Meurtrier et fier de l'être

Dostoievsky et Sommerset Maugham décrivent des meurtriers heureux. Choquant ?

Avons-nous une vision fausse des choses ? Notre société actuelle semble croire que nous sommes tous des criminels en puissance, ce que nous devons aux circonstances de notre enfance. Le criminel est une victime, donc, mais cela peut se soigner. A y bien réfléchir, c’est inquiétant : notre société ne nous prend-elle pas pour des fous, et elle pour un hôpital psychiatrique ? Le Stalinisme aurait-il vaincu ?

Et si, au contraire, nous étions, tous, contents de nous ? Aucune envie de, ou même capacité à, changer. Et si nos éventuels malaises venaient d’une société qui ne nous laisse pas satisfaire ce qu’elle considère comme des vices ? Pervers narcissique et fier de l’être ?

Faudrait-il revoir notre conception de la nature humaine ? L’homme est peut-être le fruit des circonstances, mais nous ne pouvons pas guider son développement. Même s’il « devient » (s’il change continûment), il « est » aussi : en permanence fini, complet. Il n’est ni bien, ni mal, mais lui. Cependant, comme dans les histoires de Dostoievsky, ses impulsions peuvent avoir un effet nocif sur la société. Dans ce modèle, le rôle de celle-ci est de lui faire signe à temps, mais surtout de l’aider à trouver, dans sa gamme de comportements possibles, celui qui peut le mieux, à la fois, le satisfaire et profiter à la communauté.

Psychologie de l'escroquerie

Si j’analyse correctement ce que l’on dit de l’escroc, sa force principale serait d’exploiter notre intérêt. C’est en suivant notre intérêt que nous faisons le sien. Ce qui est inquiétant.

Chester Barnard, théoricien des organisations, ne disait peut être pas autre chose. Pour lui, on nous avait inculqué l’amour de l’argent pour nous rendre gouvernables.

Comment échapper au piège ? Christian Kozar parle du « vol de la bécasse ». Le vol de la bécasse est prévisible « a posteriori », mais pas « a priori ». Si bien qu’elle est difficile à tirer par le chasseur.

Comment s’y prend-elle ? Peut-être qu’elle ne sait pas où elle va. Ce qui compte d’abord, c’est de prendre l’air. Dans n’importe quelle direction. C’est en hauteur que l’on peut prendre de bonnes décisions, pas au ras du sol.

Peut-être qu’en voulant être trop rationnel, on se coupe les ailes ? La bonne décision émerge d’un processus complexe, qui laisse beaucoup de place au hasard ? Et c’est peut-être en cherchant l’intérêt général qu’on a la plus grande chance de faire son intérêt particulier ?

Suivez votre intérêt, vous ferez le mien

Comment se fait-il que l’on se fasse aussi facilement manipuler ? se demandait un ami.

Le sujet est étudié par l’économie comportementale. Si quelqu’un en appelle à votre raison, c’est qu’il veut vous arnaquer. L’homme est « irrationnel ». Pour en faire ce que vous voulez, il faut habilement lui présenter les choses. C’est le « nudge » (donner un coup de pouce) des sciences économiques.

Un exemple ? « L’effet Kant ». Prenons des décisions que nous aimerions universelles, suggère Kant. A l’envers, ce qui nous est individuellement favorable, généralisé ne l’est pas toujours. Ainsi, le Français est attaché à l’héritage, seulement si l’Etat prenait tout à tout le monde et le redistribuait, l’immensité de la population s’en porterait bien mieux ; 68 : le renard libre dans un poulailler libre ; Goldman Sachs a expliqué que s’il vendait des produits financiers nocifs, c’est que le marché voulait en acheter ; et les réformes de l’Education nationale ?… Bref, suivez votre intérêt, vous ferez le mien.

La main invisible de Kant se cacherait-elle derrière des décennies de réformes, l’amour de notre société pour le « marché » et la démocratie, et, en résultat, les « 0,1% » ? Si tu écrivais un livre sur le sujet, je l’achèterai, m’a dit mon ami.

Père Noël artificiel

On paie des chercheurs pour donner du charisme aux machines. Voici ce que dit CAM, la revue des anciens de Cambridge. La transformation numérique serait-elle avant tout un exercice de manipulation ?

Mais qu’est-ce que le charisme ? Si l’on observe les hommes politiques, on peut se demander si ce n’est pas « quelque chose » qui fait que l’on aime quelqu’un alors qu’il ne fait pas ce qui est bien. C’est ce qui rend séduisant des très laids. Il y a une forme d’insolence de la chance dans le charisme ? De ce fait, le charisme ferait peut-être le printemps : ce ne serait pas l’homme charismatique qui changerait la société, mais la société qui créerait les conditions de la chance, donc du charisme. Elle voudrait croire au père Noël.

Après le conducteur d’auto, l’IA va-t-elle remplacer le père Noël ?

Société sous influence

Etudier le changement amène à découvrir la psychologie de l’influence. L’influence consiste à obtenir ce que l’on veut des autres, sans le leur demander. Comment ? Nous sommes tous plus ou moins codés par la société. Par exemple on tend à rendre quand on nous donne, ou l’on tend à aider le faible. Connaître ce codage donne le pouvoir.

