Jack Welsh

Jack Welsh, légende du management anglo-saxon, est décédé. Etrange. Car, pour ce type de démiurge, la mort n’est pas possible.

Il a tellement impressionné ses contemporains qu’il a épousé la rédactrice en chef de la Harvard Business Review (de loin la plus respectée des revues mondiales de management), elle-même en pleine folie de la bulle Internet !

Le propre de la littérature du management est de nous dire d’imiter des entreprises qui, le lendemain, disparaissent. Eh bien, c’est ce qui est arrivé à GE. General Electric, durant son règne, fut la plus belle entreprise américaine. Puis, tout s’est dégonflé. Avait-il un talent exceptionnel de manager, ou d’illusionniste ?

J.Welsh a dirigé GE de 1981 à 2001

Science et démocratie

Il y a une grande frustration chez les scientifiques. Ils nous annoncent le réchauffement climatique mais les populations ne bougent pas. De même, certains d’entre-eux nous ont dit que les OGM étaient une avancée de la science, mais elles nous ont fait peur. Et les vaccins, dont on se méfie de plus en plus ?

Il en est de même pour les nanotechnologies, dont je parlais récemment. S’il y en a partout, c’est parce que nous ne le savons pas. Si on nous avait demandé notre avis, il est probable qu’elles n’auraient pas connu un tel succès. Aurions-nous eu raison ?

Le scientifique, hyperspécialisé, ne comprend pas que des gens qui ne le sont pas veuillent juger son travail, et, qu’en plus, ils le fassent avec un bon sens aussi facilement influençable. Il ne comprend pas qu’il n’échappe pas à cette règle : il est incompétent par rapport à ce qui ne concerne pas sa spécialité, ce qui ne l’empêche pas de s’en mêler.

C’est la rançon de la démocratie. La science doit la prendre en compte. Voix du peuple, voix de Dieu. Et, surtout, la science ne doit pas céder à la tentation de manipuler l’opinion publique (par exemple, en expliquant le moindre incendie par l’effet du réchauffement climatique), sous peine de perdre toute crédibilité.

Petit traité de manipulation : le bien et le mal

Occident et colonialisme. L’Université de Cambridge m’a fait découvrir un sujet mystérieux. Le bien et le mal y jouent un rôle central.

C’est au nom du bien que l’on colonise. Et que les dernières décennies ont été une nouvelle phase de colonialisme. J’ai rencontré ainsi une universitaire allemande, qui enseignait à Singapour, et qui allait jouer au polo en Thaïlande, dans la propriété d’un ami de ses parents, les week-ends. Elle est à l’image de la jet set occidentale qui dirige le monde, et qui l’asperge de ses bons sentiments.

Le bien est une arme formidable. Je suis le bien, mes adversaires, les autres Occidentaux, sont le mal. Ceux que je veux exploiter, chez qui je veux m’installer sans leur demander leur avis, « les perdants », sont le bien.

Mais n’y a-t-il que des mauvais côtés à l’idéologie occidentale ? J’entendais un cours du collège de France parler du concept de « nature », et dire que, partout, il avait (maintenant) le même sens. La culture occidentale a gagné le monde. Il faut faire avec ? Et, surtout, bien la connaître, de façon à en éviter les pièges ?

Décoloniser la pensée

Dans sa revue, l’université de Cambridge explique qu’elle veut « décoloniser » la pensée. Notre pensée occidentale est faite de faux préjugés, regardons le monde avec d’autres yeux.

Critiquer ses croyances est la démarche même du scientifique. Dans ma jeunesse, on aurait fait appel à l’anthropologie, à la systémique, à l’existentialisme et autre phénoménologie. Tout cela nous dit, effectivement, que « le problème est la solution ». C’est ce que nous croyons juste qui nous « aliène ». Que faire ? Débrancher le pilote automatique, se mettre à penser.

Pourquoi la décolonisation a-t-elle été un échec ? Et si elle avait été une autre forme de colonisation, la colonisation par les idées ? La « décolonialisation » ne projette-t-elle pas des concepts culturels occidentaux (comme celui de « nation ») sur des cultures pour lesquels ils ne signifient rien ? Pourquoi, d’ailleurs, des gens comme Nelson Mandela ou Albert Camus ont-ils été post anti colonialistes ? Pourquoi l’Occidental dit-il, contrairement à d’autres cultures, que ce qu’il fait est mal ? Et pourquoi, lorsqu’il veut coloniser un peuple, lui injecte-t-il sa religion du pêché originel ?…

Le libéralisme a vaincu ?

L’enlisement de la grève des retraites, n’est-ce pas la victoire définitive du libéralisme ?

L’erreur des syndicats a été de défendre des intérêts catégoriels, et pas un modèle de société. A partir du moment où le privé s’est mis à licencier, et s’est ouvert à la concurrence, le sort du modèle de l’Etat providence bureaucratique, et de ses syndicats, était scellé.

N’ont-ils pas été les « idiots utiles » du changement ? Car, justement, l’esprit du libéralisme, c’est l’intérêt particulier, et celui du syndicalisme, l’intérêt général.

