Le taureau et le cliquet

Je lisais qu’il n’y aura pas de corrida cette année. Comme elles allaient déjà mal, cela pourrait être leur fin. Fameux « effet cliquet » dont on parle tant actuellement ?

L’effet cliquet est peut-être une des caractéristiques du changement humain. Nous sommes projetés dans une situation dans laquelle nous ne serions pas allés de nous-même, et nous découvrons que, finalement, elle nous convient. Le changement est discontinu.

C’est ainsi que, le jour du confinement, j’ai constaté que je n’avais plus de savon à barbe. Je n’avais pas envie de repartir faire des courses. Depuis, j’utilise un rasoir électrique. Et ça m’a fait gagner du temps. Idem pour les wébinaires, alors que je leur résistais, à contre-courant (les entreprises avec lesquelles je travaille en ont probablement été les pionnières en France), j’ai constaté qu’on y découvrait des nouveautés utiles, à condition d’être prêt à leur donner la place d’une réunion.

Le cliquet est peut être l’anti-influence. La pression sociale a une forme d’efficacité. Elle est facilement manipulée par les lobbys. Jusqu’à ce qu’elle aille trop loin ? La réalité se rappelle alors à nous. Et nous faisons marche arrière. Cliquet ?

Disparition de l'humanité : fake news ?

On nous répète sur tous les tons que l’humanité est menacée de disparition. Cela semble, comme dirait Gramsci, du simple bon sens.

Justement, ne faut-il pas s’en méfier ? Certes, les mammouths ont disparu. Si l’on n’y prenait pas garde, ce serait aussi le cas de la plupart des espèces prédatrices. Mais l’homme, c’est autre chose. Toute son histoire est crise et adaptation. Bien sûr, il y a eu des pertes massives. Mais, elles ont fait le bonheur des survivants, qui ont pu se laisser aller à ce qui semble un penchant naturel : la croissance irresponsable. Au fond, c’est l’histoire de la dernière guerre.

Or, l’homme n’a jamais été aussi nombreux qu’il est aujourd’hui. L’espèce pourrait donc perdre 90% de sa population et compter plus de représentants qu’il y a quelques millénaires.

Bien sûr, il est compréhensible que l’on ne veuille pas être le dindon du changement, la graine qui meurt pour que l’humanité vive, mais, pourquoi ne pas le dire clairement ?

Marâtre nature

Une abeille me semblait en curieuse apesanteur à proximité d’une fleur. A y regarder de près, j’ai découvert qu’elle était morte. Et qu’il y avait, pas loin, une petite araignée blanche.

La loi de la nature est la loi de la jungle. Le propre de l’homme est de s’en étonner. Et de penser que c’est lui l’auteur de cette loi, qu’il est l’incarnation du « mal ». Or, il n’a même pas inventé l’idée « d’écocide » : les prédateurs exterminent leurs proies, jusqu’à ce que, faute de proies, ils crèvent.

Le propre de l’homme, c’est la magie des mots. Les mots sont de puissants moyens de manipulation. Etre écologiste, par exemple, ne signifie que rarement que l’on fait ce que l’on dit. Plus souvent c’est le discours d’une classe sociale admirée. C’est aussi une arme de combat contre d’autres classes. Mais les mots peuvent être ce qu’ils sont : un moyen de nous regarder de l’extérieur.

Camus et Sartre ou les revers de la fortune

Revirement surprenant. Non seulement on s’est mis à dire du bien de Camus, mais, dans un même souffle, on assassine  Sartre. Tout cela à l’occasion d’un curieux anniversaire : on n’a pas fêté les 100 ans de sa naissance, mais on fête les 60 ans de sa mort !

Or, Sartre est le modèle de l’intellectuel moderne, le fameux intellectuel engagé. Et c’était un homme brillant, subtile, l’élite de normale sup. Sa pensée mérite mieux qu’une exécution sommaire.

Le plus surprenant concerne la colonisation. L’intellectuel, représenté par Sartre, donc, se veut le défenseur du dominé, donc du colonisé. Camus était, lui, du côté du « petit blanc ». Or, voilà que, maintenant, des représentants de nos anciennes colonies se reconnaissent en Camus, et que France Culture, radio intellectuels, leur tend son micro.

Mystère du changement ? L’opinion publique change comme le vent, et l’homme est une girouette ?

L'inquiétante puissance de l'opinion

L’Oréal supprimerait des mots « racistes » de ses produits : les variantes de « blanc ».

Le plus surprenant est que le dioxyde de titane est intensément utilisé en cosmétique, justement parce qu’il est blanc, et réfléchissant. C’est aussi une nano particule inquiétante : elle traverse le système immunitaire et s’accumule dans l’organisme. Or, elle, elle n’a rien à craindre ! L’opinion ne la connaît pas.

Ce que la pandémie nous apprend de notre cerveau et de notre société

Au début de l’épidémie de coronavirus, il y a eu un doute : est-ce une épidémie ? Des tableaux sont sortis qui montraient que le taux de mortalité était faible si on le comparait à d’autres causes de mortalité, qui n’inquiètent personne. Pourquoi le coronavirus n’entrerait-il pas dans la catégorie des fatalités ?

