Vidal-Naquet dreyfusard

Pierre Vidal-Naquet et le combat contre la torture : une émission de France Culture retraçait sa vie, et le présentait comme le dernier des dreyfusards. Comme eux, il combattait pour un principe, dans son cas : l’inviolabilité du corps. 

En écoutant cette émission, j’ai pensé qu’il nous faudrait un Vidal-Naquet de l’âme. Les Lumière avaient, déjà, signalé que la liberté était bien moins une question de corps que d’esprit. Nous sommes soumis à des pressions « aliénantes », et elles sont d’autant plus efficaces qu’elles s’exercent dès l’enfance, et qu’elles sont quasi indétectables. 

Sciences et lettres

Il y a quelque chose d’insupportable dans les sciences humaines. C’est leur prétention à singer la physique. Leurs articles se veulent « scientifiques ». Ils sont truffés de références « scientifiques ». Toutes prétendant avoir découvert des lois de la nature. 

Ce type de « science » a envahi le monde. L’université produit des masses de ce qu’on aurait nommé jadis des « littéraires ». La société ne laisse aux réels esprits scientifiques, qui n’ont pas choisi d’eux mêmes quelque voie « littéraire » vers la fortune et la gloire, des lots de consolation, des postes de chef, pour lesquels ils ne sont pas faits. Gâchis complet. 

Le propre de la science c’est la prévision « falsifiable » (en anglais). Ce dont est incapable la science humaine. Avec les travaux de Tversky et Kahneman, sur les biais cognitifs, il semblait qu’il y ait une exception. Mais, depuis, on a compris que ces expériences étaient des prévisions auto réalisatrices : les conditions de ces expériences ne se présentent pas dans la nature. Une manipulation de plus ?

Une bonne nouvelle, tout de même : la méthode scientifique, bien comprise, a un potentiel inexploité. 

Phénoménologie

Le billet « Phénoménologie » est un des best sellers inattendus de ce blog. (En fait, c’est aussi le cas de la plupart de mes tentatives de décryptage d’ouvrages de philosophie.)

La phénoménologie, en elle-même, illustre un phénomène curieux, mais qui semble être une loi de la nature humaine. Elle a été récupérée par ceux qu’elle était supposée dénoncer ! 

Le principe même de la phénoménologie est de dire que notre interprétation des faits est biaisée. Et c’est, en particulier, vrai pour les scientifiques. Ils ne voient que ce qui correspond à leurs préconceptions. Voilà qui est terrible. Et qui devrait nous inquiéter : nous sommes sujets à l’illusion individuelle et collective ! Nous sommes des « aliénés » ! Faire que nous soyons sans cesse sur nos gardes, comme un pygmée dans la jungle, ou comme un alpiniste à main nue, accroché à 500m du sol. Or, si la phénoménologie a été une telle mode, c’est parce qu’elle a permis aux esprits non scientifiques de croire qu’ils l’étaient ! Les autres ont tort, moi j’ai raison, dit le phénoménologue. Je suis le seul à percevoir la vérité ! L’aliénation a la peau dure. 

Le retour de l'opinion

« L’opinion ». Un terme dont on n’entendait plus beaucoup parler semble revenir en force. Que pense « l’opinion » ? ai-je entendu dire à plusieurs reprises, dans une émission de radio. 

Jusqu’ici il semblait que c’était la raison qui gouvernait le monde. Egalité des sexes, transition climatique, etc. Mais, soudainement, apparaît une sorte d’impondérable : « l’opinion ». Phénomène mystérieux, dont on ne parle qu’avec stupeur et tremblements, avec « horreur » au sens romantique du terme. 

Est-ce elle qui explique certains revirement surprenants ? Du jour au lendemain, l’énergie nucléaire ne semble plus susciter de rejet. Plus curieusement, l’immigrant n’est plus désirable. 

Donner avec des élastiques

« Donner avec des élastiques. » Expression de ma mère. Je pensais que cela signifiait être pingre. Mais cela veut dire « faire croire que l’on donne, tout en gardant ». 

Toutes nos politiques ont été menées au nom des plus démunis. Mais à qui ont-elles rapporté ? Donner un enseignement gratuit, par exemple, alors que le seul bon enseignement est dans les beaux quartiers, est-ce donner ou prendre ? « Donner avec des élastiques » ? 

Non. Faire croire que l’on donne, alors que l’on prend, c’est plus fort. Malheureusement, ma mère n’est plus là pour trouver un nom à ce jeu. 

La bulle spéculative pour les nuls

La plupart des entreprises travaillent très dur et tirent le diable par la queue. D’autres ne produisent rien et valent cent milliards ou plus. La différence, c’est la spéculation. 

Pourquoi, chaque entreprise ne chercherait-elle pas à en tirer partie ? Pourquoi pas une chaire de spéculation à HEC, par exemple ? 