Voilà qui est digne de Sun Zu. Pour perdre votre adversaire, il suffit de faire entrer dans son cerveau une idée qui va le faire aller, de bonne foi, contre ses intérêts ? On appelle cela « l’aliénation ».

Qu'est-ce qu'une fake news ?

Le Monde réagit : ce n’est pas vrai que l’Australie aurait connu des incendies pires que ceux d’aujourd’hui. C’est une fake news. Certes. Mais pourquoi Le Monde réagit-il ? Parce qu’il est un « activiste de la cause climatique » et ce type de « fausse » information (oui, les feux ont été plus étendus, mais les dégâts comptent moins) nuit à sa cause ?

Lorsqu’on lit attentivement l’article, on voit, d’ailleurs, que « selon les experts » (lesquels ?) le réchauffement climatique ne « cause » pas, il « aggrave ». Ce qui est extrêmement différent. D’autant que l’on peut se demander de « combien » il « aggrave ». Beaucoup ou presque rien ? A ce sujet, j’ai aussi lu que les zones entretenues par les aborigènes n’avaient pas pris feu, et que l’on ferait bien de s’en inspirer…

Le climat est, réchauffement ou non, soumis à des sautes d’humeur. Je ne suis pas sûr que la certitude, surtout quant à une cause, soit le propre du scientifique. Cela amène à se demander : pourquoi parle-t-on autant de ces incendies ? Pourquoi ces photographies émouvantes de koalas et de kangourous ? Et si, pour notre bien, certaines personnes utilisaient des événements qui frappent les esprits pour nous convaincre de leurs thèses ? Et si c’était cela la cause des fake news, et des contre fake news ? Celui qui vit de fake news… ?

Et si, au lieu de jouer les activistes, Le Monde se préoccupait de rigueur intellectuelle ? Cela n’augmenterait-il pas ses ventes ?

(Hervé Kabla, rappelle que ce procédé est un rien criminel : parler exclusivement de réchauffement climatique fait oublier des gestes qui pourraient sauver des vies, et la nature.)

Dracula ou le jazz de la suceuse de sang

Annonce d’un spectacle pour enfants : Dracula version jazz.

On entend (France Musique) ses créateurs dire qu’au fond Dracula est un marginal, en conséquence de quoi il ne peut pas être fondamentalement mauvais. N’a-t-on pas été injuste à son endroit ?

Pour inviter à la remise en cause de nos idées reçues, Dracula est joué par une femme. (La femme a autant de droits que l’homme d’être un tortionnaire, et, en plus, elle a beaucoup de chemin à rattraper ?)

Spectacle pédagogique : fake Dracula pour les enfants ?

"Droits de l'hommisme" expliqués ?

Comme moi, France Culture s’interrogeait sur le curieux succès de l’expression « droit de l’hommisme ». Création du FN, elle est maintenant employée par un grand nombre de gens « respectables ». Débat entre personnes de convictions divergentes. Quelques remarques m’ont frappées :

  • « Droit » est entré dans le vocabulaire de la revendication. Autrement dit, lorsque l’on revendique quelque chose, on formule sa demande sous la forme d’un « droit ». En conséquence, si l’on peut qualifier n’importe quoi de droit, les « droits de l’homme » ne sont plus que banalité insignifiante. 
  • « Universels ». Les droits de l’homme sont universels, disait un intervenant. Toutes les nations les ont signés. En conséquence, si l’on peut argumenter que quelque chose ressortit aux « droits de l’homme », tout le monde doit l’appliquer sans discuter. 
  • « Genre ». La question du genre serait au coeur du sujet. La théorie du genre conduit à une redéfinition de l’organisation de la société. C’est donc un changement social, qui ne dit pas son nom, et qui ne peut pas être imposé sans discussion (d’autant qu’en allant contre la différenciation naturelle des sexes, il n’a pas que des avantages).
  • « Politique ». Justement, les sociétés ne parviennent plus à se gouverner, parce qu’elles ne parviennent plus à concevoir un projet politique, global. Les « droits de l’homme » ne sont pas suffisants pour organiser une société. Surtout, en insistant essentiellement sur la dimension individuelle de l’existence, ils empêchent l’homme de se préoccuper de sa dimension sociale. 

L’animateur parlait aussi de « perte d’enthousiasme ». Les droits de l’homme ne font plus vibrer personne.

Ce qu’il en ressort est que, dans la confusion qui résulte d’un emploi excessif de l’argument des droits de l’homme, on ne sait plus à quoi ils correspondent. Ce n’est peut être pas tant un problème d’enthousiasme que d’indignation…

Pourquoi l'élite est-elle haïe ?

« Elite » est devenu une insulte. Pourquoi ? Accusé, levez-vous.

« Un savant est une merde » est une formule de Proudhon qui a eu moins de succès que « la propriété, c’est le vol« .

« Pourquoi Monsieur Guizot n’a-t-il pas osé dire que les capacités intellectuelles étaient les plus corruptibles, les plus corrompues et généralement les plus lâches, les plus perfides de toutes les capacités… un savant est une merde. » (Trouvé dans Proudhon, l’enfant terrible du socialisme, d’Anne-Sophie Chambost.) 

