenter les choses. C’est le « nudge » (donner un coup de pouce) des sciences économiques.

Un exemple ? « L’effet Kant ». Prenons des décisions que nous aimerions universelles, suggère Kant. A l’envers, ce qui nous est individuellement favorable, généralisé ne l’est pas toujours. Ainsi, le Français est attaché à l’héritage, seulement si l’Etat prenait tout à tout le monde et le redistribuait, l’immensité de la population s’en porterait bien mieux ; 68 : le renard libre dans un poulailler libre ; Goldman Sachs a expliqué que s’il vendait des produits financiers nocifs, c’est que le marché voulait en acheter ; et les réformes de l’Education nationale ?… Bref, suivez votre intérêt, vous ferez le mien.

La main invisible de Kant se cacherait-elle derrière des décennies de réformes, l’amour de notre société pour le « marché » et la démocratie, et, en résultat, les « 0,1% » ? Si tu écrivais un livre sur le sujet, je l’achèterai, m’a dit mon ami.

Père Noël artificiel

On paie des chercheurs pour donner du charisme aux machines. Voici ce que dit CAM, la revue des anciens de Cambridge. La transformation numérique serait-elle avant tout un exercice de manipulation ?

Mais qu’est-ce que le charisme ? Si l’on observe les hommes politiques, on peut se demander si ce n’est pas « quelque chose » qui fait que l’on aime quelqu’un alors qu’il ne fait pas ce qui est bien. C’est ce qui rend séduisant des très laids. Il y a une forme d’insolence de la chance dans le charisme ? De ce fait, le charisme ferait peut-être le printemps : ce ne serait pas l’homme charismatique qui changerait la société, mais la société qui créerait les conditions de la chance, donc du charisme. Elle voudrait croire au père Noël.

Après le conducteur d’auto, l’IA va-t-elle remplacer le père Noël ?

Société sous influence

Etudier le changement amène à découvrir la psychologie de l’influence. L’influence consiste à obtenir ce que l’on veut des autres, sans le leur demander. Comment ? Nous sommes tous plus ou moins codés par la société. Par exemple on tend à rendre quand on nous donne, ou l’on tend à aider le faible. Connaître ce codage donne le pouvoir.

Dans ce domaine, les meilleures pratiques sont probablement celles des escrocs. Ils nous révèlent à quel point nous sommes manipulables. En effet, ils se contentent de nous laisser entendre qu’ils peuvent réaliser ce dont nous rêvons. Ils n’ont d’ailleurs pas besoin de le faire consciemment. (D’après les travaux que j’ai lus, les bons escrocs n’ont pas conscience de l’être.) Ils constatent, simplement, qu’un certain type de comportement leur permet d’obtenir ce qu’ils désirent sans effort, et sans contre-partie. C’est un phénomène social, d’ailleurs.

Ce comportement est-il exceptionnel ? D’où la question importante. Nous ne pouvons vivre sans l’autre. Comment vivre dans une société d’escrocs ?

Quantum supremacy

L’article Quantum computing de wikipedia parle de Quantum supremacy. L’ordinateur quantique va écraser les ordinateurs classiques. Le même article dit que Google y est arrivé avant la fin de l’année dernière, et IBM y parviendra d’ici moins de cinq ans.

Etrange que l’on puisse considérer tous ces gens avec sérieux. Vit-on à l’heure de la Quantum supremacy ou de la marketing supremacy ?

(Concernant Google, et plus exactement, l’article dit que Google a prévu, quand ?, d’obtenir la « supremacy » avant fin 2017.)

Le Caravage

La publicité pour une exposition de l’oeuvre du Caravage m’a fait enquêter sur son cas. Selon moi, son oeuvre est un détournement des codes de la morale de l’époque. Ses tableaux, sous le couvert de sujets religieux, sont souvent à la gloire d’une forme d’homosexualité ancienne. L’homme raffiné entretenait des relations avec les enfants de la rue. Il a eu pour complices, il gagnait beaucoup d’argent, la haute société de son temps (Eglise incluse).

Décidément, la religion est l’opium du peuple ?