Dans ce domaine, les meilleures pratiques sont probablement celles des escrocs. Ils nous révèlent à quel point nous sommes manipulables. En effet, ils se contentent de nous laisser entendre qu’ils peuvent réaliser ce dont nous rêvons. Ils n’ont d’ailleurs pas besoin de le faire consciemment. (D’après les travaux que j’ai lus, les bons escrocs n’ont pas conscience de l’être.) Ils constatent, simplement, qu’un certain type de comportement leur permet d’obtenir ce qu’ils désirent sans effort, et sans contre-partie. C’est un phénomène social, d’ailleurs.

Ce comportement est-il exceptionnel ? D’où la question importante. Nous ne pouvons vivre sans l’autre. Comment vivre dans une société d’escrocs ?

Quantum supremacy

L’article Quantum computing de wikipedia parle de Quantum supremacy. L’ordinateur quantique va écraser les ordinateurs classiques. Le même article dit que Google y est arrivé avant la fin de l’année dernière, et IBM y parviendra d’ici moins de cinq ans.

Etrange que l’on puisse considérer tous ces gens avec sérieux. Vit-on à l’heure de la Quantum supremacy ou de la marketing supremacy ?

(Concernant Google, et plus exactement, l’article dit que Google a prévu, quand ?, d’obtenir la « supremacy » avant fin 2017.)

Le Caravage

La publicité pour une exposition de l’oeuvre du Caravage m’a fait enquêter sur son cas. Selon moi, son oeuvre est un détournement des codes de la morale de l’époque. Ses tableaux, sous le couvert de sujets religieux, sont souvent à la gloire d’une forme d’homosexualité ancienne. L’homme raffiné entretenait des relations avec les enfants de la rue. Il a eu pour complices, il gagnait beaucoup d’argent, la haute société de son temps (Eglise incluse).

Décidément, la religion est l’opium du peuple ?

Intelligence artificielle et progrès

Un peu contre mon gré, je me trouve au coeur du monde de l’Intelligence Artificielle. Petit à petit, je rassemble les éléments d’une enquête. Voici quelques, très surprenants pour moi, résultats provisoires.

  • L’IA serait vue comme une obligation ! Il faut y passer pensent les dirigeants. Mais, ils marchent à reculons. Ils attendent le dernier moment pour cela. « Cela les stresse » me dit-on. 
  • Il y a beaucoup de tests. Mais, seule une petite minorité d’entreprises a appliqué des solutions d’Intelligence artificielle à des problèmes critiques (mon échantillon n’est pas significatif). Elle est déçue. Les résultats obtenus n’ont pas été exploitables, semble-t-il. (Raisons à creuser.)
  • Par ailleurs les dirigeants ont des préoccupations. Elles sont « classiques » (exemple : perte d’avantage concurrentiel, ou de performance). Il y a, presque toujours ?, un type d’IA qui pourrait les aider. Mais ils ne pensent pas à l’IA pour ces cas. 

Cela m’a fait voir d’une autre façon des études que j’ai menées il y a longtemps. Notamment une qui concernait les nouvelles technologies des années 96 / 97 (Internet et téléphonie mobile). Ce qui motivait les early adopters était la peur.

Cela mériterait un travail scientifique. Mais il semble que l’IA soit un exemple de fumée sans feu. La puissance du marketing et peut-être les dérives de notre imagination nous ont convaincus que l’Intelligence artificielle avait une puissance dévastatrice. Cependant il semble nous avoir transmis une image fausse de l’IA. L’IA ferait des miracles. En conséquence, les problèmes de l’entreprise sont trop modestes pour elle !

(Et nos dirigeants ? Plutôt éviter le retard que chercher l’avance ?)

L'indigne Gérard Mourou

Je découvre, en même temps, qu’un français a obtenu le prix Nobel de physique et qu’il est coupable d’une vidéo dégradante pour la femme, qui aurait dû lui faire partager la guillotine d’Harvey Weinstein.

Je dois être moi aussi un bien mauvais esprit, car je ne vois rien de choquant à cette vidéo. Au mieux cela semble une blague de potache. Si l’on devait s’étonner de quelque-chose, c’est que la vidéo donne l’image d’un monde féminin. Or, peu de femmes se consacrent à la recherche. Mais, il se trouve, justement, qu’une femme partage son prix Nobel : une de ses étudiantes. Et ce à un moment où je lis un autre article qui se lamente du petit nombre de femmes Nobel… Gérard Mourou ne devrait-il pas, au contraire, recevoir le prix Nobel du féminisme ?

A moins que ce ne soit ceux qui le condamnent ? Car il est certain que leurs efforts et leurs talents d’inquisiteurs méritent plus de reconnaissance que cinquante ans passés à mettre au point des techniques qui ont des applications dans le traitement du cancer et la chirurgie de l’oeil.

Théorie du complot

On me parlait de l’affaire du « sang contaminé ». On a utilisé du « sang contaminé » pour des transfusions. Ce que l’on a découvert tard, pour les mêmes raisons que l’on a dissimulé les actes de pédophilie de certains prêtres. D’ailleurs, le flou demeure quant aux causes de ce crime.

Ce que l’on nomme « théorie du complot » vient-il de là ? Depuis l’Ancien régime, le Français a le sentiment qu’on lui cache quelque-chose. Et le succès du Canard enchaîné montre qu’il a raison. Et si la manipulation des esprits se jouait plus par la dissimulation que par les « fake news »?

(A ce sujet un intervenant de France Info rappelait le cas de la fille illégitime, hébergée par l’Etat, de F.Mitterrand, dont la presse n’a pas parlé.)