Le débat est lancé.

  • « Elite » désigne l’intellectuel. S’il est accusé, c’est qu’il dirige le monde. Et qu’il le dirige dans son intérêt, contre celui de son prochain. 
  • En termes d’hypocrisie, il a dépassé Tartuffe. C’est un champion de la « contre-culture », un disciple des Bohèmes qu’étaient Baudelaire, Flaubert et leurs amis, alors qu’il est le plus grand profiteur du système. 
  • C’est pourquoi le mot élite a été détourné de son sens. L’élite justifie ses privilèges par sa supériorité génétique. Le peuple la lui renvoie à la figure en lui mettant le nez dans sa stupidité. C’est une satisfaction d’amour propre. Pour le reste, ce qui lui est reproché remonte à la nuit des temps.  
  • Albert Camus et Hannah Arendt l’accusent de nihilisme. C’est la graine du totalitarisme, l’arme de destruction définitive de l’humanité. L’intellectuel croit à des utopies et veut y faire entrer le monde. 
  • Platon, le saint père de la raison pure, aurait inventé l’enfer, selon Hannah Arendt. Avec Spinoza, Gramsci et beaucoup d’autres esprits d’élite, l’intellectuel croit que le peuple, qui est incapable de comprendre ses raisons, doit être manipulé par l’illusion, l’opium du peuple. L’intellectuel est le champion de l’influence, de « l’emprise ». 
  • Il y a opposition entre le coeur (la foi), et la raison. C’est la parabole d’Adam. Adam est chassé du paradis, parce que la raison, et ses appas trompeurs, lui ont fait perdre la foi. Celui à qui le paradis est destiné est le « simple d’esprit », qui ne se fait pas mener en bateau par la raison. L’Américain de base, en d’autres mots. 
  • La raison, c’est la perfidie, la tromperie. Les USA sont construits sur ce principe. Ceux qui les ont fondés ont fui l’Europe et sa culture aristocratique, dont le raffinement est le masque du vice, comme la sauce celui du mets faisandé. (On retrouve ce thème dans beaucoup de films hollywoodiens.) La patrie de ce raffinement trompeur est la France, qui a envahi l’Angleterre et a perverti l’honnête Anglo-saxon. (Ivanhoe, de Walter Scott, représente l’affrontement des deux cultures, qui aboutit, dans cette oeuvre, à une fusion, représentée par les personnes d’ivanhoe et de Richard Coeur de Lion.)
  • Une partie de la philosophie (l’existentialisme) et la science disent la même chose : ce qui est essentiel est au delà de la raison. La raison n’est qu’un outil. 
  • Les neurosciences constatent qu’un homme qui ne serait que raison serait artificiel, il serait incapable de décider. Sans émotion, sans irrationnel, pas de jugement. 
  • La patrie de l’intellectuel, et du mal, c’est la France, donc. On l’oublie, parce que la France n’est plus rien, et que personne ne voudrait revendiquer un tel héritage, mais elle survit par ses idées, qui ont contaminé les intellectuels de tous les pays. Même Mao, en dépit de ses efforts pour rééduquer les intellectuels en les envoyant à la campagne, n’a pas réussi à extirper le mal français. 
  • Mais le mal vient certainement de plus loin, des Grecs, les inventeurs officiels de la raison. Le sophiste a suivi le chemin de « l’élite ». Initialement, c’était un professeur de raison (voir J. de Romilly), mais il est devenu immédiatement « sophiste » au sens moderne du terme : manipulateur des esprits. 
  • A moins qu’il ne faille évoquer, du fait d’Adam, la Bible et ses écrivains, les Juifs ? Ce qui serait, déjà, une raison d’espérer. Car, s’ils ne sont pas encore revenus au paradis, contrairement aux précédents, ils sont parvenus à survivre. Peut-être ont-ils trouvé un antidote ?

    Que dirait la défense ? Que le miracle existe, et que l’intellectuel peut se racheter. Mais surtout que « ce qui ne tue pas renforce ». L’intellectuel est une catastrophe naturelle parmi d’autres. Ce sont de telles catastrophes qui nous ont faits, nous humains. L’intellectuel est donc un bien. Un défi lancé à notre vice réel : la paresse intellectuelle.

    Pourquoi n'obéissons-nous pas ?

    Un jeune chercheur me disait que son sujet d’étude était les raisons qui font que l’on n’obéit pas à la raison.

    Il y a une partie de la question qui est relativement classique : pourquoi ne fais-je pas ce qui est évidemment bon pour moi ? Fais tes devoirs, p’tit con !

    Et une autre qui ne l’est pas : pourquoi, ne suis-je pas totalement manipulable ?

    Hegel a peut-être une solution. Pour lui, le mécanisme de la pensée, et de l’histoire, est la remise en cause. L’homme, manipulé ou non, commence par penser faux, mais son esprit l’amène, en une série d’étapes, et après quelques millénaires, à parvenir à la vérité.

    Peut-être, aussi, que la caractéristique de la manipulation est la contradiction : poussée à l’absurde, elle ne tient pas ? Et que l’homme, c’est le propre de son cerveau, parvient à détecter ces contradictions ?