Boris !

Qui est Boris Johnson ? Passionnante émission de la BBC ! Toute sa vie, grâce aux témoignages de proches. 

Depuis toujours, Boris est totalement incohérent. C’est sa nature. Ce qu’il compense par sa capacité d’improvisation. Et aussi par sa détermination à atteindre le sommet. A quoi s’ajoute le fait que, en Angleterre, lorsque l’on appartient à la haute société, le talent est très tôt repéré et encouragé. A vingt ans, les membres de la société des débats d’Oxford savent qu’ils dirigeront le pays. 

Dès ses premiers articles de journaliste, il inventait ses citations. Il a passé des années à Bruxelles où il a tourné en ridicule l’Union européenne, à coups d’histoires fausses. Ce qui faisait la prospérité de son employeur, et les choux gras des Euro skeptics.

Pour moi, effet de mon éducation, le menteur est inconcevable. J’ai été choqué, ces dernières années, de rencontrer le mensonge, de plus en plus souvent, y compris chez des scientifiques. 

Boris et son succès ont peut-être été les enfants d’une époque. 

(Contrairement aux usages français, en Angleterre, la carrière de journaliste est prestigieuse, on y trouve donc de très beaux esprits.)

Soft Power

 Qu’est-ce que la « soft power » ? BBC 4 a invité l’inventeur, américain, du concept. 

C’est probablement la « soft power » américaine qui a fait s’effondrer l’URSS. Le mode de vie américain faisait rêver le Russe. Mais, certainement pas l’envie de démocratie, comme on l’a constaté en interrogeant des manifestants de Tiananmen, qui n’avaient aucune idée de ce dont il s’agissait. 

Finalement, la montagne a-t-elle accouché d’une souri ? L’émission se concluait en constatant la remarquable « soft power » des contes pour enfant…

La « soft power » est certainement un phénomène éternel. En psychologie on parle « d’aura » : certaines personnes fascinent les autres. Il en est de même de certaines civilisations. 

De quoi s’agit-il ? Je soupçonne que le mieux que l’on puisse faire est de dire ce qui s’oppose à la « soft power ». C’est vouloir se faire admirer, avec insistance, comme les Chinois et les Soviétiques. Ou, comme les Occidentaux, actuellement, donner le spectacle de sa désunion. 

La soft power a quelque-chose d’une force tranquille ? 

Peut-on faire croire n'importe quoi au peuple ?

Dans son chapitre « sur le coutume », Montaigne constate que non seulement ce qui paraît naturel et juste varie du tout au tout d’une nation à une autre, mais, surtout, que c’est bien souvent idiot. Il cite Platon qui croit que « pour chasser les amours contre nature », il faut « raconter des fables (qui infusent) cette utile croyance dans la tendre cervelle des enfants. » 

Platon est le saint patron de l’intellectuel. C’est Gramsci avant Gramsci ? Pour mener le peuple, il faut lui raconter des sornettes, dit-il. Hannah Arendt en fait l’inventeur de l’enfer. 

Jamais cela n’a été aussi vrai qu’aujourd’hui. Tout ce que l’on nous raconte est « politiquement correct ». Question : pourquoi cela ne marche-t-il pas ? Comment se fait-il que Platon ait-eu tort ? 

Edgar Morin dirait que Platon a une « pensée simplifiante ». Il ignore la complexité du monde, qui fait que tout change d’une façon imprévisible pour la « raison ». Effectivement, la tendre cervelle des enfants croit ce qu’on lui raconte. Mais la cervelle qui murit constate aussi qu’il existe des paradoxes que la théorie dominante n’explique pas. Alors, le doute s’installe. C’est le début du changement. 

D'où parles-tu ?

« D’où parles-tu ? » aurait été une expression utilisée par les révolutionnaires de 68. 

Excellente expression. Nos raisonnements ne sont que des attrape-nigauds. Ils ne démontrent rien, mais justifient une idée préconçue. Autant partir d’elle. 

Voilà qui explique peut-être la perte d’influence et de chiffre d’affaires de notre presse. Nous avons fini par soupçonner qu’elle pensait « de quelque part ». Pourquoi demander l’heure à une pendule arrêtée ?

Pas de discussion possible, alors ? La bonne discussion est, probablement, une exploration, pas une démonstration. Exploration d’une question, mais, avant tout, des certitudes de ceux qui y participent. Une recherche de « d’où l’on parle » ?

Remise à zéro

Pour connaître quelque-chose, il faut essayer de le changer, disait Kurt Lewin. Ce qui se passe actuellement le confirme ? 

La guerre en Ukraine transforme notre société. Non seulement, les Allemands, jusque-là grands donneurs de leçons écologiques, brûlent de plus en plus de charbon, mais les démocrates américains oublient les violations des droits de l’homme de l’Arabie saoudite. Plus généralement, les ennemis d’hier deviennent amis, et, parfois, inversement. (Les enjeux internationaux, de France Culture.)