Même après coup, on se pose la question. On a été obligé de parler de « surmortalité » pour évaluer l’impact du coronavirus. Et encore, on peut se demander si c’est un bon indicateur, car, existe-t-il une mortalité « normale » ? Et la surmortalité peut tenir en partie aux mesures prises pour combattre l’épidémie…

D’ailleurs, devait-on arrêter l’économie ? Les économistes, nobélisés parfois, nous ont dit que le confinement allait provoquer une crise pire que celle de 29. Or, 29, c’est Hitler, guerres mondiales et génocides, avec fin nucléaire…

Les Chinois, que l’on a beaucoup critiqués, ont été, au fond, l’exemple même de cette hésitation. Ils ont commencé par dire que ce n’était pas une épidémie, puis que c’en était une. Puis le consensus s’est établi. Les Trump, Johnson ou Bolsonaro, qui ont tenté de résister, ont été balayés.

Cela illustre bien des théories scientifiques. Le principe de la société d’après guerre est le gouvernement par le diplôme. Le diplômé prétend diriger par la « raison ». Mais la raison ne permet pas de décider, répondent les spécialistes du cerveau. De ce fait, c’est l’inconscient collectif qui entre en fonctionnement. Et une de ses règles est la « validation sociale » : je fais ce que les autres font. La réponse de l’humanité à l’épidémie a suivi le mécanisme qui décide des modes vestimentaires.

(Paradoxalement, la raison n’est que « sophismes » au sens négatif du terme : par exemple nous savons que ce n’est pas la chute de PIB qui a fait 29, mais les conditions sociales de l’époque. L’argument « baisse de PIB » utilisé par les économistes ne signifie donc pas ce qu’ils laissent entendre.)

Petit traité de manipulation : complotisme

Un ami, qui a longtemps était l’époux d’une Américaine, disait, fort las, que l’on avait adopté les moeurs des USA.

Apparemment, aux USA, on ne peut qu’être d’un côté ou d’un autre. Parce qu’il doutait de quelques affirmations de sa belle famille (par ailleurs universitaire), elle l’accusait d’être, quasiment, une force du mal. Quand vous n’êtes pas d’accord avec un Américain d’un certain milieu, vous êtes un complotiste.

Exemple du laboratoire de Wuhan. On entendait que le coronavirus aurait échappé accidentellement à ce laboratoire. La presse française a fini par enquêter, mais, après avoir nié la possibilité de cette fuite, non en parlant d’accident, mais en n’évoquant que des rumeurs concernant le lâché volontaire de virus créés pour tuer.

(Reste la question : que voulait défendre la presse ? Toutes les « autorités » sont infaillibles ?…)

Petit traité de manipulation : le biais de confirmation du biais de confirmation

Méfiez-vous de votre biais de confirmation ! nous dit-on.

Une entrée pour mon « petit traité de manipulation » ?

Le biais de confirmation signifie que nous ne testons la validité de nos idées qu’en les soumettant à des épreuves qui sont susceptibles de les confirmer. Par exemple, si je crois au réchauffement climatique, je vais prendre chaque vague de chaleur comme une confirmation de mon point de vue. Mais un froid exceptionnel me laissera indifférent.

Einstein souffrait d’un biais de confirmation. Quand il a voulu démontrer que sa théorie marchait, il a proposé de mesurer la courbure que faisait subir aux rayons du soleil la masse de Vénus. Toute la science est comme lui. Cela s’explique parce qu’il est très peu probable que l’on puisse retrouver dans le comportement de la lumière les prédictions exactes d’Einstein. Autrement dit, dans la vie courante, le biais de confirmation n’est pas un mal.

La découverte de ce biais en est la directe application… Les travaux sur les biais de confirmation viennent de recherches sur l’irrationalité humaine. Elles résultent d’une réaction à la « science » économique, qui postule la parfaite rationalité humaine. Les scientifiques ont placé leurs cobayes dans des circonstances artificielles, qui ont mis en défaut leurs réflexes naturels, et ont prouvé ce que les scientifiques voulaient prouver.

Qui croit-on ?

Comment détermine-t-on, en général, si une opinion est juste ou non ? Le « bon sens », selon Gramsci, que je viens de découvrir, me semble la réponse à la question.

Si l’opinion est contraire au « bon sens », elle est rejetée. Deux cas :

  • Je soupçonne qu’elle cache une critique de ce que je suis, de ce que j’ai fait. 
  • Elle semble contraire au « politiquement correct » et pourrait me valoir des désagréments si je l’adopte. 

La libre pensée est le contraire du bon sens. Elle exploite le « paradoxe », ce qui contredit notre « bon sens », pour explorer ce qui conditionne nos décisions réflexes (ce que cache notre « bon sens »), et chercher si ces fondations ne sont pas viciées, c’est-à-dire ne nous conduisent pas à aller contre notre intérêt.

(Cf. Aristote et la démagogie.)