Les mécanismes spéculatifs ont fait l’objet de travaux d’économistes très sérieux, et sont forts complexes. Quoi qu’ils soient tout à fait rationnels. 

La technique de la bulle spéculative consiste à faire penser que, même si un bien ne vaut rien, il y a un consensus social selon lequel il y a de l’argent à gagner en pariant sur lui, lorsqu’il est à la hausse, et en se dégageant, avec célérité, lorsqu’il est à la baisse. Et il y a des leaders d’opinion, tels que Goldman Sachs en 29, pour montrer la voie. 

Il y a le degré zéro de la spéculation, la bulle spéculative évidente, telle que la voiture électrique, ou le moteur à hydrogène, il y a aussi l’art, le grand art. Et il consiste à prendre une activité totalement ringarde, les taxis ou les entrepôts, par exemple, pour en faire un nouvel eldorado, Uber ou Amazon. La sidération produit la spéculation. Les investisseurs de la Silicon Valley, qui avaient compris la valeur de start up de B.Obama, disaient que la bonne start up est un discours nouveau sur un sujet ancien. Mais ce n’est pas un art de brute. Il est tout en subtilités. The Economist, par exemple, a cru à la disruption de la prostitution. Flop. 

Ce n’est qu’un début. Tout le succès est dans la communication. Un travail de pro, d’Américain. Comme l’écrivait le professeur Trivers, un psychologue, ce qui fait le succès de l’escroc, c’est qu’il croit à ce qu’il dit.

La gloire de Gramsci

En me penchant sur le cas Eric Zemmour, j’ai découvert que, lui aussi, se réclamait de Gramsci. 

Gramsci a eu une gloire posthume extraordinaire. Leader communiste, mais non affilié à Staline, il a eu bien des difficultés avec Mussolini, ce qui a probablement abrégé sa vie. Ses théories ont d’abord été reprises, après guerre, par la gauche intellectuelle post moderniste avant d’être adoptées par l’extrême droite et la droite (M.Sarkozy, notamment). Ces dernières avaient constaté l’extraordinaire efficacité de cette méthode qui a radicalement changé notre façon de voir les choses (du moins ce que les philosophes appellent la « doxa »). 

Si j’ai bien compris, pour Gramsci, Marx a tort : le capitalisme n’a pas de faille de constitution. Comme on dit en physique, tous les régimes politiques sont des équilibres stables. Il faut donc les pousser dans la direction que l’on juge la bonne. Malheureusement, le peuple est trop bête pour comprendre son intérêt. Eh bien c’est par là qu’il faut agir ! Son « bon sens » le faisant aller à l’envers de ses intérêts, il faut en user habilement, pour l’amener là où il ne veut pas aller. 

A moins que l’on fasse endosser à Gramsci ses propres intentions ?

Transition nucléaire

« Au sein de la majorité, même certains pro-nucléaires s’étonnent de la facilité avec laquelle le chef de l’Etat pousse sa ligne très pro-nucléaire. Un stratège de la majorité présidentielle constatait, hier soir au téléphone avec Playbook : “Il a annoncé il y a 15 jours qu’il va mettre des petites centrales un peu partout sur le territoire, il y a personne qui proteste ! Il y a 30 ans, ça foutait des beatnik dans la rue, en Allemagne t’aurais le feu…” Même son de cloche mi-halluciné mi-satisfait chez une ministre avec qui l’auteure de votre infolettre a échangé, hier : “L’opinion publique française est très différente de la jeunesse européenne. C’est pas comme si on avait été applaudis quand on a arrêté Fessenheim, d’ailleurs…” La même reconnaissait que sur “le traitement des déchets, on est loin de la balle, on n’y est pas”. (Politico.fr mardi)

Quelle est la taille du groupe de personnes dont les opinions font l’opinion ? 

A vouloir imposer ses idées en force ne court-on pas le risque de faire triompher leur opposé ?

Le prix Nobel est-il sérieux ?

Le prix Nobel a été décerné à des universitaires qui ont fait des prévisions fiables concernant l’impact du changement climatique, lisait-on. 

Il y a quelques années, le Nobel était allé à deux anti Bush (dont le président Obama, pour sa politique pacifique). 

Le Nobel serait-il attribué en fonction de l’air du temps ? Avec volonté de l’influencer ? Le meilleur moyen de perdre toute crédibilité ? 

(Que dire de tous les Nobel de littérature ? La mode récompensée ?)

Wokisme : exercice d'application

« je sens bien qu’en tant que boomer / hétéro cisgenre / blanc j’ai du souci à me faire, je suis du côté des méchants« , écrit quelqu’un que le wokisme traumatise, et qui ne voit de salut que dans la retraite. 

Il n’a rien compris à woke. En effet, il se décrit justement comme appartenant à une communauté opprimée : il a donc tous les droits, et aucun souci à se faire.