N’y a-t-il pas de valeurs absolues ? S’il y en a, comme le disent les existentialistes, et peut-être Kurt Lewin, elles se révèlent dans les moments où l’homme est confronté à l’absurde. Les raisonnements intellectuels, qui jusqu’ici ont fait la pluie et le beau temps, ne résistent pas à la réalité. 

Au fond, c’est une bonne nouvelle : l’homme échappe au conditionnement. C’est le grand théorème de la liberté. 

L'animal est-il bête ?

L’oiseau semble reconnaître ses petits par leur bruit et la couleur de leurs oeufs. Si vous avez compris ceci, vous pouvez lui faire prendre des vessies pour des lanternes. 

Les travaux de Konrad Lorentz sont faits de constatations de ce type. L’animal serait-il un robot, obéissant à quelques « algorithmes » simplistes ? 

Je me demande si chaque espèce n’a pas une vision du monde différente. Dans son genre, elle est très efficace. Il se peut que, nous aussi, nous soyons facilement manipulables. D’ailleurs, c’est ce que constate la science du biais. Et l’homme ne cesse de manipuler l’homme. Et le virus, le prend, de temps à autres, pour une passoire… 

Innovation

My word is my bond, dit la bourse de Londres. Ce n’est plus le cas de beaucoup de monde. 

Ne pas tenir parole est un avantage quand les autres la tiennent. Innovation ? 

Petit à petit les lois sociales deviennent une seconde nature. Cela nous rend faciles à manipuler. C’est un moyen de faire fortune. Ce blog cite, par exemple, l’histoire des retraites américaines. Des entreprises s’étaient engagées à verser des retraites à leurs salariés. Des entrepreneurs ont compris que ces retraites étaient de simples dettes. Il suffisait de mettre les entreprises en faillite, pour ne plus avoir à les payer. 

Notre société s’en prendrait-elle, ainsi, à elle-même ? En tous cas, c’est peut-être un sain exercice. Aucun avantage n’est définitivement acquis. Et, il n’y a rien de plus dangereux que notre inertie intellectuelle. 

La séduction de l'escroc

The Voysey inheritance rappelle un phénomène bien connu de la psychologie de l’escroquerie : la séduction de l’escroc. 

D’où cela vient-il ? Pourquoi, d’ailleurs, l’homme honnête tend-il à être inquiétant ? Indigne de confiance ?

On peut hasarder plusieurs explications. A l’époque de la présidence Sarkozy, on parlait beaucoup des vertus de l’entrepreneur. L’entrepreneur était celui qui prenait des risques. Mais aussi, c’était celui que l’on ne pouvait comprendre, puisque génial. « Qui m’aime me suive » est la phrase qui s’applique, dans ces cas là. C’est l’enthousiasme qui fait l’entrepreneur ? Et c’est l’enthousiasme qui fait aussi l’escroc ? Difficile de distinguer l’un de l’autre ? 

Mais, l’escroc est aussi sympathique, constatent les psychologues, parce qu’il nous dit ce que, inconsciemment, nous avons envie d’entendre. Il nous promet la lune, et ne nous trouve que des qualités (et pour cause…). 

Et si l’homme honnête battait l’escroc sur son propre terrain ? Cela lui demanderait d’être enthousiaste et de nous aider à corriger nos défauts dans la joie, comme Molière. 

Voilà, enfin, un projet de changement qui a du sens ? Curieux qu’aucun des candidats à la présidentielle n’y ait pensé ?

Anti hype

Usine 4.0. Quand j’ai entendu ce mot, il y a 6 ans, j’ai été surpris. Il m’a semblé être une mode vieille de plus de dix ans. Or, les modes sont vite enterrées. 

Surtout, elles sont vides de sens. Qui a la moindre idée de ce qu’est « l’usine 4.0 » ? Idem pour l’intelligence artificielle. Désormais, tout le monde en est expert. 

Nous vivons au temps de ce que les anglo-saxons appellent « hype ». 

Une entreprise a eu une idée, qui mériterait d’être copiée. Elle a créé une mini usine, qui permet de montrer ce que peut faire pour vous l’état de l’art de la technologie (mais aussi la technologie ancienne). D’un seul coup, tout se simplifie ! Cela coupe le sifflet au marketeux et rend le pouvoir à l’homme de terrain. Anti hype ? (Article.)

Complot et lion

Il y a quelque-chose de curieux dans la théorie du complot. Elle est aussi vieille que le monde. Pourquoi, soudainement, en fait-on tout un plat ? C’est comme si l’on accusait un lion d’être un carnassier. 

Or, quand on y réfléchit un peu, le fait que le lion soit carnassier nous a donné une excuse pour le tuer. N’y aurait-il pas quelque-chose de similaire avec le complot ?

Pas tout à fait. Quand on attaque le lion, il se défend, ce qui nous permet de le tuer. L’homme aussi se défend, mais on n’a pas le droit de le tuer. Explication de la situation actuelle ? 

Et si renoncer à détruire les lions nous apprenait à vivre en paix avec les hommes ?